
Comme de toute manière nous sommes totalement décalés, nous avons décrété à l'unanimité que les festivités en mon honneur débuteraient dès hier soir. Nous sommes donc allés nous taper la cloche dans un restau qui en plus de bonne bouffe a l'avantage de nous offrir un wifi, des puissance-4, des magazines et des serveurs fous de Gaspard qui viennent s'en occuper même lorsqu'ils ne sont pas de service (mais ça, c'est partout en Thailande), le tout dans un cadre charmant.
Au retour la folle soirée a continué. Alors que nous venions de rentrer, les lumières du chantier voisin se sont mises à crépiter, se sont éteintes et un beau feu s'est allumé. J'ai couru chercher un serveur du restau ultra-chic-ridicule voisin qui a appelé le propriétaire. Heureusement entre temps, les flammes s'étaient presque éteintes. Heureusement ou malheureusement parce que ce sera la seule construction en bord de cette plage jusque-là préservée, et ce coin de paradis va s'en trouver défiguré comme tant d'autres. Le propriétaire, un riche americain (de Hollywood nous disent les autochtones, bon, ça fait pas de mal de le croire, je peux juste vous dire que ce n'est ni Georges ni Harrison), est arrivé très rapidement. Le Jedi armé de sa lampe de poche, l'a entraîné voir ce qui s'était passé, et surtout lui a dit qu'ils devaient vérifier si le gardien qui dort là toutes les nuits n'était pas blessé. Ouf, ils ne l'ont pas trouvé, il n'était pas là. Enfin ouf selon nous parce que l'amerlhollywoodien était fou de rage et a rameuté son "staff" dans les dix minutes. On a pu aller se coucher rassurés.
Mais la fête ne faisait que commencer...
Au milieu de la nuit, nous nous sommes levés pour fermer quelques fenêtres puisque la pluie était de retour, mais ça encore, c'est habituel, il pleut toutes les nuits, et depuis trois jours, ce n'est que la nuit. Sauf que du coup nous avions un peu oublié les éléments de base du campement en bord de mer et en saison des pluies. Le Jedi avait bien amarré notre store qui nous protège à la fois du soleil et de la pluie mais nous ne prenions plus la peine de le replier tous les soirs. Donc un peu plus tard au milieu de la nuit, nous avons été réveillés par un bruit énorme, impossible de fermer ou d'ouvrir certaines fenêtres, impossible de voir à l'extérieur, impression très étrange la nuit : dans une bourrasque notre store avait été totalement arraché et obstruait tout le Toqcar. Vu la tempête extérieure, il n'y avait rien à faire à part attendre, et essayer de se rendormir, en rassurant les enfants (enfin les garçons parce que notre fille comme d'hab ronflait et ne se souciait de rien), en guettant les coups de vent, en guettant la mer, parce que les tempêtes en bord de mer c'est toujours inquiétant, et bêtement à Phuket, en période agitée pour l'Asie, et en pleine nuit, c'est carrément effrayant.
Après la pluie vient le beau temps, et ce matin, mon courageux mari est sorti par les portières-avant pour aller réparer comme il l'a pu notre store qui ne survivra pas au voyage mais pourra, grâce à son talent, terminer le mois (petit hommage à mon MacGyver personnel qui nous aura sauvé la mise plus d'une fois durant l'odyssée en plus de m'avoir offert trois enfants très créatifs). J'ai réussi à faire patienter les fruits de mes entrailles qui voulaient me faire des tartines dès 6h30 (j'avais négocié pour qu'ils ne me portent pas le petit déjeuner dans la capucine...), et quand je me suis levée, le vent ne s'était pas couché, mais en plus de délicieuses tartines (noires), m'attendait une ribambelle de cadeaux.
L'année n'est pas aux colliers de nouilles pour moi mais aux colliers de coquillages.
Rachel m'a écrit un message dans une coque, et elle m'a construit toute seule un collier, fait de ficelles ramassées sur la plage et d'un agglomérat de coquillages, le tout attaché par un chouchou rose-fluo, dont mon cher époux a décrété qu'il serait peut-être aussi très joli suspendu à mon rétroviseur (merci chéri). Elle m'a aussi offert un de ses colliers, qui en réalité est à Gaspard, et qu'il a cassé dans la minute. Et Ulysse m'a offert un collier pendentif fait avec une nacre qu'il a ramassée sur la plage, la plus grande du monde je crois, donc le plus gros pendentif du monde aussi, à la hauteur de son amour je pense.
Et hier Rachel avait choisi toute seule, dans leur recueil, un poème que pour l'occasion elle avait recopié dans son cahier et qu'elle m'a lu car elle a oublié de l'apprendre :
L'AdieuJ'ai cueilli ce brin de bruyèreL'automne est mort souviens-t'enNous ne nous verrons plus sur terreOdeur du temps brin de bruyèreEt souviens-toi que je t'attends.Guillaume Appolinaire ...
J'en fais aujourd'hui et devant vous le serment solennel : je ne dirais plus rien jamais rien sur les poèmes cucul la praloche, je ne rirai plus des fleurs des petits oiseaux des coeurs et des "maman chérie". Chers instituteurs des enfants, vous m'avez beaucoup manqué ce matin...
Beaucoup de psys se sont penchés sur la question, et j'ajoute mes coquillages à leur édifice : être maman et maîtresse, c'est vraiment pas facile. Comment ça je suis hors sujet ? Laissez-moi parler c'est ma fête.
J'ai quand même eu le droit de choisir ma musique ce matin pour l'occasion et je leur inflige l'intégrale de Cabrel. Voilà. Comme c'est jour de fête il n'y a pas d'école et en plus d'un bon repas au restau (où je vais devoir porter mes deux colliers, ouf que le troisième est cassé), on m'a annoncé un massage sur la plage (faut tout de même que je vérifie que les masseurs ne s'appellent pas Ulysse Rachel et Gaspard).
C'est en tout cas une fête des mères inoubliable et toquée comme je les aime.
Bonne fête à nos mamans et à toutes les autres !