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mardi 18 mars 2008

Toqués complexés et décomplexifiés


Dans notre vieille Europe, tout semble compliqué. Emmener les enfants à l'école, s'occuper de tous les trajets footdansemusiquescoutsdessinanglaisthéâtrepelotejudo est un vrai casse-tête pour le parent français moyen alors qu'au Cambodge, c'est simple : les écoliers parcourent des kilomètres le plus souvent à deux par vélo. Mais je vous rassure, ils vont plus vite au retour qu'à l'aller, c'est international bizarrement.
Chez nous l'arrivée du troisième enfant, voire du 4ème ou plus (je dois penser à toutes les catégories de mon lectorat) donne lieu à de longues réflexions sur le véhicule nécessaire (pour pouvoir ensuite faire tous ces passionnants trajets dont je vous parlais). Que de complications. Une bonne petite moto ou un scooter suffisent puisqu'on y entre facilement à 5, et plus s'il n'y a qu'un seul adulte.
Cosi, maxi-cosi, nacelle, étude des crash test, de la poussette, les nouveaux-parents connaissent la chanson, mais pourquoi ? Un panier de vélo ou de moto un peu rembourré fait parfaitement l'affaire s'il n'y a pas de passager pour le porter dans les bras.
On s'arrache aussi les cheveux, dans nos contrées, pour savoir qui va s'occuper de nos chères têtes blondes, on jongle entre nounous baby-sitters amies et grands-parents. Au Cambodge, tout enfant de plus de 1m (difficile de juger de l'âge), porte systématiquement un bébé ou un plus petit dans les bras et il s'en occupe comme un chef.
Autre tradition bien de chez nous : la virée chez Ikéa, source de joie mêlée d'angoisse. Comment allons-nous transporter l'armoire Kasprung ref.43T678 en bleu océan d'automne et les 6 verres Sprüngli incassables (pour compléter le service puisqu'on a cassé tous les précédents) ains que la housse de couette "Nounours en folie vert anis" (qui n'est même pas à la bonne taille mais tant pis elle est si jolie) pour compléter la déco de la chambre du petit dernier plus le milliard de petites choses indisnutiles qu'on y trouve toujours ? On appelle Kiloutou et on loue un Van ? Ou peut-être que si on emprunte le monospace de Marie-Machine qui a 5 enfants, en enlevant les maxi-cosi et sièges-auto (et les miettes de BN), ça rentrera vraiment ? Mais je me demande si justement dimanche ce n'est pas la compétition de judo-danse d'Hortense, ils risquent avoir besoin de leur cathomobile, ils y vont toujours en famille... Là encore, au Cambodge, une motobylette et le tour est joué (cf photos).
Transporter des armoires, un cochon vivant (ou mort), quelques poules, des paniers, des bidons, des bouteilles, des poubelles, un restaurant, une buvette ? Une moto, un vélo et le tour est joué. Ouvrir une laverie, un salon de coiffure, une boulangerie, une librairie ? Une moto, un vélo, et le tour est joué.

Les cambodgiens, comme beaucoup de leurs voisins, n'ont peur de rien, ils sont courageux, débrouillards et gardent toujours le sourire. Et pourtant leur histoire et leurs histoires sont édifiantes. Et si le pays est sorti de la guerre, il est loin d'être tiré d'affaire.
A chacun de nos bivouacs, nous repérons les enfants à qui nous allons confier nos ordures (et quelques victuailles tant qu'à faire). Ils passent matin et soir, sur des vélos mille fois trop grands et trop lourds pour eux, équipés de grands sacs et récoltent bouteilles, plastiques, cannettes et autres. A Siem Reap mon chouchou avait 12 ans. Crasseux à souhait, il en paraissait 5 et n'arrivait même pas à esquisser un sourire... Le dernier jour nous avions fait un grand ménage et avons pu lui donner des tonnes de choses et des biscuits. Ce jour-là, et pourtant on a dû l'aider à relever son vélo devenu trop lourd, il a souri. Et moi j'ai sangloté comme une grosse madeleine nantie en regardant mes enfants insouciants, trop nourris et propres (pas trop), râlant (trop) devant leurs devoirs parce qu'ils voulaient aller visiter les temples ou se baigner dans la piscine.
Ici à Phnom Pehn (où nous logeons dans la rue devant l'ambassade britannique messieurs-dames) notre chauffeur de Tuk-tuk est militaire en réalité. Son salaire est de 25 US dollars par mois (16 euros). Comme ça suffit juste pour acheter le riz, après le boulot il est chauffeur de Tuk tuk. Et puis s'il a une grosse course (pour la journée, nous le payons 15 dollars), ce n'est pas compliqué, il appelle son chef, il lui suffira de lui reverser une partie de cette somme et il a le droit de sécher le travail... ils sont conciliants et gentils dans l'armée cambodgienne n'est-ce pas ?
Nous rencontrons aussi de nombreux francophones, parlant un excellent français, et pourtant pour les plus vieux d'entre eux, ils ont dû, pendant la période des kmehrs rouges, oublier le français et toutes leurs connaissances, "oublier tout mon savoir, pour garder la vie" nous a confié un homme rencontré à Chlong dans le Temple où nous dormions.

Heureusement qu'ils sont débrouillards et souriants ces cambodgiens et que finalement quand on a rien, rien ne semble compliqué...

jeudi 13 mars 2008

Angkor des Toqués


Comme pas mal d'entre vous connaissent, que les autres en ont entendu parler ou connaîtront un jour, je le leur souhaite, je ne vais pas vous parler de la beauté d'Angkor, de ces temples bizarroides épousés par des arbres splendides ni de certains émerveillements au détour d'un chemin ou en haut d'un escalier abrupte. Sachez juste qu'Ulysse est en train de revoir la hiérarchie de ses sites favoris.
Je vais plutôt vous raconter ce qui nous a étonnés. Angkor ce sont quasiment 300 monuments mis à jour, sur 400km2. Mais nous on imaginait que le site principal était fermé, et accessible seulement à certains véhicules. Que nenni. Le bon côté des choses, c'est que les sites sont habités, cet espace n'est pas mis sous cloche. Le mauvais, c'est qu'il faut imaginer des bus et des bus et des bus allant d'un temple à l'autre. Il faut imaginer des groupes immenses, asiatiques pour beaucoup en descendant, souvent très jolis avec le même tee-shirt à fleurs, la même casquette rose fluo, et parfois même accompagnés de leur guide et son micro. Nous savions que le site était archi fréquenté, et c'est légitime, mais il va certainement falloir que l'état revoit un peu l'organisation et la préservation de ces merveilles. Et pour qui nous n'avions pas encore vécu le tourisme à l'asiatique, c'est un peu un choc.
Il en faut plus pour nous décourager, nous avons rusé, sommes partis un matin à 5h, pour la plus grande joie de tous, sommes arrivés les premiers, dans la nuit noire (après avoir déplacé la barrière de la police qui nous gênait sur la route), dans ce temple merveilleux envahi d'arbres, quelle impression extraordinaire quand on se retrouve, lampe à la main, arrivant dans ce lieu féérique au milieu des bruits des animaux. Et quelle lumière le matin... Et puis les autres jours on doit dire qu'on a plutôt eu de la chance, parce qu'il suffit de tomber entre deux groupes sur un site pour y être seuls. Et surtout, je n'ose vous le dire, mais on a une semaine ici nous, alors on prend notre temps et quand on sature, on rentre dans notre campement de luxe.
Je ne peux pas vraiment vous parler du Cambodge, Siem Reap n'est pas le Cambodge c'est sûr. Mais les cambodgiens n'ont rien à envier aux Thai point de vue sourire et beauté des femmes et des enfants. En revanche, il est évident qu'on en revient à une grande pauvreté et à ce sujet, la frontière Thailande/Cambodge est très éloquente, sans parler de la route qui s'ensuit, volontairement entretenue dans un état pourri par les autorités, afin de faire fonctionner l'aéroport de Siem Reap. Les enfants sont partout ici (presque aussi nombreux que les hamacs) et sont irrésistibles, nous avons déjà nos petits habitués pour qui nous réservons nos déchets recyclables et à qui nous offrons petit déj ou goûter. Gaspard est très doué et les aide (à fouiller les poubelles et à manger.
On est bien au Cambodge, on y reste encore une semaine mais on doit dire qu'on a déjà les yeux bien tournés vers le Vietnam et les retrouvailles familiales qui approchent à grands pas...

edit : merci Jean-François de m'avoir aidée à rendre cette photo si belle, à moi l'écriture, à toi la photo...