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vendredi 9 novembre 2007

Chapitre 7 - The Rolling Toqs stones

Nos amis anglais doivent aller à Islamabad pour prendre leurs visas indiens. Nous voulons passer la frontière avant sa fermeture à 15h30. Nous expliquons la situation à chaque nouvelle escorte pour éviter le gag ultime. A Lahore, nos routes se séparent, Ulysse pleure, nous nous donnons rendez-vous en Inde.

Malgré l'efficacité rare de cette escorte qui nous fait traverser cette ville qui semble magnifique en un rien de temps, nous parvenons un petit quart d'heure trop tard à la frontière. Toutefois, un douanier nous dit que nous pouvons passer la nuit là, devant le beau jardin de la caserne, et aller assister à la fameuse fermeture de la frontière. Nous comprenons alors que la foule que nous voyons se presser vers la frontière, vient assister au spectacle. Des centaines de pakistanais, beaucoup de lycéens, qui se séparent ensuite hommes d'un côté, femmes de l'autre, sur d'immense gradins face à la grille et à l'Inde. Côté indien, la même chose, face à nous. Et nous nous retrouvons au beau milieu, aux premières loges, sur de petites tribunes réservées aux VIP et étrangers... très discret. Des hauts-parleurs diffusent à grand renfort de décibels des musiques disco-anglo-pakistanaises archi entraînantes, des chauffeurs de salle brandissent des drapeaux pakistanais et font hurler à la foule des slogans nationalistes.

Foi de Toqué... nous n'avions jamais vu ça. Un show immense et ridicule. A peine descendus de notre Toqcar, à la fin d'une semaine harrassante au cours de laquelle les militaires, la police, dans un pays en état d'urgence et en pleine crise politique majeure, ne nous avaient pas lâché d'une tong, les voir défiler et se produire ainsi était extraordinaire. Les militaires des deux pays viennent baisser le drapeau, se toisant, claquant des pieds, dans un spectacle qui ferait passer la relève de la garde anglaise pour une chorégraphie village-people.

A la fin de ce grand moment surréaliste, ce sont nos enfants, et surtout Gaspard qui ont eu leur moment de gloire auprès des jeunes pakistanais et surtout pakistanaises. Gaspard a terminé dans nos bras, hurlant "non!" à ces jeunes-filles si belles qui lui souriaient, et se tenant les joues. Car là-bas comme en Inde, on pince les joues des enfants, pour leur souhaiter longue vie. Je peux vous dire que les nôtres ont peu de chances de pouvoir se réincarner à ce rythme effréné de pincements...

La nuit a été très paisible et nous étions largement, et pour une fois très calmement prêts pour passer la frontière quasiment les premiers le lendemain matin. Quasiment seuls, nous avons pu remplir les formalités sans aucune inquiétude, Gaspard serrant la main, comme un pro, de tous ceux qu'il rencontre, et nous, commençant à être aguerris dans l'art pas toujours simple de franchir une ligne.

Nous ne garderons pas un mauvais souvenir du Pakistan, au contraire, nous en avons de franchement bons et drôles, mais nous n'aurons pas eu le temps de connaître ce pays. Nous espérons que la situation politique va s'arranger, que des élections sérieuses vont pouvoir se dérouler, car beaucoup de pakistanais, y compris les militaires mettent tout leur espoir dans cet espoir de démocratie.

Toutefois il fallait bien quelques passages toqués dans notre Odyssée trop sage.
Nous nous reposons à Amristar, où nous sommes arrivés juste pour la plus grande fête hindoue : Diwali.
Aux dernières nouvelles et malgré notre arrivée, l'Inde n'a pas encore déclaré l'état d'urgence.

Chapitre 6 - The Rolling Toqs et les escort-boys

Le 5 novembre au matin, alors que nous redéménageons nos affaires de notre somptueuse chambre vers notre cher Toqcar, tout en préparant rapidement petit déj et tout pour la route, nos militaires arrivent, comme convenu. Il nous faut quand même retirer de l'argent, nous n'avons même pas une roupie pakistanaise, trouver du gazoil, du pain, du lait, de l'eau et de quoi manger pour les quelques jours à venir. Penny prépare une liste de courses pour leur expliquer ce que nous voulons : "pain, lait, eau, viande, riz, tomates, bananes, quality-street..." Nos pauvres escort-boys n'y comprennent rien, dieu merci. Xtophe part dans la voiture du chef, toutes sirènes hurlantes, pour le distributeur automatique. Penny part, accompagnée de 4 gaillards, faire les courses pour nous 7 (+ les chiens). S'il n'y avait un peu de tension dans l'air, la situation deviendraient presque confortable pour moi qui n'ai plus qu'à attendre livraison tandis que les enfants jouent sous la surveillance d'un garde armé...

Forcément, tout va beaucoup plus vite dans ces conditions, d'autant que les militaires sont visiblement pressés de nous faire quitter la ville, et nous nous retrouvons en un rien de temps, de nouveau sur la route. Les passages de relais entre nos escort-boys pakistanais se font alors très rapidement, la voiture qui nous précède se rabat sur la gauche, l'équipe nous fait signe de la main, nous la dépassons pour nous retrouver derrière une nouvelle équipe.

Assez étrange tout de même de voyager ainsi, parce que nous avons face à nous des militaires armés, assis à l'arrière du pick-up (nath, ortho ?) et qui ne nous lâchent pas des yeux... sauf quand il s'agit d'une moto. Et là... nous allons beaucoup plus lentement. Au point que de nouveau nous perdons patience et que Xtophe est très souvent sur le point d'aggraver la situation politique du pays en commettant quelques actes de rebellion. D'ailleurs nous semons quelques unes de nos escortes. La première fois, totalement involontairement : ils se sont mis derrière nous avec leur pétrolette et nous avons tracé. Pour réaliser dans une certaine hilarité que nous les avions perdus en route. D'autres fois beaucoup plus volontairement, parce que s'il est fort pour certains coups politiques, leur président ne leur offre pas de véhicules très efficaces (mais toutes ces vieilles bagnoles sont décorées de gommettes, c'est plus fort qu'eux et Rachel et moi on adore ça). Mais à chaque fois nous étions de nouveau accrochés par l'escorte suivante.

Heureusement les paysages étaient magnifiques. Entre les canyons, le désert, les villages, les animaux, les gens, nous en prenions plein les yeux. Heureusement aussi les enfants étaient adorables, nous les avions achetés à grand renfort d'autorisations honteuses de game-boy et de dessins animés. J'ai pris l'habitude de faire rapidement, lors des passages de relais un peu longs, quelques trucs à manger, du café pour nous, pas toujours simple, d'abord parce qu'il y a toujours une foule innombrable de badauds qui se plantent devant nous et nous regardent fixement (et ils suivent de près tous nos faits et gestes, voir Xtophe aller vider nos toilettes, avec derrière lui 15 mecs qui n'en perdent pas une crotte est un régal...) et parce que lorsque l'escorte est prête, on repart sans crier gare.

Nous pensions arriver à Sukkure, mais la nuit nous oblige à nous arrêter à Jakobabad, ville pétro-chimique poussiéreuse et malodorante. Dans les petites rues, nous nous faisons heurter par une moto, qui abîme notre pare-chocs. Nous nous garons devant la caserne des policiers, et sommes vite envahis par les enfants du village, fans de Gaspard. La scène de remplissage du registre est mémorable, nous sommes épuisés, le préposé ne comprend rien, il transcrit phonétiquement nos noms en urdu, je suis tentée de lui dicter n'importe quoi mais reste raisonnable. Nous nous offrons un bon dîner dans le Toqcar et dormons rapidement et malgré les moustiques et le bruit de la caserne et de nos gardes, installés sur des chaises juste devant nos véhicules.

L'avantage au Pakistan, c'est que les muezzins s'en donnent à coeur joie et qu'il n'est donc pas difficile de sortir du lit à l'aube. Nous repartons en trombe à peine notre café avalé et nos game-boys rechargées.

Le 6 au soir, nous voulons dormir à Multan. Nous n'y serons pas. Nous le comprenons assez vite lorsque nous voyons certains militaires pousser leur véhicule pour le faire démarrer (et comme en plus les militaires semblent être les mieux nourris des pakistanais, la scène est caucasse), ou passant à la station-service pour éviter la panne. Et puis les routes pakistanaises ne sont pas toujours toujours faciles, même pour des rolling-Toqs avertis. Nous avions repéré un motel à la description sympa un peu avant sur la route, nous nous arrêtons à ce moment-là pour demander à nos escorts-boys de nous y conduire. Ils ne comprennent visiblement rien à rien, et quand le chef de cette patrouille de choc prend notre Lonely-planet et se colle les yeux sur la page pour y lire l'adresse, visiblement quasiment aveugle, le fou-rire n'est pas loin. Il se décide finalement à arrêter des voitures sur l'autoroute pour trouver quelqu'un qui parle anglais et nous pouvons ainsi être conduits à un motel de rêve. Un endroit calme et verdoyant où les enfants et les chiens vont pouvoir courir dans tous les sens (je pense qu'on en parle encore dans le coin), où nous allons profiter de la salle de bain de nos anglais, heureux de pouvoir dormir dans une chambre (sinon ils dorment dans leur 4x4). Xtophe aperçoit un journal, en première page des images d'affrontements sanglants à Lahore, difficile d'en savoir plus. Des hommes armés sont encore postés devant notre Toqcar toute la nuit, et cette présence commence à nous peser sérieusement. Au cours de la nuit, lorsque nous sommes réveillés par des bruits de tirs, des cris, des sirènes, des klaxons, nous décidons de faire tout notre possible pour passer la frontière indienne le lendemain. Les nuits sanglantes portent conseil...

Chapitre 5 - The Rolling Toqs et le Pakistan en état d'urgence

Ayant passé la frontière irano-pakistanaise plus vite que prévu, nous avons pu rouler assez longuement, et sans escorte (oui, les deux sont liés) pour parvenir à la petite ville de ?????? . Les paysages étaient déjà différents : plus déserts, et surtout si les femmes en noir avaient disparu, c'est surtout parce que les femmes en général avaient disparu. En revanche les hommes, dans ce costume que j'adore et qui a l'air si confortable, étaient omni-présents et très curieux.

Un officier des douanes nous avait conseillé de dormir au "custom office" et nous avons réalisé qu'il paraissait naturel aux militaires pakistanais de loger les touristes dans l'enceinte de leurs bâtiment. Nous nous sommes donc arrêtés, épuisés mais ravis, dans une jolie et paisible forteresse de terre, au milieu du désert balouchistan côté Pakistan. Accueillis comme des rois, nous avons pu prendre le thé et discuter un peu avec nos hôtes, qui nous ont aussi invités à dîner à la cantine de la caserne.

Nous nous sommes retrouvés assis parterre, entourés d'hommes en armes vêtus de ce costume pakistanais que j'adore (je l'ai déjà dit ?), à observer et imiter leur façon de manger, de la main droite, sans couverts, et à essayer de communiquer. Nos enfants étaient parfaits, grimaçant à peine à cause des épices (mais nous avons un truc secret : nous les nourrissons avant les repas désormais), même notre Babar national se tenait bien, l'ambiance était parfaite. Un officier est alors arrivé, l'oreille collée à son poste de radio grésillant, tentant de nous expliquer une histoire d'état d'urgence, de président, de gouvernement, de liesse populaire, de militaires réquisitionnés... Nous ne comprenions pas grand chose mais devions avoir l'air suffisamment affolé puisqu'il n'a ensuite cessé de nous rassurer "no problem no problem"... Nous ne captons rien à la radio, et ne parvenons pas à trouver le moindre réseau téléphonique, nous pensons alors que nous sommes dans une région trop désertique, et puis que c'est toujours la même histoire au Pakistan... Nous dormons très très bien, parce que nous avions enfin passé cette région du Balouchistan iranien qui nous inquiétait tant. Aux innocents les nuits pleines.

Réveil à l'aube le lendemain, pour rejoindre Quetta. Nous n'avons pas de roupies pakistanaises, plus beaucoup de nourriture - je parle pour les autres, moi je suis très dégourdite et je dégotte toujours ce qu'il faut pour mes mini-toqués - mais assez d'eau et de bidons de diesel iranien, (d'ailleurs notre odorat a dû en prendre un coup vu l'odeur dans le Toqcar). Voilà notre folle équipe repartie dans le désert du Balouchistan, pakistanais cette fois-ci. Et quel spectacle !!! Malgré la difficulté de la route pour notre Toqcar pas du tout 4x4 mais au conducteur tout-terrain, nous en prenons plein les yeux. Et là encore, la présence de nos accolytes nous permet de profiter du paysage malgré les dromadaires, camions, dos d'ânes, passages sablonneux et frayeurs.

Nous ne sommes toujours pas escortés, mais nous devons nous arrêter, très/trop régulièrement, à des chek-points militaires. Gentiment, au début, nous remplissons des registres, avec nos numéros de visas, noms et tout le toutim, assez long pour notre véhicule.

Entre temps, nous récupérons une liaison téléphonique et recevons alors des sms assez mystérieux : "savons que les communications sont coupées, patientons" nous dit ma mère. " As-tu reçu mon mail, sinon en cas de gros pb au Pakistan, appelle-moi" me dit une amie bien informée... Nous commençons à nous dire qu'il doit y avoir piballe sous cailloux, ou dromadaire sous dune, ou militaire sous palmier. Nous profitons de ce moment de réception pour demander des infos et apprenons que le pays est en effet en état d'urgence et que le président mal-nommé tente un nouveau coup d'état.

Puis de nouveau notre téléphone est sourd et muet. Il faut dire que nous étions alors très près de l'Afghanistan et que nous avons dû profiter de l'aubaine (qui eût cru qu'un jour nous dirions cela ?) pour choper un réseau qui passait par là.

Nous poursuivons notre route, un peu moins sereins, jusqu'au moment où j'ai décidé de couper court aux remplissages inutiles de registres qui nous faisaient perdre une bonne demie-heure à chaque check-point (Nath, correcteur orthographique anglais stp). La malpolitesse a ses raisons que les militaires ignorent...

Arrivés au énième barrage militaire, je suis descendue, ai serré les mains des militaires en prenant mon air le plus Alliot-Mariesque possible (Dieu et l'éducation nationale et mes parents et mes amis et mes convictions me le pardonnent mais l'état d'urgence exige quelques retournements de tchador imprévisibles), me suis emparrée du dit-fucking-registre, ai griffoné dessus quelques vagues plaques d'immatriculation, une signature magistrale, ai intimé l'ordre à tous de ranger les passeports, de remonter en voiture, et nous sommes repartis, malgré la tasse de thé qui nous était, une fois de plus offerte et l'affolement de nos allemands pas du tout convaincus que ce soit correct et bien et courtois.

Les radios ont-elles bien fonctionné ensuite ? L'armée a-t-elle reçu l'ordre de chasser au plus vite cette diablesse occidentale du pays ? Toujours est-il qu'à chaque barrage, nous avons pu passer avec un rapide coucou et un numéro de plaque d'immatriculation. Et heureusement parce que les derniers kilomètres pour arriver à Quetta sont constitués par une route nommée "Lak-pass", qui n'est en fait pas une route mais un chemin cabossé et très raide, au point qu'un système de remonte-pente permet aux camions archi-chargés d'être hissés en haut par des tracteurs qui font la navette. Nombreux sont les camions et bus arrêtés sur le bord de la route, en panne ou immobilisés, le trafic y est impressionnant. Mais notre Toqué en chef s'en est tiré comme un pro.

A l'origine, nous pensions que Quetta serait la fin de la partie dangereuse de la route, or, en raison de l'état d'urgence, c'est à partir de ce moment-là que les militaires pakistanais nous ont accrochés, pour ne plus nous laisser.

Nous n'avons pas été mécontents d'être guidés pour traverser la ville et sa circulation dingue, hétéroclite et colorée. Les escortes se succédaient à chaque quartier, nous faisant passer des barrages policiers très nombreux, ce qui nous a permis de comprendre que visiblement la situation était assez sérieuse... Nous avons eu quelques péripéties avec un patron d'hôtel et avons fini par être obligés (par l'armée et l'hôtel) de dormir dans une immense chambre d'un grand hôtel. Les enfants étaient fous de joie, et nous... nous nous demandions comment dormir et se laver dans cette endroit archi crasseux. Les serviettes de toilette nous ont servi de tapis pour éviter les fourmis, la baignoire était percée mais les enfants ont pu s'y baigner longuement, Xtophe a un peu réparé les toilettes dont nous nous sommes servis le moins possible, nous avons tiré un canapé dans la chambre parce que nous voulions être tous dans la même pièce (c'était une suite messieurs-dames !) et que la porte ne fermait pas, nous avons dormi plus ou moins habillés et dans nos sacs de couchage, parce qu'il faisait froid mais vu que les rideaux avaient déjà commencé à brûler à cause de l'espèce de chauffage à gaz antémusharafien, mais nous avions pris un bon dîner que Penny et Brian avaient fait livrer dans notre suite et avions bien ri de la situation.

La nuit a été courte mais, contrairement à nos coéquipiers allemands trop fatigués, nous étions décidés à repartir à l'aube parce que même si les communications étaient rétablies les nouvelles que nous avons reçues par notre indic journaleux préféré (que nous remercions par la même occasion) confirmaient l'idée que nous ne devions pas traîner dans le coin.

jeudi 8 novembre 2007

A vos diaporamas !

Les photos nouvelles sont arrivées ! Elles sont ici.

Chapitre 4 - The Rolling Toqs au Pakistan


Le 3 novembre, nous étions aux premières loges pour passer la frontière, au point même que nous avons dû rebrousser chemin pour nous enregistrer à l'entrée, franchie la veille après la fermeture, grâce à notre escorte.


La sortie de l'Iran s'est faite très facilement, et nous devons dire qu'à plusieurs c'est aussi beaucoup plus agréable : nous sommes moins perdus, plus tranquilles, ceux qui restent au véhicule se sentent moins seuls face à la foule de curieux (surtout quand la masse de curieux est déviée grâce aux chiens des voisins), on est moins vulnérables face à tous ceux qui nous assaillent pour changer de l'argent, pour nous aider (ben voyons) ou nous enquiquinner, et surtout, ce qui peut être inquiétant lorsqu'on est seuls, devient carrément hilarant (Ximun correcteur orthographique stp, j'ai perdu mon gaulois dans le balouchistan je crois. Mais promis Monsieur le Proviseur, je le chercherai d'ici septembre) à plusieurs.


Si l'entrée dans le No man's land pakistanais a de quoi surprendre, les formalités se révèlent d'une simplicité étonnante et en un rien de temps, nous nous retrouvons, tous un peu stupéfaits, libres, comme mes cheveux, d'aller où bon nous semble.


Je ne peux résister au plaisir de vous raconter notre visite au "Tourism Information" installé judicieusement à la frontière. Les trois femmes de l'équipe, puisque comme tout le monde le sait, la culture et la connaissance passent par nous, nous précipitons toutes heureuses vers l'espoir d'une mine d'informations sur ce pays mystérieux. Nous nous retrouvons dans une immense pièce décrépie ornée de quelques très vieux posters de paysages pakistanais dans laquelle nous accueillent chaleureusement deux charmants jeunes hommes, l'un assis derrière un bureau, crasseux à souhait, sur lequel un présentoir offre quelques plans jaunis et poussiéreux... de Karachi. Uniquement. L'autre nous offre un verre d'eau. Nous demandons s'ils ont des cartes du Pakistan, ou d'autres villes, ils nous répondent par la négative. Nous cherchons toutes trois ce que nous allons bien pouvoir demander ou trouver ici. Notre anglaise toujours polie se sert un verre d'eau. Celui qui semble être le chef nous dit alors qu'il est chrétien. Penny qui ne se dégonfle jamais lui demande alors s'il n'aurait pas une carte chrétienne du Pakistan ou quelques informations chrétiennes sur le Pakistan. Il nous précise alors qu'il ne parle ni anglais, ni français, ni allemand. Juste Urdu. Nous étouffant dans notre verre d'eau, nous prenons alors congé en les remerciant, et avec la ferme certitude que nous venions d'entrer dans un nouveau pays un peu toqué...


La suite allait une fois de plus nous prouver que nous avions raison...

Chapitre 3 - The Rolling Toqs on the border-line


Nous comptions dormir à la ville frontière de l'Iran et du Pakistan, mais la route était longue. En sortant de Bam, d'abord nous avons été frappés par le paysage de désolation : cette cité somptueuse a été détruite en 2004 par un tremblement de terre énorme, qui a fait des dizaines de milliers de morts. Nous avons aussi compris que les escortes policières se relayaient au fur et à mesure de leurs districts. La première a fait 200mètres avec nous, et en sortant de la ville, nous en étions déjà à 3 ou 4 escortes... Il faut aussi imaginer que les passages de relais entre les escortes sont loin d'être au point en Iran. En général, nous avons donc dû attendre, au milieu du désert, l'arrivée de la patrouille suivante, et ce jusqu'à 15 fois dans la journée. Et comme les militaires iraniens sont très chaleureux et polis, d'abord tous ces gaillards armés jusqu'aux dents commencent par se faire de gros bisous, puis ils viennent nous saluer, puis noter nos immatriculations au moins, puis nous expliquer le déroulement des choses quand ils peuvent parler deux mots d'anglais, rarement, ce qui complique un peu nos échanges et les rend assez comiques. Et ce qui surtout double largement notre temps de trajet...


Les dernières escortes sont uniquement constituées d'un militaire qui s'incruste dans le Toqcar, j'en ai d'ailleurs viré un qui touchait à tout et était désagréable, à ce sujet je suis sans doute fichée en Iran comme le diable, et mon homme comme un Saint, parce que je fais beaucoup rire les iraniens quand je réagis vivement (notamment à la frontière turco-iranienne, alors que nous venions de rencontrer ces belges, que nous ne cessions de repousser tous les parasites qui nous demandaient des bakchichs, j'ai refusé de donner nos papiers à celui qui nous les demandait et dont l'uniforme n'était pas évident - il faut vous dire qu'il y a aux frontières, des tonnes de types dont on ne sait ce qu'ils font ni qui ils sont et qu'on a beaucoup de mal à comprendre ce qu'on doit faire-, il a dû appeler son supérieur, qui s'est bien marré quand il a compris qu'il avait à faire à une furie méfiante). Bref, je commençais à m'échauffer sérieusement de la situation...


Le 2 novembre, nous parvenons tout de même, en pleine nuit, à la ville frontière. On nous conduit d'abord, en plein coeur de cette cité assez glauque de ????????? dans ce qui semble être une espèce de parc devant un bâtiment désaffecté, vite envahi par tous les enfants de la ville, attirés par notre convoi, nos enfants, et les trois dalmatiens anglais, bâtiment qu'on nous présente comme un hôtel, sans chambres ni sanitaires ni nourriture ni portes ni rien, dont on ne comprend pas s'il sera gardé la nuit ou pas. Nous essayons de faire comprendre que nous voulons une autre option, et suivons aveuglément notre escorte qui nous conduit à l'intérieur même de l'enceinte de la frontière, à l'hôtel-resto destiné aux routiers ou/et aux douaniers, on n'a pas trop compris. Parfait pour nous en tous cas qui pouvons, en plus de dormir sur nos vingt-quatre oreilles, dans une chambre pour les plus mal lotis d'entre nous (nous sommes les seuls à avoir lits ET sanitaires dans notre véhicule) prendre un très bon dîner, et inutile de vous dire que dans ces circonstances toquées, lorsque la pression retombe, les bêtises et les fou-rires embrayent...

Chapitre 2 - The Rolling Toqs dans le Balouchistan iranien


Le premier soir de notre arrivée en Iran, à Tabriz, nous étions tombés sur Thomas et Verena, un couple allemand, avec qui nous avons décidé d'échanger nos infos et de faire convoi pour traverser cette zone dangereuse, en nous retrouvant à Yazd. Puis à Isfahan, nous avons recroisé Penny and Brian, anglais avec qui nous avions sympathisé à Dogubayazit, et leur avons donné rendez-vous également à Yazd. Entre temps, Thomas et Verena ont rencontré Marco et Yugini, suisse et allemande. Nous passerons sur les échanges de sms et mails ultra compliqués, sur les rendez-vous manqués et les quiproquo (ou proqui ou proqua j'en perds mon latin), mais nous nous sommes donc retrouvés, tant bien que mal, le 31 octobre au matin, sur le parking devant les Tours du silence, lieu de sépulture des Zoroastriens, à 7h30, pour nous rendre à Kerman. Les enfants étaient ravis, nous n'étions pas sereins...

A Kerman, nous avons campé sur le parking du Tourist-Inn, qui nous a fait payé une somme exhorbitante et a quand même daigné mettre à notre disposition une salle de bain dans une de ses suites luxueuses. A Kerman, nous avons aussi compris que nous avions une jambe de bois dans l'équipe, puisque Marco le suisse qui connaît si bien ce coin pour avoir fait cette route une dizaine de fois, a décidé de nous planter, sur un coup de tête, et sous un prétexte débile de chiens débiles. Inutile de vous dire que la nouille que je suis a pleuré comme une tarte, que les nerfs ont été mis à rude épreuve mais qu'au moins, nous avons mis sur pied une équipe solide et soudée.



Le 1er novembre nous avons donc poursuivi notre route dans le désert à trois véhicules, véritable famille Adams de voyageurs avec nos allemands, nos anglais, nos enfants nos chiens et nos trois bolides bizarroides. Quelques kilomètres après la route de Rayen, nous étions arrêtés par l'armée qui allait nous escorter jusqu'à Kerman. Les militaires étaient charmants, et nous assez rassurés de voir enfin cette escorte dont on nous avait tant parlé. Ils nous ont conduit dans un hôtel à Bam, et nous ont demandé de ne pas dormir dans nos véhicules, mais de prendre des chambres, bradées pour l'hôtel à cette occasion. Vraiment pas l'idéal pour nous, mais les enfants étaient fous de joie en découvrant l'immense chambre, l'immense baignoire, et l'immense lit (ils n'avaient pas encore compris qu'ils dormiraient parterre...)Nous avons pu nous reposer l'après-midi, les policiers nous ayant demandé de ne pas sortir, nous avons profité de la baignoire pour laver tout notre linge, avons pu tenir notre conseil de convoi dans un hall splendide, voyant arriver quelques autres voyageurs escortés par l'armée, et avons pu constater... qu'il est vraiment impossible de dormir avec un enfant de 2 ans.



A 6h le lendemain, quand nous sommes descendus pour reprendre la route, il faut dire que trouver nos militaires endormis, leurs mitraillettes dans les bras, sur les canapés du hall, avait quelque chose de surréaliste. Pour nous. Parce que les enfants s'étaient déjà habitués à la situation eux. Les enfants toqués sont comme tous les enfants du monde, en deux jours ils font d'une situation exceptionnelle la norme.



Et c'est ce jour-là que les grands Toqués ont appris qu'il leur faudrait apprendre la patience...