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samedi 21 juin 2008

Le Toqcar sur le depart

Encore un episode bizarre-marrant-toque dans l'odyssee : le pre-depart.
Le Toqcar partira le 27 juin (deux jours de retard sur la date prevue) sur un Ro-Ro depuis Singapour. Et notre Toqcar s'offre, lui, un vrai tour du monde, puisqu'il n'arrivera en Belgique que le 19 aout, apres etre passe par le Japon, les USA, cote ouest, Panama, la cote est des USA. On l'envierait presque.
Mais les choses seraient nettement moins droles si elles etaient simples. La petite complication c'est qu'il est interdit pour les vehicules etrangers de rouler dans Singapour. Vous voyez le hic.
Heureusement il y a moyen de contourner l'obstacle moyennant paiement. D'ailleurs j'en profite pour remercier ceux qui ont avant nous teste cette solution et ce navire, Guy Bazin, voyageur experimente, mine d'or pour nous, et Anautica qui nous ont devances d'un Ro-Ro et nous ont explique toute la procedure. Bonne continuation a vous tous dans vos parcours, puisque contrairement a nous, vous etes des voyageurs au long cours.
Nous sommes donc gares sur le parking de Johor Bahru, ville frontiere avec Singapour. ce parking est ideal, merci Anautica, puisque place au terminal des bus pour Singapour, puisqu'il contient une station de lavage des voitures et un petit centre commercial ou l'on trouve tous les types de nourriture et de boissons, une connexion internet et une laverie, tout ce dont les voyageurs peuvent rever en somme. Les employes de la station de lavage qui se specialisent dans les overlanders francais, trouvent notre camion affreusement ridicule compare a celui de nos predecesseurs.
Hier nous avons pris le bus pour Singapour, ce qui est un peu long vu qu'il faut descendre pour les formalites de sortie de Malaisie (rapides) puis redescendre pour les formalites d'entree a Singapour (longues), et meme chose au retour. Nous sommes passes dans les deux agences afin de payer les prestations pour les formalites de douane du Toqcar et le transport maritime.
Nous passons donc ce dernier week-end sur le parking a tout mettre en ordre. En plus des rangements, du tri de ce que nous prenons et laissons dans le ccar, du remplissage des valises, vidage des placards, du nettoyage, le jedi-Gyver a du installer une cloison entre la cabine du Toqcar et l'arriere. En effet nous allons devoir laisser les cles du camion pour que les employes du port et du navire puissent le conduire, et nous ne tenons pas du tout a ce que tous soient libres de visiter nos appartements.
Le frigo est vide, nous n'avions plus de gaz depuis quelques jours de toute maniere (et je vous rappelle que seul le petit congelateur etait frais), nous avons un petit rechaud poru le matin et nous regalons des derniers plats epices des bouibouis des alentours, nous avons mis de cote les quelques vetements et la multitude de livres qu'il nous faut pour les derniers jours, avons deja deux grosses valises archi-pleines, demain nous condamnons la couchette de Gaspard pour y mettre les velos et ranger le coffre. De toute facon depuis quelques temps, pour marquer son opposition a nos projets de retour, il refuse de dormir dans son lit et s'installe souvent sur la banquette puisque nous lui refusons notre lit. Bien sur demain il marquera sans doute son opposition en reclamant son lit... Demain nous faisons laver et lavons le Toqcar a fond, passage au USA oblige... Et puis nous passerons notre derniere nuit dans notre maison sur roues a l'autre bout du monde...
Lundi nous avons rendez-vous sur le pont entre Malaisie et Singapour avec un homme (“vous le reconnaitrez facilement, nous a assure l'agent, il est petit jeune et chinois !” tres original a Singapour...) qui conduira le ccar au port. Puis nous irons nous installer a l'hotel pour 3 nuits. Nous pourrons ainsi visiter Singapour avant de nous envoler le 26 apres midi, 15h pour nous, 9h du matin pour vous.
Nous atterrirons a Paris a 7 heures le 27, et atrainirons le meme jour a 18h30 a Biarritz. A vous de calculer le temps de trajet, chez nous l'ecole est finie youpi youpi.
Selon nos calculs a nous, nous manquerons juste le spectacle de fin d'annee de l'ecole (quel dommage...) mais arriverons a l'heure pour l'ouverture de la buvette, gardez-nous des taloas (dites “nans” pour Gaspard svp).

PS : vous constaterez sur les photos de notre derniere soiree sur la plage que si les cahiers sont partis au feu, la maitresse a ete epargnee. Mais j'ai eu droit a un joli cadeau : un porte-bonheur a accrocher au retroviseur de ma cathomobile et chantant les louanges d'Allah !

mercredi 18 juin 2008

Le Monde selon Gasp


Comme pour illustrer mes derniers propos : ce matin nous avons commence les gros rangements vu que demain nous partons vers Singapour.
Ulysse et Rachel ont donc prepare un petit sac de jouets pour les quelques jours a l'hotel et pour le voyage (nous allons devoir negocier, nous n'avons pas la meme conception du "petit sac"). Ulysse donne son sac a Gaspard (en fait un tres joli sac rose a coeurs herite de sa soeur) et lui dit :"Mets des jouets dans ton sac pour le voyage de retour". "Non, lui a-t-il repondu, je ne fais pas mon sac je ne veux pas."
Tandis que nous buvions notre dernier cafe du matin on the beach, il nous dit :"J'ai bien dormi moi, je dors bien moi dans le camping-car" Nous lui repondons "bien sur tu dors bien mais tu dormiras bien aussi dans ta chambre a Biarritz", "Non je ne veux pas dormir dans ma chambre, moi je dors dans le camping-car" et il ne veut plus non plus que le Toqcar parte sur un bateau.
Un peu apres, nous travaillions avec les grands, il s'exclame :"Aaaaaah on est bien ici !" "Oui on est tres bien" "ici c'est bien !", "Oui mais tu sais ce sera tres bien aussi a Biarritz", "Non".
Quelques minutes plus tard, entre deux chateaux de sable, il revient a la charge :"Et elle est ou Amatxi ?", "Tu sais bien elle est en France a Biarritz, et on va aller la retrouver !" "Non elle est pas a Biarritz, elle est a Cochin Amatxi et je veux la voir a Cochin."

Du coup notre Ulysse ultrasensible est tout emu, et inquiet face a l'inquietude de son frere.
Mais a l'heure ou je vous parle, et depuis bientot 7 ans, Rachel n'a toujours pas montre la moindre once d'inquietude.

mardi 10 juin 2008

Big Toqué is watching you (message à caractère pornographique)



En préliminaire, sachez que le blog relève d'un exhibitionnisme sain, nous avait appris un sage homme de ma famille. Dans ce cas, la lecture silencieuse de nombre d'entre vous relève sans doute d'un voyeurisme sain. Mais sachez que de notre côté nous vous regardons aussi nous regarder. Mon indolent compagnon de voyage, grand geek devant l'éternel, a installé un mouchard sur ce blog.
N'éteignez pas votre ordinateur, je vous explique.
Grâce à cet outil, nous pouvons désormais savoir combien vous êtes à fréquenter ce site, nous pouvons avoir des statistiques par jour, par heure, le nombre de visites par page, nous savons exactement de quel pays et de quelle ville vous vous connectez (on en reparlera mais ce blog est international et puis j'en profite pour remercier tous mes collègues, Anglet bat des records mais la région parisienne n'est pas en reste). On sait combien de nouveaux lecteurs nous avons. On sait même quel est votre provider. Mais le plus intéressant c'est surtout qu'on sait par quel biais vous êtes arrivés sur notre site.
Par exemple, on voit que certains ne savent toujours pas utiliser les favoris et passent tous les jours par google, ou par un autre site pour venir nous lire, mais je ne peux vous jeter la pierre. Mais le plus drôle c'est surtout qu'on sait quels mots vous avez tapés sur votre moteur de recherche pour arriver jusqu'à nous. Certains ne sont pas surprenants, il y a ceux qui nous cherchent directement, ceux qui se renseignent avant de partir dans un des pays que nous avons traversés, les camping-caristes, les futurs voyageurs en famille et en camping-car, mais certains sont franchement hilarants. Certains de nos lecteurs, sans doute un peu déçus par la suite, ont tapé "sea, sex and sun", ou "fesses rouges" ou "grosses vaches" ou encore "escorts boys", sans parler des associations "filles + thailande" j'en passe et des meilleurs pour le respect des moeurs irréprochables de ce site.
Mais il faut en tirer des conclusions.
Je pense notamment à toutes ces familles qui nous contactent pour préparer leur futur voyage, il faut voir dans ce fait, un moyen de gagner de l'argent, via de la publicité sur votre site. Nous savons maintenant comment augmenter facilement le lectorat, jouir d'une bonne réputation sur la toile et donc intéresser les publicistes. C'est pas gay mais c'est la vie mon kiki. Il suffit de surfer sur la vague du sexe.
D'abord il faut un titre aguicheur. Exit "tour du monde en famille" ou "Toto, Titou et Lala découvrent le monde", optez pour "ma vie sexuelle débridée dans les pays chauds" ou "Trois petits cochon au pays du Kamasutra". D'accord il faut tirer un trait sur la subtilité ou l'honnêteté intellectuelle mais il faut savoir ce que vous voulez : l'honneur ou les roupies (poil au zizi). D'ailleurs c'est là mon second point (G), il faut ensuite émailler vos propos de termes pouvant prêter à confusion, du moins chez Google qui comme tout moteur de recherche, s'il est utile, n'est pas très malin et ne fait pas preuve, comme nous autres, d'une grande pénétration de l'esprit. Ensuite nul n'interdit de s'oublier un peu et de se laisser aller à quelques fautes d'orthographes malencontreuses en jouant entre autres sur les homo nymes. N'oubliez pas les langues étrangères et le (fucking) lectorat anglophone. Rien ne vous empêche ensuite (poil au nez) d'user du procédé osé et grossier suivant : émailler discrètement votre (sexe) texte, en caractères minuscules, de termes explicites, sans oublier l'orthographe nouvelle employée généralement par le (Q) lectorat qui nous intéresse.

Je le concède, tout ceci n'est pas très sein, mais mis bout à bout tous ces éléments feront sans aucun doute votre fortune tout en ruinant à (bon) coup sûr votre réputation.

PS pour mes chers élèves et étudiants, rois de Google, qui désormais ont de fortes chances de tomber sur cette page : quand je vous dis qu'il n'y a rien de plus important que le maniement de la langue !
PPS : Nous vous communiquerons les statistiques nouvelles dues à cette page expérimentale et verrons s'il est encore temps pour nous de transformer le Toq'car en Toq'or. Le seul problème c'est qu'on va nous proposer des publicités en rapport avec les termes qui attirent notre lectorat, je ne sais pas s'ils elles seront très orientées voyage...


TT Cherating bitch

lundi 9 juin 2008

Amende honorable (seulement pour moi)


S'ennuyant sur les plages bresiliennes, mon ami Jean m'a appris ce que j'ignorais sur les malais :
Au fait en Malaisie quand on nait Malais d'origine bumiputra (ceux qui ne sont pas chinois ni indiens), par la loi on doit etre musulman. Pas le choix et la police de la morale veille. Boire ou manger pendant le ramadan est passible de 2 ans de prison)...

Donc les malaises ne sont pas libres et doivent, pour certaines, porter le voile.
Pour certaines... c'est terrible et fou non ces lois qui different, ces peuples qui n'ont jamais fusionnes au sein d'un meme pays.
C'est fou ces Etats qui se melent du religieux.
Je suis encore plus heureuse de ma liberte.

Et durant ce voyage nous aurons realise une autre chance pour nous en France : la laicite. J'y etais deja profondement attachee mais je peux vous dire que je sais maintenant vraiment pourquoi.

vendredi 6 juin 2008

Malaise...



Je ne peux plus, ça y est.
Je ne supporte plus de voir toutes ces femmes voilées.
Je ne supporte plus ces femmes qui se ressemblent toutes, toutes la même silhouette, toute la même coiffure, toutes le même âge, toutesle même visage.
Je ne supporte plus ces petites filles, parce que les petites Malaises sont voilées très jeunes, et très voilées, soumises aux hommes avant de savoir parler.
Je ne supporte plus ces hommes qui acceptent que leurs mères, leurs soeurs, leurs amies, leurs épouses, leurs filles soient traitées de la sorte.
J'ai envie de hurler et de vomir.
Certes en Malaisie elles ont des tenues fleuries et des foulards colorés, mais qu'est-ce que ça change ? C'est presque encore plus choquant dans ce pays en plein développement économique, royaume de la consommation, de l'automobile, des téléphones portables de la publicité et de la consommation. Plus choquant quand ce sont des femmes actives qui travaillent, conduisent, font leurs courses chez Carrouf, courent après les enfants et le temps, comme nous quoi. Plus choquant quand l'autre moitié de la population, d'origine chinoise, se promène en mini-short totalement indécent, quand l'autre moitié des petites filles est libre de se vêtir comme bon lui semble. Plus choquant quand ce n'est pas inscrit dans la loi.
Je ne trouve plus d'excuses à l'ignorance, à la tradition, au poids de la religion, plus d'excuse à la bêtise et à la cruauté, plus aucune excuse aux hommes et plus beaucoup aux femmes.

Puisque c'est ça, je renonce à ma pudeur : je passe mes journées en bikini sur la plage de Cherating même si je suis la seule.
De même que Rachel est la seule petite fille en maillot de bain.
Et ma révolte cède la place à un sentiment de bonheur que j'aurai souvent éprouvé (futur antérieur Jean et Cathy !) durant ce voyage, à un soulagement immense, vous savez comme celui qu'on ressent lorsqu'on se réveille d'un affreux cauchemar en pleine nuit : la certitude que notre plus grande chance, surtout à Rachel et moi, réside dans notre nationalité et notre liberté.


Ceci-dit, heureusement qu'on lève les voiles dans quelques semaines et que ma colère ne pourra pas s'accentuer sans quoi j'aurais fini nue et puis je pourrais m'habituer à voler la vedette à Gaspard : bizarrement depuis quelques jours ce n'est plus lui mais moi qu'on photographie en douce...

lundi 2 juin 2008

Affaire de famille



Hier soir nous avons célébré l'amitié franco-allemande et les enfants ont découvert une nouvelle culture, à Kuala Lumpur pourtant. Après 4 mois à voyager ensemble, galérer parfois, beaucoup rire, et refaire le monde en franglallemand, notre ami bien toqué aussi s'envole pour l'Australie. Je suis désolée les copines il n'y aura plus de photos de Marc en maillot de bain sur ce blog. Mais les photos de notre nuit allemande valent leur pesant de choucroute. Et si nous sommes un peu émus de nous séparer et de partir si loin les uns des autres après avoir tant partagé, nous sommes tous heureux des nouvelles aventures qui nous attendent.

Puisqu'on parle d'amitié, d'Allemagne, je vous encourage à aller au cinéma, dès le 4 juin, pour voir le premier long métrage de notre ami Claus Drexel : "Affaire de famille". Je ne l'ai pas vu, mais j'aime beaucoup Claus, j'adore sa femme (ma jumelle Géraldine) et leurs enfants donc je suis certaine que ce film doit être génial. Allez-y mais ne me racontez pas trop !

samedi 2 février 2008

Le Roman de Toq'car

Le Meilleur des Mondes
Depuis 6 mois on attend la journee de pluie, celle qui nous donnera l'occasion de faire toutes sortes de choses que le beau temps nous interdit de mener a bien comme les comptes, souligner en rouge, bleu, vert, les titres dans le torchon – pardon : le cahier – de mon cochon – pardon : de mon fils – de faire un petit carnet avec toutes les regles de grammaire, conjugaison et orthographe que le cochon a apprises (cod place avant le verbe) cette annee, d'ecrire toutes nos cartes postales en souffrance, de sortir nettoyer a fond les panneaux solaires sur le toit du Toqcar, de trouver les accents sur le clavier anglais de mon nouveau jouet de geekette : un eee, mini ordi tout vert que je promene partout dans mon sac mais qui, comme les autres petits trucs un peu moins verts que je promene partout, me resiste encore un peu. Je ne perds espoir ni pour les uns ni pour les autres.
Il pleut ! Il faut dire que nous avons mis toutes les chances de notre cote en venant sur la cote Est de la Malaisie a la fin de la saison des pluies. Nous avons eu peur un instant d'avoir loupe notre coup car hormis quelques averses qui rendent la baignade encore meilleure et ondulent joliment les flots et les pages de nos romans, nous avons passe la journee d'hier au soleil et dans l'eau bouillante de la mer de Chine.
Aujourd'hui il pleut vraiment mais celui qui devait faire les comptes et monter sur le toit lit au lit, ayant decrete qu'il pleuvait trop, les cartes postalese n'ont pas l'air de trop souffrir, le cochon revise ses tables de multiplication, la princesse reve devant son bilan de maths et Gasparov regarde un dessin anime, qu'il commente inlassablement, en chinois, comme toujours.
Alors pour faire plaisir a mon tonton Cristobal, meme sans accents (vous pouvez donner ce texte a un CE2 avec pour consigne de retablir tous les accents et les cedilles), et avant que le soleil ne nous chasse de nouveau vers d'autres aventures, bercee par le bruit de la pluie (qui pourrait bien faire office de karsher sur nos panneaux solaires finalement vu son intensite) je vous raconte un peu notre quotidien. Meme s'il y a les journees ou nous roulons ou nous cherchons ou nous installer, celles ou nous changeons de pays, celles ou nous galerons, et tant d'autres journees extraordinaires, il y a tout meme un quotidien de l'Odyssee.
Il ressemble un peu a un dimanche ordinaire. Et la semaine des 7 dimanches on aime assez...

Tous les matins du Monde
Longtemps nous nous sommes leves de bonne heure mais cette anne nous trainons. Nous pouvons de toute facon compter sur Gaspatate affame pour nous reveiller. En general il grimpe se rendormir entre ses chers parents et de preference sur le dos ou les fesses ou les pieds de sa chere mere qui du coup est bien reveillee mais n'ose plus bouger. Mais si Ulysse est lui aussi reveille et qu'il n'est pas plonge dans un roman, il occupe gentiment et calmement son frere en jouant avec lui a la lutte, au rugby, a la guerre des animaux ou au cricket (assez spectaculaire a voir puisque Gaspard fait la balle et Ulysse la bat, mais au reveil on aime moyen...). Rachel s'etire pendant une heure ou rale parce que ses freres l'ont reveillee. La routine de toute famille un dimanche matin sauf que dans quelques metres carres, on est assez synchrones sur les horaires.
Mais c'est sans compter sur le jour ou on se reveille au milieu du marche aux poissons, d'un chantier, sous la mosquee un jour de fete, devant une ecole, un camp militaire celui ou les villageois viennent frapper a la porte pour dire bonjour ou les marchands ambulants nous appellent pour nous proposer de quoi manger... Nous sommes maintenant habitues a dormir au milieu de tous les bruits : ceux des mariages, des folles villes indiennes, de l'autoroute, des feux d'artifice, des muezzins en voix, des militaires en arme, de la jungle, de la mer, des amimaux en tous genres.
Mais hors de question, lorsqu'on vit dans une vitrine au milieu du monde, de trainer en pyjama. Sauf dans les periodes benies et maritimes generalement ou les enfants peuvent vivre a moitie nus du matin au soir tandis que leur pauvre et sainte mere se baigne toute habillee.
Puis Ulysse, Rachel et moi nous mettons au travail, tandis que Gasp le bienheureux et Xtophe (bienheureux aussi finalement) vont promener, faire des courses, bricoler.

Un An de Vacances
En ce qui concerne l'ecole je pense qu'en moyenne Rachel travaille 1h et Ulysse 1h30 par jour. Je crois que ca se passe bien, je ralentis un peu car nous arrivons a la fin du programme pour tous les deux dans toutes les matieres. Chaque jour j'essaie de leur faire faire au moins un peu de maths et de francais que ce soit dans leurs manuels ou a travers l'ecriture de leur journal. Ils sont tres autonomes, surtout Ulysse. Rachel a essentiellement besoin qu'on la houspille car elle est capable d'etre d'une lenteur horripilante. Ulysse lui, a besoin d'etre freine car il est capable d'etre d'une rapidite baclante. Il y a quand meme des jours ou ils ne travaillent pas, parce qu'on roule, parce qu'on visite, parce que j'ai la flemme. Je dois avouer que si je trouve magique de les voir progresser, je ne prends pas vraiment de plaisir a la partie scolaire de notre aventure, c'est une corvee pour moi beaucoup plus que pour eux. Je dois prendre sur moi pour ne pas hurler face a l'orthographe de mon cochon de ce2, face a ma fille qui s'emmele en comptant sur ses doigts ridicules pour additionner 3 et 4. J'essaie de ne pas etre trop exigente et de me souvenir qu'ils sont petits. En revanche ils lisent beaucoup tous les deux. Et puis quel plaisir lorsque leurs manuels rejoignent notre voyage (comme Ulysse en ce moment en francais dans l'unite 8, les maitresses comprendront), quant a l'anglais, ils commencent a le comprendre tres bien et Ulysse se debrouille pour le parler, avec un accent franco-indo-malais, mais beaucoup de bonne volonte.
Je suis convaincue qu'ils n'auront aucun retard mais j'ai tout de meme un peu peur qu'ils trouvent difficile de revenir au rythme scolaire classique, ces longues journees + les devoirs, surtout pour Rachel qui fera sa vraie rentree au primaire et reste sur des souvenirs de maternelle...
Enfin je dis ca et le plus dur ce sera pour nous. Pour moi je crois car malgre les deceptions et deconvenues, qui sont sans doute le lot de chacun au bout de dix ans de carriere (entrecoupes de trois conges maternite, certes monsieur le proviseur), mais qui m'ont un peu gache certains plaisirs et enleve pas mal d'illusions sur ce metier, je ne pensais pas pouvoir me passer aussi facilement d'un travail que je continue a adorer et a juger de plus en plus essentiel au fur et a mesure que je cotoie le monde...

A la Recherche du Temps perdu
Nous partons ensuite promener. Selon le lieu et la periode il s'agit plutot de randonnees de visites culturelles de ballades de courses. Les enfants marchent tres bien, tres longuement, ont une resistance a toute epreuve et sont surtout toujours avides et curieux de ce que nous allons faire et decouvrir. Ulysse adore les musees, Rachel les randonnees. Chaque matin ils nous demandent les yeux brillants : « alors quel est le programme aujourd'hui ? » et nous suivent aveuglement et gaiment, ne realisant jamais vraiment que nous sommes aussi aveugles qu'eux cette annee.
Ils sont heureux nos grands. Epanouis. Prendre le temps de jouer, de trainer, de rever, de bouquiner, de game boyer, de discuter, de faire du feu, de sculpter du bois, de cuisiner, de partager totalement notre vie, habituellement si compartimentee, les rend heureux. Et puis, ils sont la aussi a toutes les etapes du voyage et se regalent a prendre part a l'organisation de l'odyssee, a nos hesitations et nos plantages, a nos rigolades et nos emerveillements. Ils gagnent en autonomie aussi, parce que finalement en etant tout le temps avec eux, nous leur laisson plus de liberte et de responsabilites, sans etre jamais bien loin...

Le Monde selon Gasp
Gasparov nous suit, faisant son tour du monde en poussette, dans notre dos. Il pourrait marcher lui aussi et le fait souvent sauf qu'il court. Et pas toujours dans la direction que nous souhaitons. Et qu'il passe son temps a aller serrer les mains des autochtones qui en sont fous, et donc a recolter sucreries et cadeaux. Pour lui aussi le retour sera dur...
Il grandit bien, fait l'affreux jojo et est horrible et adorable avec moi, comme peuvent l'etre les garcons de deux ans. Il se revele veritablement adroit et tres physique, drole et tetu comme deux mules. Il n'a pas encore choisi son camp : souvent il est un grand garcon, et veut tout faire comme les autres, mais parfois il decrete qu'il est un bebe, voire une fille ou un petit garcon quand aucune situation ne lui semble confortable.
Il reclame des nans de la noix de coco de la papaye ou de la mangue. Il veut aller se baigner dans la piscine des tours ( de Kuala Lumpur ) cherche les singes et les elephants, est convaincu que l'eau de la mer est toujours a 30 degres, dit « mamie crrr crrrr » quand il parle de sa grand-mere (nous avons compris que c'etait a cause de Skype et du mauvais micro de ma belle-maman quand nous nous parlons par ordinateurs interposes !), a beaucoup de mal a porter ses chaussures et a tendance a se deshabiller quand il a chaud, ou que nous soyions. Son mot prefere est "tortue" qu'il emploie comme exclamation, comme insulte, comme compliment et chante sur tous les tons. Il faut le comprendre : c'est un des rares mots qu'il prononce parfaitement. Il aime nous avoir tous dans son champ de vision et si l'un d'entre nous s'eloigne trop longtemps, il le cherche immediatement « L'est ou papa ? L'est ou Ulysse ? » y compris lorsque l'un d'entre nous est a la salle de bain.
Il veut rentrer a Biarritz parce qu'on lui a dit qu'il a un velo la-bas. Et il veut aller a l'ecole pour jouer au ballon et peindre la maitresse. Ne vous inquietez pas Isabelle, on fait en sorte de retablir le tir d'ici septembre (puisse Dieu et toutes les tortues de la terre nous venir en aide).

La Fete chez Therese
Concernant les repas, la plupart du temps c'est la Toque qui met la main a la pate. Pour plusieurs raisons, economiques mais surtout digestives et sanitaires. Et je deviens la reine de la world food. Forcement je suis influencee par le pays dans lequel on est, par les produits qu'on trouve, les epices, les conditionnements, les prix. C'est quand meme a base de riz, de pates depuis qu'on vit un peu a l'heure chinoise et de fruits et legumes. Les oeufs constituent la plus grande part de nos proteines et les soirees crepes sont tres prisees.
Mais on aime aussi aller au restau, surtout dans les petits restau-cuisines de bord de route, on aime gouter des plats dont on ne sait pas prononcer le nom ou qu'on a designe plus ou moins au hasard, qu'on nous sert dans des recipients etranges et qu'on mange un peu comme on peut en serrant les dents lorsque c'est trop epice. En general vu qu'on (les enfants) plait beaucoup a nos hotes, ils nous gatent et nous font gouter de bonnes choses. Et comme en Malaisie il n'y a pas de pbs sanitaires et que l'eau est generalement potable, on en profite. Surtout la cuisiniere. Parce que ce qui ne surprendra pas mon tonton Cristobal ni les autres parents de famille nombreuse mais que je decouvre, ce sont les quantites que commencent a ingurgiter mes bebes grandissants.

Les Liseurs
Puis vient un des meilleurs moments de la journee : la sieste. Elle est obligatoire pour tous. C'est le moment ou on lit, on ecrit, on dort, on rale, mais en silence.
Avant notre depart nos amis nous ont offert une valise de livres, je n'ai pas eu le temps d'en parler mais sachez qu'elle se vide, se remplit, qu'elle vit et que vos livres voyagent ! La recherche de lecture est d'ailleurs une de nos activites favorite. Nous sautons sur le moindre francais pour lui demander s'il est interesse par un echange de litterature, Nous echangeons nos livres chez les bouquinistes, les restaurateurs francais, nous les vendons dans les librairies, nous marchandons, evaluons : une biographie de Gandhi contre deux polars ordinaires, le messager d'Athenes vaut bien deux clubs des cinq, contre un Harlan Coben d'accord, une vieille bande dessinee abimee pour les enfants, le guide de Turquie un peu annote ne vous interesse pas ? Le Pakistan je vous promets va devenir une destination prisee... On lit des choses imprevues de droles de romans polonais, Tintin en anglais, Ulysse decouvre le livre dont vous etes le heros, Rachel les Picsou Geant. Mois je passe de mauvais polars, d'ailleurs je deviens difficile et supporte de plus en plus mal les ecritures mediocres et les intrigues convenues, a de tres bons romans qui trouvent des resonnances parfois inattendues dans notre voyage. Christophe lit des romans biographies et essais plus en rapport direct avec notre periple et les enfants lisent tout ce qui leur passe par la main. Quant a Gasparov, s'il se decidait a parler un peu correctement francais nous en serions deja tres heureux !

Les Heures
Apres le gouter (je vous le dis : ils ne pensent qu'a manger) si on n'est pas sur la plage ce qui nous oblige a aller nous baigner en regardant le coucher du soleil ou en l'imaginant si on vous tourne le dos, comme en ce moment) on repart promener, visiter, trouver un parc, une aire de jeux, mais plus generalement faire les courses, et trainer. Le club des toques c'est pas le club med malgre les super GO, il y a tout le quotidien a gerer, les fomalites, la mecanique etc, mais toutes ces corvees prennent des allures de fete, ou de cauchemar, puisque nous les faisons, la plupart du temps, tous ensemble. Dans nos grands favoris : la recherche d'eau, la lessive, internet. Le moindre magasin, le moindre supermarche est terra incognita. On acheterait tout, on se rejouit dans les rayons de quincaillerie, on s'extasie face aux bizarrerries, on renifle et on touche a tout au rayon fruits et legumes, on reve au rayon sucreries, on pouffe dans les rayons de vetements, on fait rire les commercants en tentant de repeter le nom des produits et on craque pour des choses dont on ne sait pas trop si on va les manger, les exposer ou, dans le doute, vous les offrir.
On fait en sorte de rentrer tot dans nos penates pour plusieurs raisons : d'abord parce qu'on tache de conserver un rythme regulier et sain pour les enfants. Ensuite parce que, selon les pays et les fuseaux horaires, vers les 18h generalement, c'est le mosquito time. On allume les tourbillons qui nous enfument, on branche les prises anti-moustiques, on verifie nos moustiquaires, on enfile des vetements couvrants et on se parfume au spray (plus ou moins odorant selon les pays). Et on repousse au maximum le moment d'allumer les lumieres, ce qui est egalement necessaire puisque nos reserves en electricite ne sont pas illimitees. Mais nous avons deux atouts formidables contre les moustiques : Gaspard et Rachel qu'ils adorent et sur qui ils jettent en general leur devolu. Poil au nez.

Voyage au bout de la Nuit
L'obscurite nous est tres utile. Nous en avons besoin pour nos livrer a des activites secretes et obscures et parfois honteuses.
Mon tendre epoux, souvenez-vous, des la nuit tombee, parcourt le monde, les villes, les buissons, sa cassette a excrements sous le bras. Nous devons aussi vider nos eaux usees, il suffit pour cela d'ouvrir le reservoir qui est sous le Toqcar, sauf que c'est parfois delicat, selon l'endroit ou nous nous trouvons. J'ai deja couru dehors en pleine nuit, dans la cour d'un hotel, afin de profiter d'une averse torrentielle pour repandre nos eaux sales au milieu de ces eaux providentielles. Et puis nous exloitons tous les points d'eaux que nous trouvons. La nuit venue nous foncons parfois laver un Gaspard sous un robinet miraculeux. A KL, nous etions installes devant chez l'eveque mais aussi devant un appartement temoin d'un builing de luxe qui etait en construction non loin. Le gardien avait propose a Xtophe que nous profitions de la salle de bain rutilante de l'appart en question qd les visites seraient termines, mais on n'a pas ose et les enfants avaient deja profite des douches publiques du KLCC Park. Il faut dire qu'ici les toilettes impeccables munies de douches ou douchettes nous sont tres utiles. De meme que les mosquees devant lesquelles on trouve toujours des robinets pour que les fideles se lavent avant d'aller prier. A Kuala Tahan, lors des prieres dans la mosquee, je suis allee, dans la nuit, y laver le Gasp puis m'y laver les cheveux, en profitant comme toujours pour laver du linge (une douche = une journee de lessive) le tout etant de demeurer digne et souriante lorsque, trempee, le linge degoulinant sous le bras on croise quelques voisins etonnes, de prendre un air naturel de celle qui fait cela tous les jours dans son pays. Il faut dire que nous faisons tout pour deranger le moins possible, et en Malaisie, c'est formidable, personne ne nous a jamais pose de questions, de problemes, il semble que nous puissions nous installer partout et le pays regorge d'endroits de reve pour Toques.

Les Mots
Les enfants se couchent tot. Ouf. Bien joue grands Toques.
Ce que nous preferons bien sur, c'est lorsque nous sommes dans un endroit ou nous pouvons prendre nos aises et nous installer un peu dehors. Si en plus la vue est agreable, comme en ce moment sur notre plage presque deserte, c'est encore mieux. Dans ce cas, bravant les moustiques, le conseil des chefs peut se reunir tranquillement, boire un apero, diner aux chandelles, etudier les cartes, les guides, les agendas, et surtout refaire le monde qu'on decouvre. Parce qu'il y a des choses qu'on ne releve pas devant les enfants, parce qu'il y a la misere dont je vous reparlerai, dont je ne ferai pas un roman parce que c'est difficile de ne pas etre banale ou basique, mais qui nous oblige a revoir pas mal de nos certitudes et a essayer de trouver des solutions mais aussi a mettre en avant les beautes du monde, qui cotoient toujours de si pres les pires horreurs.
C'est aussi le moment ou nous recevons des voisins, d'autres voyageurs, des curieux.Les enfants adorent ca, parce que comme nous ils aiment les rencontres mais aussi parce que parfois, pour gagner de la place et de la tranquillite, nous leur organisons une seance video dans notre lit.
Et il faut avouer que ne plus entendre les enfants, ne plus les voir et pouvoir parler, entre adultes consentants, sans etre interrompus ou sans qu'un quelconque espion en herbe au prenom heroique s'en mele, c'est tres appreciable.
Et puis on pense a vous, chers amis, Penelopes et lecteurs, et meme si je sais que beaucoup d'entre vous n'ont aucune envie de vivre ce genre d'aventure, nous regrettons souvent de ne pouvoir mieux vous faire partager ces journees ordinaires hors du commun, dont l'essentiel est invisible pour les mots.


Les Toqués chez les Orang-Asli



Ulysse en rêvait depuis longtemps. Nous on ne savait pas trop à quoi s'attendre et on redoutait un peu.
Forcément, aller rencontrer un peuple, qui malgré la modernisation effrénée du pays, continue de vivre comme toujours, de vrais indigènes, chasseurs à la sarbacane, vivant de la récolte du miel et de la cueillette, se déplaçant sans cesse dans la jungle, quel garçon de 8 ans n'en rêverait pas ? Mais comme, avec ce même garçon de 8 ans son frère et sa soeur, il est impossible de marcher plusieurs jours dans la jungle en espérant une rencontre fortuite, de celles que nous vivons depuis 6 mois et qui sont les plus belles, il nous fallait nous contenter de la visite touristique classique et c'est là que les réticences des adultes se réveillent.
Mais nos craintes étaient totalement injustifiées.
C'est incroyable.
Le village où nous nous sommes rendus, composé de 8 familles, d'une cinquantaine de personnes en tout (c'est le chiffre qu'on nous a donné mais je me demande s'ils n'oublient pas quelques enfants en route, dans leur comptage) est sédentaire depuis deux ans. Mais ils peuvent partir du jour au lendemain nous a expliqué notre guide. D'ailleurs heureusement qu'il était là ce guide, on nous avait prévenus, les Orang-Asli (hommes naturels) sont très timides et très silencieux. Bien sûr nous avons eu la démonstration de l'allumage de feu, de la confection des sarbacanes et des flèches empoisonnées, mais ce qui nous a frappés, nous, c'est leur totale indifférence à l'égard du monde qu'ils côtoient pourtant. Ils ne nous ont rien demandé, on sait que le guide leur fait des cadeaux lorsqu'il emmène des touristes, mais hormis quelques sacs de riz, traces d'emballages de produits industriels (et quels ravages nous faisons : forcément, ils les laissent traîner partout) et quelques vêtement, les femmes continuent à partir à la cueillette dans la jungle avec les enfants, pour rechercher le frais et le repas du soir, les hommes continuent à fumer toute la journée, et les enfants aussi, pour brouiller toute trace de leur odeur lorsqu'ils vont chasser, à la nuit tombée, dans la jungle, armés de leur sarbacane. Et dans la journée, bein on va un peu pêcher à la rivière, on dort, on fume, on dort, on joue. L'école ? Il y a dix ans, l'état a décidé d'intégrer les Orang-Asli (pour des raisons notamment politiques car quelle meilleure cachette pour des opposants politiques, que cette immense jungle, et quel meilleur soutien que ceux qui y vivent depuis toujours, c'est ce qu'ont compris à une époque les communistes malaisiens), d'ailleurs ceux des Cameron Highlands sont presque totalement assimilés aujourd'hui. A ce moment-là, les petits Orang-Asli du Taman Negara ont enfilé leur joli uniforme et sont partis remplir les bancs de l'école, comme les autres malaisiens. Et puis... et puis ils ont arrêté. D'abord ce sont des peuples nomades, qui peuvent vivre très loin des villages. Ensuite ils ont leur propre langue. Et surtout, ils n'ont plus envie d'y aller et ils se fichent de l'état comme de notre première chemise.
Ulysse qui aurait bien voulu acheter une sarbacane ou un souvenir, a été déçu : les Orang-Asli ne font pas de commerce, ne veulent pas de notre argent, ne profitent pas de la curiosité qu'ils suscitent chez nous, hommes compliqués. Recevoir des touristes leur permet simplement un petit confort supplémentaire (et quelques cigarettes américaines), une petite distraction aussi, mais ils ne veulent rien de plus, et s'ils en ont marre, ils partiront plus loin dans la jungle. Les hommes naturels ont tout de même offert deux flèches (pas empoisonnées maman, t'inquiète pas) à notre fils surnaturel (et parfois empoisonnant), fou de joie de cette expérience.
Et nous sommes nous aussi repartis, sur la pointe des pieds, encore plus heureux de savoir que de tels hommes existent.

mardi 29 janvier 2008

Malaisie ou la belle vie



Elle est toujours belle la vie au pays des Toqués, mais après l'Inde, la Malaisie est la destination qu'il nous fallait. D'abord les malaisiens ont la bonne idée de n'être que 6 millions (un village en Inde) dont un tiers quasiment vit à Kuala Lumpur. Ensuite le pays est plutôt petit et vu la qualité excellente des routes et le peu de circulation, on le traverse à toute vitesse. Le roi a un nom genial :
Sa Majesté Al-Wathiqu Billah Tuanku Mizan Zainal Abidin Ibni Al-Marhum Sultan Mahmud Al-Muktafi Billah Shah, le Yang di-Pertuan Agong XIII. On espere que sa femme l'appelle Ali. Enfin c'est un pays passionnant qui cumule une modernité parfois effrayante de propreté, de règles, d'hygiénisation à outrance, qui nous donne une impression de parc d'attraction à l'américaine in vivo, un pays à la limite de l'Equateur donc à la végétation folle, et un pays dans lequel vivent côte à côte chinois, malais et quelques orang-asli, indiens de la jungle. Musulmans, hindous, bouddhistes, une poignée de chrétiens profitent tous des fêtes religieuses les uns des autres. (D'ailleurs il y a deux jours à KL nous campions devant chez l'évêque, là nous sommes sous la mosquée) Tandis que les malaises sont voilées et vêtues de tenues fleuris et colorés mais très pudiques, les chinoises sont à la pointe de la mode (les filles je vous dis pas les boutiques !!!), En revanche, drôle de voir que les chinois, depuis des siècles, sont restés très chinois, que ces différentes civilisations vivent ensemble mais sans se mélanger, ni se métisser, ni toujours s'aimer d'ailleurs, et ça c'est moins drôle.

En Malaisie on peut manger dans toutes les chaînes de Fast-food du monde, mais on peut aussi s'arrêter en bord de route, dans ces restaus installés dans la cuisine des familles, ouvertes, où on peut se régaler de ce qu'a préparé la maîtresse de maison tout en regardant la télé avec les enfants et les voisins, en lisant le journal ou en bavardant avec le chef de famille. Un peu chez Mémé en plus épicé en somme.

Après la ville-gratte-ciel de KL, les montagnes fraîches et les plantations de thé, nous voici dans le parc naturel du Taman Negara, la jungle la vraie, totalement préservée, une forêt de 130 millions d'années (ça donne le vertige), plus vieille encore que les forêts d'Amazonie. Le régal. Température autour de 33 D°, humidité à 90%, sangsues, fourmis géantes, rapides, déplacements en pirogue, arbres infinis, floating-restaurants (ça nous changera du roaling-restaurant) indiens, ponts suspendus, papillons, animaux, tout pour plaire aux toqués de tous âges.

Mais le mieux ici, ce qu'aucune photo ne pourra vous faire partager, c'est le bruit. La cacophonie même des oiseaux, singes et insectes. Un bruit qui nous réveille la nuit et qui fait que parfois on doit crier dans la jungle pour s'entendre (remarquez, nous on y parvient assez facilement), un bruit qui couvrirait presque les appels à la prière de la mosquée voisine, repris systématiquement par Gasp le Muezzin.

dimanche 20 janvier 2008

Les ailes des Toqués


Nous qui aimons les surprises, en ce moment nous sommes servis.
Il y a les prévisions, et puis la réalité, et entre les deux, en général quelques océans.

D'abord l'aéroport de Chennai est beaucoup plus petit que nous l'imaginions. Du coup nous y avons passé, le 17 janvier, des heures plutôt tranquilles, de longues heures puisque nous sommes arrivés très tôt le matin.
Ensuite les enfants étaient plus qu'heureux de cette nouvelle expérience, parce que nos pauvres petits Toqués n'avaient quasiment jamais pris d'avion ou du moins n'en gardaient aucun souvenir. Et puis nous avons oublié qu'ils ont l'habitude des longs trajets. Je redoute un peu qu'ensuite, dans le Toqcar, ils me demandent de servir des rafraîchissements sitôt le décollage effectué, qu'ils attendent leur plateau-repas, chaud et exotique, leur couverture, les écouteurs pour la vidéo, la musique au choix. Le trajet a été tellement rapide, que nous avons dû réveiller Rachel à l'aterrissage : dans nos embrouillaminis spatio-temporels nous avions oublié que l'horaire d'arrivée prenait en compte le décalage horaire, et que donc notre vol durait 2h30 de moins que prévu (les maths deviennent vraiment trop compliqués pour moi).
Notre Gaspatate a été parfait. Il a dormi lui aussi quoi.
Nous avions bien prévu d'être un peu dépaysés, mais l'arrivée à l'aéroport de Kuala Lumpur a été un vrai choc. Un aéroport de science-fiction, d'une propreté effrayante, d'un confort parfaitement étudié. Plus d'indiens, de femmes en sari, mais des chinois, des malaisiennes habillées à l'asiatique mais avec un voile, plus de saris mais des tissus fleuris, les batiks. Impossible de se perdre puisque tout est indiqué, même pas drôle !
Heureusement nous avons mis un peu d'animation dans les rangées bien policées de la douane. Au moment où nous nous apprêtions à demander nos visas pour la Malaisie et à convaincre les agents que nous étions des gens respectables, juste au moment où nous nous installions devant le douanier, Gaspatate a décidé de faire caca dans son pantalon. Et comme il ne porte pas de caleçon, pour plus de rapidité, et que la nourriture indienne aide au transit, la matière fécale, en grande quantité, a glissé le long de ses jambes dodues et est venue s'étaler généreusement sur le sol impeccable, et ses chaussures et les miennes quand j'ai foncé pour tenter de limiter les dégâts. Son, odeur et plaisir des yeux, rien ne manquait. Comme les malaisiens sont des gens sympas, une fois tout le monde passé au jet, ils nous ont tout de même acceptés dans leur pays.
Dans le taxi qui nous menait à l'hôtel stupéfaction : nous roulions sur des autoroutes immenses, plus grandes qu'en France, mais vides. Quant à l'arrivée à KL, pour nous habitants de la vieille Europe, le choc : des buildings éclairés, des ponts suspendus brillants dans la nuit. Notre hôtel est au milieu de Chinatown, le régal, surtout en ce moment, parce que les fêtards que nous sommes sont servis pendant cette odyssée : après la fête du sucre, Diwali, Pongal, nous fêterons dans quelques semaines le nouvel an chinois !
Le soir, pour que nous ne nous endormions pas sur nos lotus, Ulysse a décidé de faire une méga allergie, avec asthme, crise d'urticaire gigantissime et tout comme il faut. Grâce à la permanence téléphonique internationale du pédiatre des stars, et à une longue habitude des allergies impressionnantes, nous avons pu nous en tirer fièrement, mais nous nous en serions passés. Sans doute a-t-elle été provoquée par les remous de vapeurs de cacahuètes dus à l'AC dans l'avion.
Et puis au moment de consulter nos emails, nous avons tristement constaté que mon ordinateur n'avait pas survécu au voyage et comme il en était déjà à plusieurs resurrection ou réincarnations, nous pensons qu'il a atteint le stade final de son évolution.

Donc au final des bonnes et des mauvaises surprises. Le compte est bon, la balance à zéro, ouf.

Entre deux formalités pour le Toqcar que nous aurons lundi (nous vous passons le récit des détails administratifs, mais sur ce plan-là aussi on a eu de bonnes et mauvaises surprises), nous arpentons donc les rues chinoises et leurs centaines de stands de vidéo, électroniques, gadgets, bijoux, contrefaçons, nous mangeons chinois du matin au soir, nous découvrons des malls pharaoniques, certains contenant des parcs d'attraction ahurissants, nous vogons entre les buildings et la végétation équatoriale, découvrons des aires de jeux et des parcs de rêve, nous faisons nos premiers pas dans ce pays nouveau et prenons nos repères. Le plus étonnant et le plus agréable étant de se réhabituer à vivre au milieu d'une densité de population très raisonnable. Circuler dans des rues parfois vides, réaliser que les endroits les plus fréquentés de Kuala Lumpur ressemblent à l'avenue de la Reine Victoria un dimanche d'hiver, comparé à l'Inde, nous donne l'impression de mieux respirer, même si ici la chaleur est très très moite et la pluie fréquente.
Ulysse nous fait rire, il est totalement fou du physique asiatique, il adore les yeux bridés, les petits nez et ne cesse de s'extasier face à la beauté des malaisiens. Nous sommes heureux pour lui, il va être servi dans les mois qui viennent. Rachel qui avait adopté les bintis, les chaînes aux chevilles et les bracelets, risque ajouter quelques accessoires asiatiques à son style, on ne peut plus rien vous garantir pour le retour. Une constante toutefois dans ce changement radical : le personnel de l'hôtel et quelques commerçants de la rue nous saluent déjà d'un "Hello Babar !" à chacun de nos passages, et notre roi du monde continue de recevoir cadeaux et friandises. On essaie tout de même de lui faire comprendre, mais c'est pas gagné, qu'ici il doit porter des chaussures et pour la peine on lui en a même offert de nouvelles très belles de la couleur qu'il voulait : vertes (cf photo).

Si la Malaisie nous surprend déjà, nous attendons toutefois tous avec impatience de retrouver notre maison à roulettes. L'hôtel ce n'est vraiment pas pour nous (sauf le buffet du petit déjeuner). Ulysse nous racontait, il y a deux jours, un de ses rêves qu'il n'arrivait pas à expliquer : (je vous en livre la version courte, j'aurais dû aborder avec lui le résumé avant les adjectifs, les coordonnées, les juxtapositions et surtout ne pas lui transmettre ma tendance à la longueur et à la parenthèse ) Nous arrivions tous en prison. Nous visitions une très belle prison, avec de belles chambres, une salle à manger, une salle de jeux, mais heureusement il avait trouvé une solution pour pouvoir s'échapper entre les barbelés...
Il est vrai qu'on fatigue un peu de la prison dorée, on ressent tous cette impression d'être parqués dans une boîte, comme en dehors de la vie (surtout ici dans une chambre sans fenêtre...)
On veut retrouver notre Toqcar, nos fenêtres sur le monde, notre liberté et les routes de l'Odyssée.