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samedi 13 octobre 2007

Du sucre pour les Toqués

J'aurais pu vous raconter le Nemrut Dagi, son ascension vertigineuse... et foireuse pour notre camping-car en surcharge, sa splendeur, notre descente vers l'Euphrate et sous la pluie, le passage sur le bac, nos traversées de passages désertiques, la gentillesse et la beauté et la pauvreté des Kurdes, notre visite émouvante d'Hasankeyf, merveilleuse vallée qui a abrité des dizaines de civilisations et qui voit là sa dernière puisque toute la ville, la vallée et ce site seront engloutis en 2010 par les eaux du barrage pharaonique que construit l'Etat, j'aurais pu vous raconter la mine réjouie de Gaspard venu me chercher en courant pour me montrer le " mignon nâne" de la maison qui nous accueillait, son frère et sa soeur se chargeant de son éducation animalière, et mes trois citadins toqués plantés tout attendris... devant un mignon veau. J'aurais pu vous raconter notre arrivée foireuse dans la nuit et sous la pluie au bord du lac de Van, et notre journée foireuse le lendemain sur ses rives qui nous ont poussés à pousser jusqu'à Dogubayazit (parce que faut pas pousser quand même !), les rencontres sympas qu'on y a fait dès notre arrivée et cette communication géniale que nous commençons tous à maîtriser entre gestes-anglais-allemand-français-dessins-turque, j'aurais pu vous raconter nos hauts et nos bas, parce que nous passons du maillot de bain à la laine polaire et que rarement ces derniers temps nous sommes descendus en dessous de 1000m d'altitude et que nous sommes ce soir à plus de 2000 mais non. Je ne dirai rien de tout cela. Je vous raconterai juste nos premiers contrôles militaires.
Fin du Ramadan en Turquie : c'est la fête du sucre. Les magasins se remplissent de sucreries, de pâtisseries, les gens s'habillent de neuf, tout est férié et fermé pendant plusieurs jours (maman t'inquiète pas : on était prévenus on a fait des réserves). Et partout, les rues et routes fourmillent d'enfants endimanchés (et si jusque là nous nous demandions où étaient les enfants turcs, nous en avons désormais la réponse : dans l'Est) qui passent dans les maisons pour récolter des sucreries. Or nous sommes au Kurdistan, comme nous le rappellent certains de nos hôtes, région à l'histoire houleuse et douloureuse, proche de l'Iran qui plus est. Donc nous commençons à nous familiariser avec les chars en bord de route, les militaires en arme postés très régulièrement sur la route, et les contrôles très fréquents... pour les autres du moins.
Et aujourd'hui, notre premier contrôle. Des militaires assez impressionnants nous arrêtent. On ouvre la fenêtre, ils brandissent un flacon, nous demandent de tendre les mains, nous sommes étonnés mais obtempérons gentiment, et ils nous les aspergent de ce qui se révèlent être... du parfum. Ils nous font signe de nous frotter les mains, on le fait. On montre nos papiers, puis le chef qui avait l'air de s'ennuyer vient visiter le camping-car. Il renonce à la fouille, bavarde avec les enfants puis nous laisse partir.
Bon.
On sent un peu la cocotte, on est un peu estomaqués mais on rigole bien.
Après avoir passé plusieurs barrages sans avoir à nous arrêter, de nouveau, dans ces paysages désertiques, arides, rocailleux étranges, des militaires armés jusqu'au dents (et il faut voir les barrages avec sacs de sable, chars pointés sur nous - comme dit Rachel : "mais je savais pas que ça existait encore moi les chars !" -) nous barrent la route. Ils mettent un plot devant le camping-car, on se dit que ce coup-ci, on ne va pas échapper au contrôle complet.
On ouvre la fenêtre. Ils nous tendent un flacon, tout sourire. Ce coup-ci on sait à quoi s'attendre : une bonne rasade de parfum sur les mains (et les jambes et le sol), on remercie on se frotte les mains, on s'apprête à fournir nos papiers, et là, ils nous tendent une boîte... de bonbons !
Et c'est fini !

Encore un paradoxe admirable de ce pays qui est décidément fait pour les toqués !

PS : Demain (samedi), soirée rugby au restau du camping pour faire plaisir à Ulysse et Christophe, ce qui nous permettra de finir nos bières parce que lundi nous entrons en Iran.

PS' : Les photos arrivent !

dimanche 7 octobre 2007

Le roi des Toqués


Certains sont amoureux des chefs d'oeuvre de la nature.

Moi c'est plutôt de ceux des hommes. La Nature chais pas qui c'est, et si c'est Dieu, il ne lui a fallu qu'une petite semaine pour tout créer, pas lourd à côté des cathédrales et de toutes les folies que les hommes lui ont ensuite érigées.


Mais forcément, quand la nature et les hommes s'allient pour former un lieu tel que les trois vallées de Zelve alors là... là je m'incline. Face à la Nature, Dieu, les Hommes, le mélange du hasard et du génie, des cataclysmes, des guerres et de l'art et la vie.

Dans ces falaises abruptes et ces pics incroyables forgées par la pierre volcanique, on dit que se sont créés les premiers monastères et ça me plaît de le croire. Dès le IXème siècle. Des générations ont vécu là, creusant tout simplement de nouvelles pièces lorsque la famille s'agrandissait, aménageant sans cesse des passages entre les vallées, des escaliers, des tunnels, et même un monde souterrain invisitable, bâtissant des églises, les cachant, les transformant en mosquées. Et ce n'est qu'en 1952 que le site a cessé d'être habité.

Il en reste un lieu incroyable, aussi bien pour les adultes, découvrant des restes de peintures, d'églises, de vie, que pour les enfants se croyant dans Indiana-Jones (ndlr : sans Harrison malheureusement), puisqu'il faut s'enfoncer dans des petits passages très sombres, chercher les passages dans la roche, escalader, glisser, grimper, sauter, explorer.

Le seul souci c'est que lorsque la nature et les hommes s'allient, ce genre de lieu s'abîme aussi, la pierre s'effondre, le site n'est pas totalement bien conservé ni protégé, aucune oeuvre n'est immortelle.


Mon oeuvre du jour à moi c'est mon Gaspard qui a deux ans et la vie belle. Ce genre d'oeuvre aussi tient un peu d'une alchimie miraculeuse... surtout à l'heure de la sieste. Et ce sont vraiment celles que je préfère (ce genre d'oeuvre. Et l'heure de la sieste.)

Joyeux anniversaire notre petit roi voyageur !


samedi 6 octobre 2007

vendredi 5 octobre 2007

Les mille ruses des Toqués


Juste pour vous mettre l'eau à la bouche.
Parce que ce soir je suis quand même vachement plus fière qu'il y a 8 ans.
Parce qu'on leur a juste dit qu'il fallait qu'ils se couchent tôt et sans broncher parce que demain, anniversaire de notre Ulysse, on a une surprise pour leurs trois anniversaires (6, 7 et 25 octobre pour les non-initiés).
Parce que le plaisir commence dans le fait qu'il faut se lever à 5h30.
Parce que notre plaisir à nous c'est d'entendre Rachel s'exclamer "Oh mais c'est la première fois de notre vie qu'on se lève à l'heure de la prière du matin !".
Et qu'ils dorment comme des anges...

jeudi 4 octobre 2007

Les Toqués au pays des fées



En Turquie nous avons rencontré des anges-gardiens, de bons génies, et nous les remercions tous nos amis d'Ankara, de Demet à nos copains du cybercafé pour nous avoir permis de passer un si bon séjour au sein de leur ville.
Mais nous nous sommes résolus à reprendre la route pour le pays des fées.
Nous ne savions pas à quoi nous attendre... quel choc quel estourbibahibéatespédilicieusétonnement !
Les enfants n'en reviennent pas qu'un tel paysage existe, Ulysse dans les églises rupestres imagine des sociétés secrètes et mille ruses, Rachel se régale tranquillement de ce pays des merveilles (et elle a pu mettre ses pas dans ceux du Christ : dans l'église dite de la sandale, portant la trace de la semelle du Christ lui-même oui Messieurs-Dames, le gardien, pas super à cheval sur les mesures de conservation des sites, a pris Rachel pour la poser sur cette trace, et nous avons un scoop... le Christ était sans aucun doute une fillette de presque 6 ans, la taille concorde !!!), Gaspard peut courir partout et nous enquiquiner comme il aime le faire en ce moment (mais le jour des 2 ans ça passe je crois hein?) Christophe qui est plongé dans l'univers des premiers chrétiens par ses lectures se régale d'autant plus et moi je suis un peu comme Ulysse : j'aimerais bien m'installer quelques temps dans ce lieu merveilleux et y inviter tous nos amis.
Encore un beau mois d'octobre qui se prépare pour les Toqués...
D'ailleurs, si vous souhaitez joindre Ulysse samedi ou Gaspard dimanche, ne nous téléphonez pas, nous ne pourrons répondre. Mais nous serons joignables sur Skype en fin de journée ou milieu et nous aurons les mails. Mais nous avons des projets top secrets dont je ne peux vous parler pour le moment. Je crois que l'anniversaire des petits toqués sera vraiment inoubliable cette année...
PS : J'ai fait un effort de concision mais les photos sont trrrrrrrès nombreuses
PPS : Bienvenue à Jérémie, notre nouveau cousin pas toqué mais un peu concon et gros bisous à ses parents et sa grande soeur jolie.

lundi 1 octobre 2007

Le dimanche à Ankara


Le dimanche à Ankara, c'est journée à la maison pour les Toqués. Journée un peu forcée à la maison puisque notre parking préféré est fermé le dimanche mais que nous avons eu l'autorisation d'y rester. Nous aurions pu nous en échapper, nous avons pu, cette semaine, observer à loisir les lycéens passant par dessus les grilles pour aller fumer en douce (et attention car les profs sont en alternance de permanence pour surveiller le parking et le jardin) mais l'idée d'une journée sans bouger nous plaisait assez. Donc après un appel particulièrement enjoué du Muezzin (je pense que le dimanche il dit quelque chose du genre : youpi c'est dimanche, youpi on travaille pas, prions avec enthousiasme, parce que nous qui ne l'entendions plus, il nous a surpris au petit matin) nous avons traîné bouquiné travaillé rangé bricolé nous nous sommes offert un apéro de roi, les enfant se sont inventé des mondes fantastiques où les parkings cotoient les mosquées, où les piscines ont des panneaux solaires, où les Winx à moitié nues gardent des zoos étrangement peuplés. Et entre deux nouvelles étagères et deux pages de Michel Tournier et de son histoire des rois-mages qui le passionnent, notre chauffeur préféré faisait tourner notre camping-car au gré du soleil. Car nous étions très bien placés ces derniers jours. Totalement à l'ombre, ne souffrant jamais de la chaleur (diurne parce que la nuit il fait froid) mais... mais nous nous sommes retrouvés quasiment sans électricité. Nous prenons l'habitude d'ailleurs aussi de gérer nos ressources en la matière, faisons vrombir nos lampes-dynamo et nous offrons des dîners et soirées aux chandelles. C'est d'ailleurs très reposant de vivre dans la pénombre, on parle doucement (sisi je vous jure même nous !) on se couche plus tôt.

Et moi j'en profite pour répondre à certaines de vos interrogations sur notre vie quotidienne.

Elle est particulière et très changeante.

Mais une constante demeure : les préoccupations ménagères et vitales : trouver de l'eau, avoir suffisamment d'électricité, de carburant, d'eau potable, de nourriture, laver le linge, parce que toutes ces choses qui sont si faciles et qui vont de soi habituellement, sont à réinventer quasiment chaque jour. La principale étant de trouver un endroit sûr, agréable pour dormir. Et si possible un endroit un peu discret parce que nous ne passons pas inaperçus, ni par notre véhicule, ni par nos apparences. Il est d'ailleurs fort étrange de se retrouver dans la peau de "l'étranger". On a beau faire tout ce qu'on peut pour ne pas trop détonner, visiblement nous surprenons. Et sommes surpris de surprendre. Même si la surprise est bienveillante.

Niveau nourriture ce sont des expériences souvent intéressantes, parfois franchement comiques. Nous avons des litres de yaourt dans le frigo, c'est en le servant en biberon aux enfants avec du Nesquik, que nous avons compris que ce n'était pas du lait. Enfin... que les grands nous ont dit que ce n'était pas du lait parce que Gaspard a tout bu sans rien dire. Au resto, nous ne savons pas souvent ce que nous commandons, c'est un peu la surprise à chaque fois, même si nous commençons à savoir gérer l'affaire.

Pour l'eau, on trouve régulièrement de bonnes volontés pour nous donner en donner mais c'est à chaque fois une opération différente, souvent comique là aussi. L'eau qu'on prend à des robinets de source n'a aucune pression, il faut un temps fou pour remplir notre réservoir et on se retrouve planté au milieu de la cambrousse avec trois vieux qui s'installent pour nous observer et commenter et nous nous sourions bêtement pendant d'interminables minutes. Il y a quelques jours, à Ankara, j'ai eu l'autorisation d'aller, à travers les grilles d'une fenêtre, brancher notre tuyau à un robinet de la cantine (ici personne ne mange sans aller se laver les mains avant ), Xtophe à l'autre bout gérait le réservoir. Je ne pouvais pas crier, ne voulant ameuter tous les employés et me voulant un peu discrète. Mais lorsque la pression est devenue trop forte que toute l'eau a jailli innondant toute la salle et me trempant de la tête aux pieds, je me suis doutée qu'il y avait un problème : effectivement, mon cher et tendre, mort de rire quand il m'a vue, avait oublié d'ouvrir la vanne de son côté...

Et puis il nous faut vider aussi nos eaux usées et notre boîte à caca. Mon homme est devenu expert pour trouver les égoûts, buissons cachés, et il ère discrètement la nuit, dans le vaste monde, sa cassette malodorante à la main. Ce n'est que du naturel puisque nous avons fait installer un système spécial (pour les détails techniques s'adresser au responsable technique de notre expédition) pour ne pas polluer davantage la terre entière.

Et il y a l'école. Pour l'instant nous navigons à vue. Nous tâchons de faire travailler les enfants tous les jours. Généralement, leur petit déjeuner avalé, ils se mettent au boulot tandis que Xtophe bricole bidouille ou promène avec Gaspard, où qu'on le colle devant un dvd et que je m'active à ranger la maison tout en bossant avec eux. Il y a des jours où c'est carrément improductif (fou le temps que peut mettre une enfant de 6 ans un peu rêveuse à se mettre au boulot-et je me coiffe et je taille mon crayon et je me gratte le nez et je colorie le cahier et je regarde par la fenêtre... fou ce que l'habitude du marchandage se prend vite à 8 ans et dans tous les domaines : "tu m'avais dit de faire l'exercice 6 mais regarde, c'est quasiment le même que le 4 alors j'ai fait le 18, ça revient au même hein ?". En revanche quel bonheur de voir Ulysse reconnaître les cultures en plateaux, de pouvoir lui montrer la préhistoire qu'il a étudiée dans le musée d'Ankara, de revoir la naissance de l'Islam avec lui dans son manuel ! Rachel lit très très bien, donc nous l'y encourageons, et j'insiste sur l'écriture. Ulysse aime toujours autant ça, nous avons pu recharger un peu nos réserves de bouquins, mais nous vous mettrons bientôt à contribution je crois (dès que nous aurons eu notre première expérience de poste restante) Je tâche d'être plus présente pour le français et surtout l'orthographe, mais il fait ses maths entièrement seul. Nous l'aidons juste en ce moment à apprendre ses tables de multiplications. Nous avançons tranquillement à raison d'une heure par jour je pense. Difficile à évaluer. Et puis je n'ai pas de références de leur âge. Je ne m'inquiète pas, je crois qu'ils apprennent beaucoup. On a quelques moments d'énervement, j'ai environ zéro patience, ça ne me passionne pas j'avoue, surtout quand il s'agit de maths, alors régulièrement on prend tous de bonnes résolutions et on repart. Mais ils gagnent beaucoup en autonomie et moi j'apprends un peu plus sur l'apprentissage et on rigole beaucoup il faut le dire...

D'ailleurs les enfants tant qu'on en parle, sont totalement épanouis. Pas une seconde de cafard. Il faut avouer aussi que les mails et mots des amis leurs sont précieux. la liberté, la découverte, la nouveauté, le tout en famille, c'est le rêve pour eux. Ils mangent comme dix, dorment comme des loirs (comment aurait fait notre Rachouille en cp elle qui s'offre de méga siestes), marchent comme des champions, parce que qu'est-ce qu'on marche ! Ils retrouvent quelques joies simples dans leurs jeux et consolident leurs liens. Babar les fait mourir de rire, les exploite, les embête, les caline, c'est sans nul doute le grand gagnant de cette aventure. Parfois, comme le soir où on l'a prise dans le 4x4 des baroudeurs lyonnais sur le retour, pour la ramener au camping-car à la fin de notre apéro olympique, Rachel demande : "on est où déjà ?". Il faut dire que c'est une question que je me pose parfois aussi au réveil.

Et puis autre routine : le soir, l'équipe de direction des Toqués décide de la suite des évènements. Sous l'oreille attentive, indiscrète et très peu souvent muette, de ceux qui sont censés dormir derrière leur rideau. On étudie les guides, les plans, les cartes, les agendas, les documents. On pèse on évalue on imagine, on fait en fonction de certains impératifs de nos envies de nos besoins en repos, lessives, eau, école, temps calme ou changement. Dans l'ensemble on alterne des périodes où on roule pas mal et d'autres où, trouvant un endroit sympa, comme ici, on s'encroûte un peu.

Et puis on alterne aussi le tourisme classique : visite des grands lieux culturels historiques avec ce qu'on n'a pas le temps de faire en temps normal : vivre dans la ville, y faire des rencontres, nos courses, y traîner, et ça c'est totalement nouveau pour nous. D'ailleurs quand j'y pense c'est drôle : ce voyage montre bien notre caractère profondément citadin : c'est dans les grandes villes pour le moment que nous serons restés le plus longtemps que nous aurons été le plus à l'aise que nous aurons goûté le mieux à la vie locale.

Les Toqués aiment la ville, sa richesse, son activité, sa folie en somme.

En somme notre vie est certes assez trépidante mais une certaine routine s'est installée, bien agréable, et le fait de voyager avec notre maison était à coup sûr un bon choix, qui nous convient parfaitement même s'il nous impose certaines contraintes, notamment par sa taille (et nous ne sommes pas au bout de nos peines) mais c'est notre refuge, notre repère, nous y sommes très bien installés et chacun y trouve son compte.

Ainsi va la vie des Toqués après presque deux mois de voyage.

J'ai profité aussi de ce dimanche pour commencer un petit tableau à ma sauce (c'est à dire donc qu'il n'a rien d'un tableau) à l'intention des voyageurs qui tomberaient sur notre site en faisant des recherches. J'avoue que si j'aime me régaler du récit des autres, ce sont leurs infos pratiques surtout qui nous intéressent. Donc vous trouverez ci-joint (si j'y parviens sinon je le mettrai en ligne une autre fois) un lien, à partir de la Turquie de nos bons et mauvais plans.

jeudi 27 septembre 2007

Les Toqués à l'école d'Atatürk


Chassez le naturel, il revient au galop. Me revoilà au lycée.

En fait le parking que nous avons trouvé, est celui d'un immense et prestigieux lycée d'Ankara. Dès le lendemain de notre arrivée, une prof d'anglais me disait que nous étions leurs invités, que nous n'avions pas à payer le parking, et que nous devions aller la voir à l'école, et y manger. Dans la fameuse hospitalité turque, la bouffe et la boisson ont une place essentielle, on ne risque pas mourir de faim ! L'étudiant qui bosse au parking après ses cours nous a invités à boire le thé. Puis ce matin nous sommes allés prendre un café (et des gateaux et des bonbons et des chocolats et encore... nous refusons beaucoup de choses) au lycée. C'est un lycée public et prestigieux, dans lequel on n'entre qu'après un examen très difficile. Tous ces jeunes, nous expliquent fièrement les profs, se destinent à devenir ingénieurs, médecins, dentistes, architectes... voire prof (au pire je pense). Les élèves étaient ravis de pouvoir nous poser des questions sur nous, la France, nos impressions en Turquie. Franchement, ce sont les mêmes jeunes que chez nous, aussi impertinents et attachants mais en uniforme (je les trouve trop mignons avec leurs cravates). Inutile de vous dire qu'ils adorent tous la coiffure d'Ulysse, totalement interdite pour eux tant qu'ils sont à l'école. Ils nous demandent d'abord si nous aimons la Turquie, la nourriture turque, les turcs. Puis embrayent sur... Nicolas Sarkozy, qu'ils détestent (je vous dis que je les adore ces gens-là moi). Puis sur Zidane, et Jean-Christophe Grangé. Les questions fusent "Les bijoux Agatha c'est cher en France ?" "Le génocide arménien vous en pensez quoi ?" "Je veux aller à Toulouse pour bosser dans l'aéronautique" "Vous avez goûté les baklava ?" "Vous connaissez Atatürk, c'est un peu notre général De Gaulle à nous". On nous invite à manger, à dormir, à faire du shopping. Ils voudraient que les français aient une bonne image d'eux, ils ont l'impression qu'on les voit comme un peuple arriéré, se déplaçant à dos de chameaux, intégriste et rétrograde. Les filles sont choquées d'apprendre qu'en France certaines jeunes-filles ont voulu aller à l'école voilées, c'est interdit en Turquie. On leur explique surtout qu'on ne connaît pas la Turquie en France. Ni les Turcs, et que c'est à eux de faire bouger les choses aussi. Il est vrai qu'on se sent très très bien dans ce pays, et dans cette ville. Mais il y a d'énormes différences entre ces jeunes, de bonnes familles citadins, qui vivent exactement comme nous, et certaines femmes croisées dans des villages. C'est impressionnant ces mondes si opposés, ces siècles de décalage même, qui cohabitent. Ils veulent voyager ces jeunes, je sais que ce n'est pas simple. Deux étudiantes en littérature française rencontrées hier à l'Institut Français, m'ont expliqué les difficultés pour elles, pour venir étudier en France, difficultés essentiellement financières, nous ne sommes pas égaux, et ils le savent bien.

Ce midi nous avons mangé à la cantine, les enfants ont encore été gâtés. Sucreries, cochonneries, coca, bouffe, télé et musique à donf à tous les étages... ils trouveraient notre cantine bien austère ! Et après le repas, des étudiants reviennent bavarder avec nous. Ils sont en admiration devant nos enfants, me trouvent jeune et bien habillée (je les adore je vous dis) ils sont avides d'apprendre, de bouger, d'avancer, et se sentent européens. Nous les sentons européens aussi. Des européens plus ouverts et accueillants.

Parce que... imaginons une seconde un camping-car turc arrivant sur le parking d'Henri IV, ou même d'un autre lycée...

Heureusement Ankara est la


25/09/07 - Forcément la journée d'aujourd'hui ne pouvait que nous paraître merveilleuse, et elle l'a été. Pourquoi ? Tout simplement d'abord parce que nous ne nous sommes pas perdus une seule fois. Ensuite parce que nous avons trouvé de l'eau à profusion. De l'eau de source d'abord. Parce qu'à midi nous nous sommes arrêtés dans un bled, devant une aire de jeux (l'obsession des enfants, surtout de Rachel et Gaspard, et ça tombe bien, ici il y en a absolument partout !). Nous y avons rencontré des femmes avec leurs enfants, nous avons offert du jus d'orange aux petits, la maman a jeté un oeil dans le camping-car, puis elle m'a encouragée à acheter des fruits et légumes très beaux au marchand ambulant qui passait à ce moment-là. Elle et ses amies ne m'ont pas lâchée d'une semelle, riant de me voir faire et empêchant le marchand de m'arnaquer (j'ai encore du mal avec les prix non affichés le marchandage, difficile avec la barrière de la langue mais je vais m'y faire). Pour bien nous remettre sur pieds, nous avons fait mon cher époux et moi-même une chose délicieuse, en cachette des enfants, et en pleine journée, alors qu'ils jouaient au parc, honte à nous mais nous en avions trop envie... nous avons pris chacun une douche chaude, et la totale avec shampoing et tout, le pied... Nous savions que nous remplirions notre réservoir sans souci dans cette partie très verte de la Turquie. Parce que le bord de la mer noire, c'est quasiment tropical comme végétation !

Puis les paysages des plateaux de l'Anatolie nous ont ravis. C'est incroyable parce qu'on se retrouve à des altitudes qu'on n'atteint que rarement chez nous, mais on a l'impression d'être en plaine. De vrais décors de cinéma, à perte de vue. Ces montagnes ressemblent pour moi à celles que l'on voit sur les cartes en relief des salles de classe, vous voyez ? Et si j'ai toujours été nulle en géographie (mon prof d'hypokagne doit se souvenir de mes exploits en cartographie), ne voyant même pas à quoi pouvait servir le fait de connaître les divers climats, les divers reliefs, les diverses roches, les diverses sortes de végétation à part à faire de jolis dessins de sapins et tout, la vivant en direct, je vois beaucoup mieux. Et je l'apprécie. (Mais il faut dire que c'est toujours le même souci : dans la vie j'aime faire les choses, les éprouver, ou alors les lire mais attention hein, faut qu'elles soient très bien romancées. Les essais, photos, documentaires ne m'accrochent pas le moins du monde. Mon dieu... qu'est-ce que je vous inflige alors ?) (et le premier qui me fait remarquer ma petite tendance à l'abus de parenthèses est prié de garder pour lui l'explication psychanalytique grave qu'il pourrait en faire).

Mais ce qui est fou, c'est que sur une autoroute splendide, toute neuve et vide, au milieu d'une espèce de désert de western, on trouve Ankara, capitale de la Turquie.

Nous y installons notre camp pour quelques jours afin de visiter, de faire quelques courses, quelques lessives, quelques visites aux ambassades. Et comble du bonheur : nous sommes entrés dans la ville sans encombre, et avons trouvé en moins d'une heure un bon parking surveillé qui nous accepte pour la nuit. Et avec le sourire s'il vous plaît. Et en plein centre visiblement, dans un quartier sympa et commerçant (mais attendons demain pour vérification). Et les Kepabs du voisin sont délicieux. Et il nous reste une saison de Desperate House Wife à regarder.

Je vous le dis, chez les Toqués, on n'a pas de maison, mais on est loin d'être desespérés !

Bonne nuit bande d'occidentaux !

lundi 24 septembre 2007

Mer Noire... et journée noire


Si Istambul nous enchante, les turcs aussi et surtout.

Alors que nous nous faisions embêter dans tous les musées grecs dès que Gaspard ouvrait la bouche, voire carrément pousser dehors, ici les gardiens se jettent sur lui... pour l'embrasser, le chatouiller, le faire crier. Rachel se fait haper jeter en l'air caliner et Ulysse se fait gratouiller la tête en permanence. Et du coup, nous, qui avons fait ces trois choses merveilleuses, sommes accueillis très chaleureusement partout.

Nous avons logé à Sultanhamet, puis à Taksim, sur des parkings surveillés. Nous rechargé les réserves de livres des enfants à la librairie du consulat (merci à la jumelle turque d'ULysse qui se reconnaîtra et qui recevra comme promis une carte postale), seulement... seulement depuis que nous sommes arrivés il pleut. Et comme nous l'a dit une baroudeuse expérimentée : les deux ennemis du voyageur sont la pluie et les insectes. Dieu nous garde encore un moment des seconds, quant à la première, si les turcs l'attendaient depuis longtemps, nous on n'en peut plus.

Nous avons donc décidé, alors que nous rentrions une fois de plus trempés au Toq'car ce midi, que nous allions agir. Nous avons plié le camp : objectif : des grands magasins pour repérer des cadeaux d'anniversaire pour nos octobrets, trouver un moyen de remplir nos réserves d'eau(ironique je sais) - même si je peux vous dire qu'avec une bassine nous faisons 3 shampoings, 5 douches et pas mal de ménage. Mais il faut vous imaginer qu'en plus de la récession en eau à laquelle nous oblige un long stationnement, la pluie nous oblige à une récession en matière d'électricité parce que le solaire fonctionne très bien... sous le soleil. Toutefois on est bons en autonomie et le soir pour faire quelques économies, nous faisons vrombir nos lampes-dynamo et vivons en lumière tamisées (merci JP pour ces excellentes idées)-. A ce rythme, le moral des chefs commençait à vrombir aussi (pas celui des soldats toujours aussi enthousiastes).

Donc nous avons décidé de trouver un camping pour pouvoir prendre de vraies douches (on demande même pas à ce qu'elles soient chaudes hein) nous brancher sur secteur faire le plein d'énergie en attendant le soleil.

Après avoir quitté l'Europe, la fleur au camping-car, parce que malgré le repos que procure le fait de s'arrêter quelques jours dans un endroit, chaque départ est une fête, nous nous sommes donc retrouvés en Asie et... dans des embouteillages abominables. Mais inimaginables. Comme sur le périph un 24 décembre. Ou au rond-point de l'Europe après une victoire du BO (j'adapte mes références à tout mon lectorat) Et la pluie formait des rivières sur la route, dégoulinait en torrent par la porte du camping-car, et nous ne trouvions pas le magasin qu'on nous avait indiqué... Quand nous le trouvâmes, alors que nous remettions nos pantalons (toujours mouillés que nous avions troqué contre nos bas de pyjama, oui parce qu'en plus la pluie nous conduit à l'élégance), le Jedi surprit trois gamins essayant tranquillement de détacher nos vélos. Et sans doute pas pour nous rendre service. Renseignements pris auprès d'un pompiste du coin : il ne fallait pas du tout laisser le camping-car sans surveillance à cet endroit. Nous remballâmes nos jeans et chaussettes mouillés, nos idées foireuses, et décidâmes d'aller décider plus loin ce que nous allions décider de faire (et sous ce déluge nous n'avions toujours pas trouvé d'eau).
A ce moment-là le téléphone sonne : ma belle-maman, à la retraite depuis quelques jours, qui nous annonce qu'elle est devant chez elle, qu'elle vient de tomber, qu'elle a un os qui sort de la jambe. Nous sentons que c'est grave (n'oubliez pas que je suis quasiment docteur) nous nous sentons très impuissants, Ulysse pleure ("parce qu'à son âge quand même ça peut être grave", on le rassure, mamie est TRES jeune et ce n'est pas le col du fémur).

Nous inspirons alors un bon coup. Et décidons de tenter une échappée salvatrice vers la mer noire. Visiblement il y a des campings et ça fera forcément venir le soleil. Nous nous retrouvons vite à notre point de départ - et c'est pas uniquement ma faute cette fois - et rererepartons courageusement affronter la pluie ininterrompue et les embouteillages. Direction : Sile, station balnéaire adorée des Stambouliotes. On rebrousse plusieurs fois chemin, on se paume, on cherche des campings qu'on ne trouve pas, on tombe sur les premières mauvaises volontés turques, on ne trouve ni eau, ni camping, ni anglo-franco- ou germanophone et enfin, en pleine nuit (elle tombe tôt je vous rassure), nos réserves d'eau vides, nos toilettes pleines (je vous épargne ce détail mais il a son importance), notre moral pas très haut et les larmes pas très loin chez votre reportrice qui a failli éclater en sanglot face à l'hôtelier qui lui refusait son parking, et a fini par lui en indiquer un autre face à la détresse qu'il a dû détecter chez elle, quelle finesse d'analyse chez luli, nous trouvons un hôtel qui nous accepte devant sa porte. (l'Odyssée n'est jamais bien loin de la Bible chez les Toqués).
Bon.
Nous avons notre bidon de secours d'eau qui va nous sauver la mise, des buissons qui fleuriront grâce à notre engrais familial, nous avons eu des nouvelles de Mamie qui a une méga double fracture mais bon moral et surtout un bon soutien, encore merci JP (oui parce que c'est bête mais en plus mes parents sont aussi en Asie, au Vietnam, certes ils préparent notre futur séjour mais ne peuvent jouer notre rôle auprès de jolie-maman), les enfants sont toujours aussi en forme (et confondent mer noire et mer morte, persuadés visiblement de flotter sans bouger demain, et nous n'avons pas le courage de leur dire la vérité ce soir, on repassera demain matin pour l'honnêteté intellectuelle, vive le rêve...), les batteries se sont rechargées grâce à nos kilomètres de bouchons, le camping-car est propre (il pleut toujours des cordes), le frigo est plein, on a même de quoi s'offrir un apéro de consolation et... nous captons le wifi de l'hôtel qui nous a acceptés ! Finalement Dieu existe. Ceci-dit, la mosquée visiblement très proche, vient de nous le rappeler.
Si la nuit qui vient n'est pas blanche, nous effacerons vite cette journée noire de nos mémoires vives.

PS : Gros gros bisous pour Mamie à la patte folle. Justement dans l'équipe des Toqués, nous n'avions pas de jambe de bois...

samedi 22 septembre 2007

Loin du chant des sirènes


"Les paroles j'aime bien, mais la musique est vraiment pas terrible" a déclaré très sérieusement Ulysse à l'heure de la prière, au milieu du grand Bazar tandis que Gaspard pouvait s'en donner à coeur joie et jouer les Muezzin avec toutes les mosquées d'Istambul - je crois d'ailleurs que notre Basquard s'est découvert une nouvelle vocation depuis notre arrivée en Turquie-. Il faut dire que nous sommes gâtés, ramaddan oblige, il y a une prière de plus qu'à l'habitude.

C'est tout de même magique, surtout au milieu de la nuit, d'entendre toutes ces voix raisonner dans la ville, et lorsque de notre lit on admire Sainte Sophie et le Topkapi, je vous raconte même pas... c'est Bysance, tout simplement.