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samedi 29 décembre 2007

Pour qui sonne le glas ?


Le pire est arrivé.

Et quelle est la pire avarie qui puisse arriver en Inde ?
La solitude ? Laissez nous rêver.
La grisaille ? Vague et lointain souvenir.
La turista ? Bizarrement nous y avons échappé mais nous ne perdons pas espoir.
Le coup de soleil ? Déjà vécu et survécu.
La perte du sens de l'humour pourrait être fatale, mais à nous 5 nous en trouvons toujours au moins 3 chez qui il semble sans fin.
La pénurie de nans pourrait être dramatique pour Gaspard, celle de "special tea" pour nous (l'alcool est interdit à la vente hors des alcools-shops dans beaucoup d'endroits en Inde, et dans le Kérala en particulier. Mais il y a des cafés, dans lequel vous trouverez des tables d'européens buvant des meugs de thé, qu'on leur sert dans de jolies théières de grands-mères, en porcelaine et à fleurs et tout, et qui en réalité, cachent de la bière. Les enfants ont bien ri et nous aussi la première fois.) mais ce n'est rien en comparaison de ce qui nous arrive.
La pire panne mécanique qu'on puisse imaginer...

... notre klaxon est mort !
Il montrait quelques signes de faiblesse, semblait bien enroué, il faut dire qu'aucun klaxon européen ne fonctionne autant en une vie qu'un klaxon indien en une semaine.

Le Jedi se bat pour essayer d'en tirer au moins un filet de voix avant que nous puissions nous en procurer un nouveau. D'ici là, je risque me retrouver avec la lourde tâche, en plus de servir de rétroviseur très affûté (remember en Inde on conduit à gauche, je suis indispensable pour les dépassemenents de rickshaws d'éléphants de camions de charrettes de chameaux de bus), d'avoir à jouer du klaxon manuel, un peu comme les supporters de foot, puisque les indiens ignorent l'existence des rétroviseurs (parfois les camions ont bricolé un petit miroir de salle-de-bain, toujours très joliment décoré) et qu'il n'y a que leurs guirlandes de Noël qui clignotent.

On n'envisage pas encore le rapatriement sanitaire mais, au vu du motif, on pourrait presque. Sauf qu'on n'a encore aucune envie de rentrer.
Alors pour 2008, la fin de l'Inde et l'Asie du Sud-Est, souhaitez-nous surtout un nouveau klaxon. Qui eût cru qu'un jour notre famille en manquerait... Mais on n'a vraiment besoin de rien d'autre, sauf de tous vous retrouver cet été pour terminer avec vous en beauté cette année qui s'annonce.

Nous profitons de cette revue mécanique et sylvestro-accoustique pour vous souhaiter à tous, sans klaxon ni tambour, mais avec tout notre enthousiasme toqué, une très bonne année 2008. Nous y serons un peu avant vous et tâchons de vous la préparer du mieux possible. Et puisqu'on parle de bruit, tâchez de rappeler à vos sms qu'à minuit en France, il est 4h30 chez nous, et que même si les coqs se mettent à chanter sur nos fenêtres à cette heure-là, et que les réseaux téléphoniques risquent être saturés, on pourrait bien vous répondre, en fanfare, juste par amitié, lorsqu'il sera 10 ou 11h en Inde...

jeudi 27 décembre 2007

Minuit chretien


Etrangement, même si c'est la vie de Krishna en dessin animé que les enfants regardaient le 24 après-midi, malgré la chaleur, malgré nos vêtements légers, malgré ce dîner de réveillon en bord d'océan, les adaptations indiennes de tubes ancestraux sur lesquels nous avons dansé, les moustiques envahissants, le buffet un chouilla un peu trop épicé et l'absence de champagne, lorsqu'on fête Noël sans tout notre tralala habituel, on se souvient un peu mieux de ce que l'on fête. Même si dans le tralala, il nous manquait quand même la famille.
Mais nous avions celle que nous nous sommes construite pour la circonstance et qui est loin d'être triste. Nos amis anglais, Penny et Brian, rencontrés en Iran et avec qui nous avons vécu l'épopée pakistanaise, nous ont reçu dans leur grande maison de Cochin où ils venaient de poser leur 4x4 depuis quelques jours, encore quasiment vide et au milieu des peintres, mais nous avons apprécié de nous installer dans une maison pour un moment et surtout en si bonne compagnie.
La présence de trois dalmatiens et d'un chaton ont en plus ravi les enfants, pas toujours les parents ou les maîtres...
Pour en revenir à ce Noël hors du commun, le moment que nous attendions avec impatience était la messe de minuit dans la basilique (déformation odyssesque, Ulysse parle désormais de "temples chrétiens" pour les églises...). Il faut dire que contrairement à ce que l'on peut imaginer, du moins ici, à Cochin, Noël est vraiment célébrée. Les rues sont décorées, les maisons aussi, mais pas comme chez nous : le tout est en papier, fait d'étoiles colorées immenses et de petites guirlandes toutes simples. ( D'ailleurs, nos villes feraient bien d'adopter ce genre de décoration ) Les maisons résonnent de chants de Noël, quelques pauvres Pères-Noël transpirants parcourent les rues, mais surtout les crêches et nativités sont fleuries et innombrables.
La basilique était pleine. Mais en fait ici ce n'est pas exceptionnel.
Décorée à l'indienne en revanche, c'est quand même beaucoup plus gai que chez nous, des guirlandes clignotent, à l'intérieur et l'extérieur de l'église, et même l'évêque et les prêtres ont des aubes brillantes et dorées. Nous nous sommes retrouvés assis devant l'autel, sur le sol, pieds-nus, au milieu des femmes. Pour l'occasion elles avaient toutes leur plus beau sari et étaient magnifiques.
Et pourtant, de mémoire de Toqué, jamais on n'a vu messe plus ennuyeuse, plus triste, plus terne. Une horreur. Seule la chorale chante, en anglais ou latin. La messe est dite en anglais et latin. Cherchez l'erreur quand on sait que la majorité de l'assemblée ne parle ni l'une ni bien sûr l'autre langue. Le sermon était en dessous du raz des pâquerettes et plutôt cucul-hors sujet et interminable.
Mais pourtant j'ai été subjuguée par la ferveur de l'assistance. On sentait un recueillement, une foi sincère et profonde bien que très simple. Et c'est ce qui est merveilleux en Inde la ferveur religieuse, et le mélange des religions. Je crois que c'est surtout une des caractéristiques du Kérala. Toute la journée ce sont des chants des processions, des prières de toutes les communautés. A l'heure où je vous parle, on entend la messe diffusée par les hauts-parleurs de la basilique, comme chaque soir. Le matin ce sont les muezzins puis certains temples qui nous réveillent. Dans chaque maison on trouve un autel, une pièce de prière.
Il n'a pas été facile pour nous de rester éveillés durant les deux heures qu'a duré la messe, d'ailleurs vous constaterez sur les photos que certains d'entre nous ont lâché prise au bout de quelques minutes, et comme par hasard ce sont les 3 mêmes qui nous ont réveillés le lendemain matin, pressés de constater si le Père Noël nous avait bien trouvés.
Je vous rassure : il nous a trouvés, et les enfants ont été très gâtés. Finalement un peu trop même, comme toujours. Et nous aussi.

Alors merci à tous pour vos messages, merci à la familia pour son blog-dédicace et ses colis, et promis, l'an prochain, nous serons tous réunis.

lundi 24 décembre 2007

JOYEUX NOEL !!!

Rabani* se joint à nous tous pour vous souhaiter un TRES TRES JOYEUX NOEL (avec 4h30 d'avance pour vous, petits veinards !!!)
Photo prise ce soir vers 20h, sur le petit rond-point en bas de l'avenue de Tamamès.
(*haut personnage du comité des fêtes de Biarritz pour les non-initiés)

"Un mélimélo de notre sapin de noël de Tamamès... pour souhaiter à nos cinq aventuriers un magnifique Noël"
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JOYEUX NOËL à mes Toqués préférés. Je suis par la pensée en liaison constante avec vous. Vos photos m’accompagnent en permanence pendant mes longues journées d’immobilité. Racontez nous Noël en Inde. Bisous par milliers pour Ulysse la malice, Rachel la belle, Gaspard le malabar ! sans oublier mon fils préféré (et unique) et ma jolie-fille. JP, Mélanie, Lucie (et Naomie) vous embrassent ainsi qu’Alexis qui lui est en vacances au Maroc.
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Ah malheureux Toqués !
Loin de tout confort matériel, de toute source de culture civilisée, livrés à eux mêmes et au bon vouloir d'indigènes peu orthodoxes aux moeurs inquiétantes. Ils nous exhibent fièrement des quantités indécentes de clichés de ces trois bambins, partis mignons, blancs, propres et polis, destinés aux plus hautes sphères sous nos lattitudes respectables, et devenus en quelques mois des sauvageons décadents au visage buriné, aux cheveux dans les yeux, et aux ongles crasseux.

Alors joyeux Noël tout de même, espérons que les lumières chrétiennes sauront aider à la reconnexion synaptique de vos parents dégénérés, et que les voies de la raison vous feront revenir au plus vite vers nos contrées policées. Je pense qu'un stage chez leur oncle à Paris sera alors nécessaire à la réinsertion de vos trois rejetons, afin d'économiser de pénibles années de pension à Bétharram.

Je vous embrasse malgré tout très fort en espérant que le souvenir du tonton Simon raisonnable et parfait en tous points vous aidera à limiter les déviances inhérentes à vos ridicules tribulations rastaquouéresques.
Joyeux Noël les sauvages !

ps : Pour illustration une photo de ce fameux oncle accompagné d'une brillante scientifique au petit matin dans les transports en commun après une nuit de réunion dans un cercle universitaire.
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JOYEUX NOEL, les amis !!
Vous nous avez donné des idées... Cette année, nous aussi, on passe un Noël zen !
Mille bisous !
(J'ai abusé de mon statut de ouebmistress et du fait que je détiens les codes secrets du blog pour me taper l'incruste dans les messages de Noël de la famille ;-))

dimanche 23 décembre 2007

Bons baisers de Fort Cochin


On vous l'avait raconté, il y a parfois quelques moments difficiles, quelques plans un peu foireux au cours de notre odyssée. Mais nous en sommes désormais certains : après la pluie vient le beau temps, après un ratage vient systématiquement une bonne surprise (si si c'est scientifique), même si après les cocotiers viennent encore et toujours les cocotiers.

Lorsque nous avons quitté notre petit coin de paradis de Gokarna, toujours accompagnés de Pavlo et Ivan, deux jeunes ukrainiens charmants voyageants en auto-stop, nous avons trouvé un nouveau coin très tranquille, si l'on excepte nos admirateurs plutôt nombreux à la sortie de l'école. Nouveauté toutefois pour la Toquée : la baignade habillée. En territoire musulman et hindou, inutile d'en rajouter au spectacle. Nous y avons passé une soirée sympa, dans les charmes du voyage il y a ces moments où on se retrouve dans le Toqcar à regarder des photos d'Ouzbékhistan, avec des ukrainiens, sur une plage du Sud de l'Inde.

Le lendemain nous avions l'intention de camper sur une plage qu'on nous avait indiquée dans le Kerala. Il faut tout de même dire que cette région d'Inde est splendide : une nature foisonnante verte, colorée, tropicale, des canaux - les backwaters - absolument partout, ce qui vous laisse tout de même imaginer le climat, très chaud et très humide et les bestioles, très envahissantes. Arrivés à l'endroit prévu en beaucoup plus de temps que prévu, nous avons réalisé que la plage en question était en bord de route, ce qui signifie très exposée aux passants et avons, avec l'optimisme qui nous caractérise, décidé de poursuivre notre chemin afin de trouver mieux. C'est ainsi qu'en pleine nuit, après une route un peu compliquée, que n'ont pas arrangé les vomissements d'Ulysse, la diarrhée de Gaspard ni le semi-enlisement du Toqcar dans un endroit que nous serions bien incapable de placer sur une carte d'Inde mais où en moins d'une minute nous ont rejoint plus de 60 personnes (on les a comptés), nous nous sommes posés, non loin de la mer, dans un champ, apparemment désert que son propriétaire nous prêtait. En moins d'une minute c'était 100 jeunes surexcités qui entouraient le Toqcar, frappant à la porte, aux fenêtre, riant, criant, nous obligeant à nous calfeutrer à l'intérieur. C'est là que nous apprécions l'air conditionné et nos volets. J'ai cru que j'allais péter une durite même si je ne sais pas ce que c'est, et que mon doux époux allait étrangler quelque indien et lui enseigner la non-non-violence. Nos courageux ukrainiens sont partis nous chercher un remède alcoolisé à la première ville, nous avons organisé une de nos fameuses soirées vidéo pour les enfants, et avons fini par beaucoup rire et nous coucher un peu trop tard.

De toute façon, vu que toute la nuit, les rickshaws, les motos et tous les environs ont défilé à notre porte, nous ne risquions pas beaucoup dormir. Nos jeunes invités ont quand même monté leur tente sur la plage.

A 6h30 le matin, enfants et adultes étaient déjà très nombreux autour du camping-car, et très bruyants (dans ces cas-là beaucoup ont leur brosse à dents à la bouche, ils viennent faire leur toilette en nous regardant), et nous avons vu nos amis campeurs arriver, une demie-heure plus tard, entourés d'une troupe de 50 enfants, qui leur ont fait l'honneur de leur chanter une chanson devant la tente pour les réveiller...

Nous avons pris la fuite, la route nous a conduits à un bac, moment réjouissant pour tous, et après avoir de nouveau quitté de nouveaux amis, nous avons filé dans la direction de Cochin.

C'était la pluie.

Le beau-temps le voici : après avoir visité un lieu où les cornacs chouchoutent les éléphants consacrés à des cérémonies religieuses, nous nous sommes retrouvés par le plus grand des hasards et beaucoup de culot (il en faut en matière de météo), dans un village de pêcheurs à une soixantaine de kilomètres au Nord de Cochin. En plus des paysages idylliques, les habitants ont été plutôt discrets et totalement absents de nos parrages dès la tombée de la nuit, et surtout nous y avons fait des rencontres passionnantes. Sree, lycéenne de 17 ans, qui avec sa famille nous a expliqué leur vie et la façon dont les cocotiers servent à tout : nourriture, fabrication de la corde, des murs, des nattes, des toitures, de jouets, de balais etc etc. Vraiment formidable pour nous européens empotés de voir à quel point on peut vivre en totale harmonie avec la nature et dans la plus grande simplicité (mais pour certains aussi quand même une grande pauvreté). Christophe s'est aussi fait un ami avec qui il a passé de longues soirées à bavarder et qui nous a invités à partager un petit-déjeuner chez lui, sous les portraits de Gandhi et de Marx, puisqu'il faut savoir que le Kerala est un état marxiste. Mais d'une belle mixité religieuse : les temples cotoient les églises qui jouxtent les mosquées (et tous s'en donnent à coeur joie le matin dès 5h, le bonheur).Nous avons pu découvrir la fabrication de bateaux et avons été invités à l'inauguration d'un festival de musique qui aura lieu en janvier (ils voulaient tous qu'on revienne), nous avions pour une fois une excuse pour ne pas écouter les discours des officiels, les enfants ont fait des parties endiablées de bouée de pêche sur les filets des pêcheurs, le tout sur un fond de soleil couchant avec bancs de dauphins qui passent au loin... comment vous dire... tout simplement de quoi faire rêver mon tonton Cristobal.

Nous sommes repartis totalement réconciliés avec les indiens et l'Inde, qui est vraiment comme ses saisons, sans nuance aucune, capable du pire et du meilleur.

Nous aurions beaucoup à vous raconter sur tout ce que nous avons appris, découvert sur l'Inde, sur nous, sur les réactions des enfants, le succès de Babar qui parle Mayalaram et est propre (dieu merci car les couches indiennes sont trop petites pour lui), sur Ulysse et Rachel qui parlent de mieux en mieux anglais, mais nous avons un nouvel objectif : nous mettre enfin dans le bain de Noel. Nous sommes chez nos amis anglais rencontrés en Iran, à Fort Cochin. C'est beau, c'est reposant. Nous allons décorer la maison, faire quelques courses top-secrètes, demain soir nous dînons au restaurant en bord de mer, puis messe de minuit à la basilique et le 25 nous mijotons tous ensemble un festin anglo-franco-indien et qui sait... peut-être le Père Noel nous aura-t-il trouvés. Mais avant de partir il devra se découvrir, dehors il fait très très chaud.

Joyeux Noël à tous !

lundi 17 décembre 2007

Notre cabane au Karnata


"Moi je la trouve super votre cabane !" s'est écriée Kayla, 5 ans, princesse d'Arambol, après avoir passé un moment à jouer avec les enfants dans le Toqcar. Il faut dire qu'elle en a vu des enfants ces derniers temps notre cabane. Les rencontres sont encore allées bon-train à Goa. Il y avait les autochtones et leur ribambelle de filles, qui, après de folles baignades, se sont régalées de projections d'épisodes des Winx (merci Christian !) tandis que nous refaisions encore et toujours le monde à notre image avec leurs parents et puis il y avait, pour notre plus grande joie à tous, deux autres familles de camping-caristes. Samuel et Céline et leurs filles de 8 et 2 ans, Ilda et Zélie, + quelques souris clandestines, de vraies voyageurs avertis puisqu'ils ont déjà parcourus pas mal de continents, qu'ils sont les pros de l'école en voyage pour l'avoir fait régulièrement jusqu'en troisième pour leur fille aînée... Pénélope ! Ils en ramènent textes et dessins qui leur permettent de faire de beaux carnets de voyage, agréables à lire pour grands et petits, colorés, drôles, intéressants, que vous pouvez admirer ici et acheter sans modération. Mais aussi Roland et Catherine avec Patrick, Sarah, Mathilde et Samuel (17, 14, 11 et 7 ans), voyageurs novices et baignants dans les affres du CNED. Puis Richard et Marithé, retraités voyageurs heureux.
Echanges de bouquins, de mécanique, de connecteurs logiques, de poèmes, de tables de multiplications, d'infos, d'anecdotes, d'ouvres-boîtes, de bons plans et d'enfants nous ont vraiment reposés.
Mais comme toujours, c'est le principe de l'Odyssée, il a fallu quitter tout ce beau monde, et c'est Ulysse qui a eu le plus de mal à quitter son amie Ilda même s'il sait comme nous que nous allons encore vers de belles et nouvelles aventures.
Grâce à eux, nous avons eu les indications pour parvenir dans ce petit coin de paradis du Karnataka où pour deux jours nous posons nos nattes (et nos auto-stoppeurs ukrainiens, on ne s'ennuie jamais en voyage), même si nous ne savons pas encore vraiment comment nous allons pouvoir nous extirper de ce chemin qui nous promet une belle marche-arrière, et où nous pensons bien fort à notre vieille et bedonnante NdeB préférée, sans l'assistance de laquelle ce blog aurait du mal à tourner et qui fête aujourd'hui ses tdeux ans.
Joyeux anniversaire Nathalie, prépare-nous un beau bébé pour notre retour !

ps : toujours soucieux de nous tenir informes de l'actualite internationale, nous remercions celle de mes amies qui vient de se reabonner a Voici - elle s'appelle N, est marraine d'un de mes enfants mais ne vit pas a B n'insistez pas je n'en dirai pas davantage - de se debrouiller pour me garder le prochain au chaud puisque c'est quelqu'un qui m' a dit que les babos de Goa n'etaient pas les seuls a aimer les prenoms en -a...

samedi 15 décembre 2007

Let's Goa


A Arambol, le plus intéressant, ce ne sont pas les indiens, ce ne sont pas les paysages de cartes postales qui ne servent qu'à faire pleurer nos pauvres amis qui affrontent l'occident et sa froidure dure dure, ce sont tous ceux qui peuplent ce village pour quelques semaines, quelques mois ou quelques années.

Il y a quelques illuminés, gourous étranges, aux allures fluides colorées ou blanches, qui tous promettent au moins la "détoxification" - et y'a du boulot pour certains - si ce n'est, en toute simplicité, la Vérité. Relans de vieux hippies et de new age déjà un peu ringard, communautés souriantes et au discours ésotérico-mystico-très rigolo. Il y a aussi nos bonnes vieilles religions qui du coup se surpassent, parce que le catholicisme et le judaisme à la mode hindou-goa, c'est pas mal non plus : couleurs, processions, chants qui feraient passer les veillées scoutes les plus endiablées pour la messe dominicale à Ste Eugénie (pardon Michel c'est plus fort que moi, les sarkozystes biarrots à caniches te le diront je suis une insolente, d'un autre côté... ne sont-ce pas eux qui chantent à Ste Eugénie tous les dimanche ?...) il y a quelques piercés, bizarrement coiffés, quelques silhouettes indescriptibles se mouvant étrangement sous les cocotiers, mais surtout il y a celui que nous appellerons le babos de base.

Celui que nous fréquentons est très jeune, a donc plutôt entre 30 et 40 ans, il a les cheveux longs, ou si ce n'est plus tout à fait possible, une coiffure travaillée, à base de dreadlocks ou de rasages bizarroides. (le vieux babos blanchissant lui a les cheveux longs et une barbe assortie, on croise Antoine à chaque coin d'égout en somme) Le jeune babos a aussi des tatouages, toujours. Et plutôt grands. Le babos de base porte des bijoux : binti, collier, boucle d'oreille, bracelet, bague de pied et chaîne de cheville pour les filles. Ses tenues sont aussi très travaillées : paréo nonchalamment noué autour de la taille mais comme par hasard du plus bel effet, pantalon thai usé, couleurs vives, les filles ont de jolies jupes et robes aux motifs gais. Très franchement, on ne peut qu'aimer cette allure, surtout dans ce paysage. Le soir on se drape dans un châle ou un paréo. Le babos de base est plutôt bien fichu, il s'entretient à coup de yoga, de gym strange, sans doute aussi d'abdos qu'il doit faire en douce, parce que j'ai jamais vu un babapollon suer en faisant un footing sur la plage. Ni jouer au ballon ou aux raquettes, sans doute interdits par la religion. En revanche sur la plage si on ne médite pas, on jongle, on capoera, on bâton du diable, on diabolo et on joue du djumbe. Ou du violon (un seul). Le babos de base est doré à souhait puisqu'il passe une partie de son année sur la plage à s'activer aux choses sus-nommées.

Le babos de base prend soin de sa personne et consulte aussi des masseurs, des guérisseurs, des magnétiseurs, des acupuncteurs, ne jure que par l'homéopathie pour les plus hardis, et par les plantes en général, qu'il consomme sous toutes ses formes, et toute la journée.

Mais le babos de base malgré son jeune âge, a des enfants. Un en général. De moins de 6 ans. Qu'il porte sur le dos ou dans les bras, nu la plupart du temps et cheveux aux vents. Si c'est une fille, il a un prénom en -a. C'est d'ailleurs une fille en général. Pour l'instant elle ne va pas à l'école, après... on verra. Ces enfants sont les rois des plages, ils mangent des fruits, et puis aussi des fruits secs. Parce que la maman-babos de base ne donne pas à ses enfants des paquets de BN ou du Nutella pour le goûter, elle sort de son joli sac, une jolie petite boîte dans laquelle sont joliment posés des amandes, des galettes de riz et quelques biscuits agréés. Et les parents babos de base restent toujours calmes face ces enfants, on se sent d'ailleurs parfois un peu hystérique à côté d'eux, on doit manquer de fruits secs, de méditation et surtout de plantes.

Le babos de base qui traîne en Inde connaît aussi généralement bien la Thailande.

Mais les babos de base de Goa s'ils ne sont pas toqués sont parfois joliment barrés, rarement basiques et souvent vraiment intéressants et ont su nous faire passer d'excellentes journées en leur compagnie à découvrir encore un nouveau visage de l'Inde.

Enfin, juste retour des choses : sachez qu'en plus de tous ces personnages, il y a sur les plages de Goa des groupes d'indiens qui viennent assister au spectacle des européens. Certaines agences indiennes organisent même des excursions, en bus, vers les plages, avec pique-nique et parfois bières à gogo, "to see white wemen in bikini". La justice existe bien au pays des anciens hippies.

mardi 11 décembre 2007

Mort aux vaches !


C'est pas tellement qu'elles sont partout, dans les rues, sur la plage, autour du Toqcar, que certaines nous font peur avec leurs énormes cornes et leurs bosses bizarroides, sans parler du fait qu'à force de manger le plastique et tous les détritus qu'elles trouvent elles ont sans doute un peu muté, pas tellement le fait qu'elles nous chargent de temps en temps - à ce propos autant vous dire que les vachettes basques vont nous faire rire - mais chez les Toqués on vendrait tongs et saris pour un bon steak.
Un steak. De vache moche, de vache folle, de vache avec ou sans tâche, de vache à lait, de vache qui rit, de veau mignon, on n'est pas difficiles.
Rachel rêve d'une virée à l'Entrecôte et son récit ému, détaillé de chaque saveur, de ce jour où elle y a mangé avec ses grands-parents a de quoi faire pleurer dans les camping-cars.
Christophe et moi on irait bien déjeuner chez nos parents pour manger une entrecôte, bien grillée avec du poivre dessus mais saignante à l'intérieur, au barbecue dimanche prochain. Remarque... peut-être que ce n'est pas tout à fait la saison des barbecues chez vous...
Ulysse est prêt à manger n'importe quelle viande.
Et Gaspard lui rêve de yaourts au chocolat. N'empêche qu'il y a deux jours il m'a mordu les fesses et j'ose espérer qu'elles ressemblent tout de même davantage à de la viande qu'à de la Danette.

Certes depuis notre arrivée en Inde, on a réfléchi à la question, et à l'intelligence du régime végétarien pour lutter contre la famine : des universitaires ont calculé qu'en diminuant de 10% notre consommation de viande, on pourrait nourrir 60 millions de personnes dans le monde grâce à la culture des légumes et céréales. Mais bon, nous on l'a diminuée de 100% et on va diminuer ce pourcentage dès ce soir.

Pour fêter nos 4 mois d'Odyssée nous nous offrons de la viande.

Et la viande sur une plage de Goa, à la nuit tonbée, je pense que ça peut aussi faire pleurer au coin des cheminées.

dimanche 9 décembre 2007

Jouez avec les Toqués


Parmi les bizarreries indiennes, nous avons remarqué ce panneau, assez fréquent sur les grandes routes (je n'ose les appeler autoroutes parce que vous devez imaginer des autoroutes que traversent tous les animaux, que parcourent toutes sortes de charettes, de rickshaws, de deux-roues, trois-roues, piétons, et le tout même en sens inverse, dont les barrières sont jonchées de linge qui sèche grâce au passage des véhicules, sans compter que toutes ces routes sont sans cesse en travaux ; il y a tout de même des péages, mais en général, on nous laisse passer gratos avec un sourire et un "welcome !" qui font chaud au coeur).
Alors jouez avec nous et essayez de trouver la signification de ce panneau.

On a pensé à :

"Ne mettez pas tous vos oeufs dans le même panier"
"Mais non mais non le BO n'est pas fichu"
"Pierre qui roule n'amasse pas chili"
"La nuit tous les pois sont rouges"

A vos hypothèses.
Celui qui en trouvera le vrai sens gagnera un peu de sable de Goa, une étoile de mer séchée ou une carte postale écrite par Babar le roi des plages.

vendredi 7 décembre 2007

Roulez Toqués


L'Inde est merveilleuse mais fatigante. Il faut y être allé pour imaginer le niveau sonore des villes, la circulation, les klaxons permanents, sans parler des mariages, visiblement quotidiens à cette époque, assortis de feux d'artifices (pluri-nocturnes donc). Et puis les indiens sont trèèèèèèès nombreux et trèèèèèèèès curieux et trèèèèèèèès tactiles. Bref, notre séjour a Udaipur s'est soldé par la certitude qu'il nous fallait de l'air. Et comme notre planning est tenu par cette fameuse traversée maritime, pas encore bookée vers la mi-janvier et Noël à Cochin avec nos amis anglais (le coeur toqué a ses raisons), nous avons décidé de tracer vers le Sud. Le principe est simple quand on a un Toqcar que l'on peut garer n'importe où pour passer la nuit. Franchement après notre épopée pakistanaise la route ne nous fait plus peur, même sans escorte !

Nous souhaitions tout de même passer quelques jours à Hampi, visiblement joyaux architectural dans une nature incroyable, et lieu encore assez préservé du tourisme. Tu m'étonnes Simone... Nous devions y arriver hier soir. Et nous croyions avoir tout vu en matière de routes pourries. Que nenni Marie. Je peux vous dire que notre chauffeur est très doué - d'ailleurs un de ces quatre je composerai un poème épico-romantique à sa gloire - mais vers les 16h, après avoir parcouru les derniers 20 kilomètres en plus de deux heures et voyant qu'il nous en retait toujours 150 à faire, nous avons eu le même moment de lucidité : il valait mieux faire demi-tour, pour la seconde fois de notre odyssée. Rachel s'est mise à pleurer, désespérée. Nous avons été émus de voir qu'elle tenait tant à visiter ce site... en fait elle croyait qu'on rentrait à la maison, que faire demi-tour signifiait la fin de notre périple. Elle s'est vite consolée quand elle a compris que notre plan était de nous rendre à Goa, et de faire une petite surprise à Nicolas-Mochton, Marina et Kayla qui viennent d'y ouvrir un restau, dans le Nord de l'état.

Nous avons calculé que nous devrions pouvoir y arriver vers les 21h.

A 1h du matin, nous arrivions dans ce que nous pensions pouvoir être leur ville, Arambol, et remontions en marche arrière, et un peu sur les nerfs, une ruelle pas du tout adaptée à notre Toqcar et qui s'avérait être un beau cul de sac dans lequel nous nous serions arrêtés pour une nuit porte-conseil si d'une part la rue n'était pas totalement en pente, d'autre part elle n'était composée que d'échoppes qui rendraient tout mouvement de notre part impossible le lendemain. Heureusement un boulanger du coin nous a montré où nous pouvions nous installer, coup de bol parce que les rues sont archi-vides à cette heure-là. Nous avons couché nos troupes bien bercées par la route mais que nous ne pouvions pas détacher vu les turbulences, épuisés mais ravis d'être arrivés, et d'en avoir fini avec ces routes incroyables qui deviennent carrément affolantes la nuit.

Ulysse et Rachel avaient pour consigne de ne réveiller personne le matin. Nous devons avoir un réel problème temporel parce qu'à 7h30 ils ont eu la bonne idée d'ouvrir leur volet... et là... comment ne pas partager leur joie avec toute la famille...

Et comme le monde est petit, à 8h, c'est notre Mochton qui passant de son restau à sa maison, nous a repérés. Jour de fête, il a fermé le restau mais nous a déjà un peu régalés.

Pour le reste pas besoin de grands discours. Ulysse a encore déclaré que c'était le plus beau jour de sa vie. L'océan indien c'est chaud mais faut faire attention aux crabes poissons et dauphins. Faut quand même aussi faire attention aux noix de coco qui tombent des arbres. Goa c'est un monde à part dans l'Inde, le côté touristique - tout est relatif on évite les pires endroits - est pour nous très reposant, le côté baba-cool hilarant, on va pouvoir manger de la viande et des gateaux au chocolat et des yaourts.

Bref, le vert paradis des amours enfantines (ou vieillissantes) n'est pas plus loin, je crois, que l'Inde et que la Chine.

PS : pour les photos promis on y va doucement, âmes sensibles ou jalouses s'abstenir tout de même.

PPS : Avis aux amateurs : on reste dans les environs sans doute 2 semaines, d'abord un peu ici au Nord, puis tout au Sud, dans des contrées encore désertiques.

lundi 3 décembre 2007

La vie continue...

Même sans nous, si c'est pas fou, ça...

Certains de nos aïeux nous quittent, mais certains de nos amis se multiplient.
Bienvenue au petit Léonard né à Tahiti le 28 novembre et à Maia pas si petite née le 2 decembre à Bayonne ! Puissiez-vous être aussi fous que vos mères, aussi mignons que vos aînés et puissions-nous passer avec vous d'aussi bons moments que ceux que nous avons partagés avec vos parents avant votre naissance !
Les Cécile et leurs familles, on vous embrasse fort.

Vive la vie !

samedi 1 décembre 2007

Aux Toqués les mains pleines


Le moment crucial, durant l'odyssée, c'est, lorsque nous arrivons dans la ville où nous avons prévu de nous arrêter, la recherche d'un bon lieu où poser nos 4 roues. Moment toujours un peu tendu. D'abord parce que nous avons la route dans les pattes, et Ulysse qui, invariablement, vient se coller entre nous, sur nos épaules, et commente commente commente nous crie dans les oreilles se mêle de nos affaires bouge dans tous les sens, invariablement. Sans compter que parfois le timing n'a pas été parfait et nous arrivons après la nuit tombée...

En fait la difficulté est certes de trouver un lieu sûr, mais surtout un lieu tranquille, un peu à l'écart de la foule et des curieux, si possible un lieu où les enfants peuvent sortir pour jouer devant la porte, un lieu assez central pour nous permettre toutes les visites que nous souhaitons, et suffisamment agréable pour que nous puissions y vivre un peu mais avant toute chose un lieu où on nous accepte. Et où on ne nous demande pas le prix d'une suite royale juste pour jouir d'un parking poucrave.

J'ai parfois, mais rarement, des pistes. Plus généralement je repère sur le plan de la ville (oui c'est une autre difficulté que de m'avoir comme copilote) le ou les quartiers où nous pourrions nous installer, je repère quelques hôtels bien placés et dont la description laisse penser qu'ils ont un parking, un jardin, de la place. Ensuite il faut se frayer un chemin dans la ville (on s'est déjà paumés dans le grand bazar d'Istambul, engagés dans les petites rues de nombreuses villes sans être sûrs que nous allions pouvoir en sortir), et puis on s'arrête devant les hôtels, les parkings, on tourne autour des parcs, des musées, on demande, on retourne, nos espoirs sont parfois déçus, et à chaque fois que nous nous arrêtons pour prospecter (et ce peut être long parce que nous sommes en Inde et parce que notre demande interloque souvent) l'ambiance dans le Toq'car va crescendo puisque les enfants finissent par tous se détacher, par envahir nos sièges, les couchettes, par avoir envie de descendre, sans compter qu'à chaque fois nous sommes encerclés en quelques minutes par une troupe de curieux, le pire étant si nous nous trouvons à proximité d'une école à l'heure de la sortie...

Il y a des périodes de loose totale, où on cherche longuement et on finit par se rabattre sur un pauvre parking moche et noir et cher et mal placé et bruyant.

Mais il y a des périodes comme celle que nous vivons où nous avons de la chance.

A Jaipur, déjà nous n'étions pas mal installés du tout. Puis arrivés à Chittaurgarh, nous ne savions pas du tout comment étaient faits les lieux, nous nous sommes trouvés face à un barrage de police nous disant que l'accès au site nous était interdit ou quelque chose dans le genre. Nous avons pris une autre route, sans nous émouvoir, puis avons commencé à monter vers la forteresse en priant pour que la route reste suffisamment large, de même que ces très belles portes sculptées sous lesquelles nous passions. En haut de nouveau on nous arrête à l'entrée du site, on essaie de demander si on peut dormir à l'intérieur, on a du mal à se comprendre, ils nous disent qu'ils ferment une demie-heure plus tard, on finit par leur demander juste de nous laisser aller voir. Et on tombe sur un parking, parfait et vide, en face de la Tour de la victoire. J'avais lu dans le guide que le lieu méritait un détour, mais nous ne savions pas du tout à quoi nous attendre. Personne ne nous demande rien, on ne demande rien à personne, on se pose, on fonce et on a droit au plus beau des couchers de soleil, sur des temples comme nous n'en avions encore jamais vus, envahis par les singes et par une musique mi techno-mi mystique, on assiste, seuls, à une cérémonie étrange, au milieu des fumées d'encens, du tintement de clochettes et sous le regard inquiétant d'une immense statue de Shiva.

Ulysse et Rachel se croyait aux cités d'or, nous en plein Indiana Jones.

Franchement, il ne manquait qu'Harrison et mon bonheur était parfait.

Nous avons pu dormir là, visiter le site entier, superbe, le lendemain.

Et à Udaipur, hier soir, nous sommes tombés, par hasard, après quelques errances infructueuses mais pas trop longues en ville, sur un hôtel parfait pour nous, dont les employés se sont mis en quatre, y compris sur le toit du Toqcar, poussant les branches des arbres, pour nous faire rentrer dans la cour. Nous nous sommes rendus compte ensuite que c'était un hôtel que j'avais pré-sélectionné, c'est fou comme les grands esprits se rencontrent, surtout lorsqu'ils sont toqués !

mercredi 28 novembre 2007

Des Toqs des singes et des rickshaws


Au parc de Sariska, nous avons pu dormir dans le calme des paysages de Kipling, redécouvrir le silence et l'odeur de la nature et surtout admirer des animaux sauvages et rares pour nous, dans un cadre enchanteur. Je vous laisse les découvrir sur les photos et en trouver le nom. Notre plus grand régal a été de nous lancer à la poursuite d'un léopard, repéré par notre guide à son cri, très proche, un moment incroyable pour tous qui fait qu'Ulysse ne sait plus s'il veut être archéologue, vulcanologue, journaliste, grand reporter, guide au Taj Mahal, conducteur de jeep ou zoologiste (Rachel veut toujours être peintre ou écrivain, on aurait dû l'appeler Constance ou Tête de mule).

Pour y parvenir depuis Agra, nous n'avons sans doute pas emprunté la route la plus directe et nous sommes perdus dans des villages incroyables. Nous avons souvent demandé notre route, ce qui n'est pas toujours très efficace en Inde : les indiens ne sont pas contrariants et même lorsqu'ils ne savent pas répondre, ils disent oui (de leur petit hochement de tête latéral). Il est donc indispensable de bien formuler la question : "Sariska ?" - pas de mots inutiles, pas de phrases, de sujet de verbe, surtout pas de coordonnées, aucun de ces ornements dont raffolent habituellement les profs, même pas de formule de politesse, ça complique trop - et surtout de ne donner aucune indication de route de la main, où on nous répond invariablement oui, enfin, ce que nous interprétons parfois comme un oui, même si nous montrons la mauvaise direction. Il faut donc faire en sorte que la personne interrogée, si elle a compris ce que nous cherchions, montre d'elle même quelle est la route que nous devons emprunter. Mais si par bonheur on arrive à cette étape, il faut interpréter ce geste, parfois de la tête, du regard, parfois de la main, souvent cette mystérieuse diagonale invisible. Et si par malheur nous avons le réflexe de demander, geste à l'appui, "left ?", on nous répondra oui, même si la diagonale signifiait "right". Tout un art. Qui complique un peu notre tâche mais la rend si drôle aussi...

Dans le parc, nous avons dû faire face à un nouveau problème : les singes. A peine étions-nous arrivés et garés qu'ils sautaient tous sur le Toqcar et tentaient d'arracher les fils des panneaux solaires. Nos vélos aussi les intéressaient beaucoup et voir deux singes assis dans les sièges arrières de nos vélos, était à mourir de rire. Enfin... ça c'était au début. Parce qu'après on a compris que c'était une plaie. Trois fois j'ai trouvé un singe dans le camping-car, volant des biscuits ou tout ce qu'ils trouvaient qui pouvait ressembler à de la nourriture (et ça schlingue un singe - à prononcer à voix haute). Nos poubelles, bien que fermées et déposées dans des bennes fermées, étaient systématiquement ouvertes, déchirées et répandues partout dans le parc de l'hôtel. Du plus bel effet. Bon... les singes ne sont pas toujours malins, ils adorent léchouiller l'intérieur des couches de Gaspard...

Donc malgré le plaisir que nous avons eu à vivre au milieu d'eux, comme nous le faisons habituellement avec les pigeons, les vieux qui votent Sarko ou les crottes de caniche (à Biarritz ces deux dernières catégories semblent assez liées étrangement), nous avons dû apprendre à nous en méfier et à leur jeter des cailloux ou les menacer avec un baton (faudra qu'on évite avec les caniches et les vieux qui votent Sarko au retour) .

Mais c'est d'autres drôles d'oiseaux dont je voudrais vous parler aujourd'hui : les chauffeurs de rickshaws. Il faut donc savoir qu'en Inde les rickshaws sont absolument partout. Il y en a plusieurs types : les rickshaws à vélo : tuk-tuk (pardonnez l'orthographe), qu'ils appellent aussi hélicoptères, dont nous ne sommes pas encore férus. C'est surtout psychologique de notre part : nous faire trimballer tous les cinq par un type qui pédale comme un fou pour nous traîner, on n'arrive pas encore bien à l'accepter. Et puis ça nous oblige à beaucoup nous entasser, et ça non plus on n'est pas encore habitués, quoi qu'on commence... Nous prenons donc surtout les moto-rickshaws, triporteurs à moteur, parfois même avec deux banquettes dos à dos. Les indiens peuvent rentrer à vingt là-dedans, et parcourent parfois de sacrées distances.

Les rickshaws sont partout. C'est à dire que où que vous soyiez, vous levez la main, et cinq rickshaws s'arrêtent pour vous emmener où vous voulez et pour un prix que nous marchandons parce que nous commençons à savoir ce que nous pouvons accepter et que nous refusons de nous faire avoir, mais très très bas pour nous, gros richards d'européens. Pour 50 centimes d'euros nous traversons n'importe quelle ville (NDLR : la ville de base compte 2 millions d'habitants en Inde) tous les cinq. L'autre avantage c'est qu'un chauffeur de rickshaw peut tout nous procurer. Lorsqu'on cherche qqchose il suffit de demander "nous voudrions acheter du lait en brique, puis trouver un opticien pour réparer des lunettes, puis aller voir tel monument". On discute du prix, on finit par obtenir gain de cause parce que sinon on part, et on a un chauffeur. Une assurance, un garagiste, de l'eau de telle marque, un tissu de telle couleur, une vis de telle taille ? Un véhicule avec chauffeur pour une heure, deux, la journée ? Le tour de la ville ? Un resto, Elle en Français ou le Monde (devinez qui lit quoi ?) ? Demandez à un chauffeur de rickshaw. Tout ce que vous voulez. Et autant vous dire que rien ne leur fait peur niveau chargement et distance. Et qu'en général ils préfèrent nous attendre pour s'assurer une course avec nous au retour. C'est un des éléments qui nous facilite la vie ici, parce qu'en plus, c'est un moyen de transport très très agréable.

Mais à vrai dire aussi, pour trouver un rickshaw, il n'y a pas à lever la main, parce que le souci, c'est plutôt que tous les rickshaws nous abordent, s'arrêtent lorsqu'ils nous voient, nous attendent devant notre lieu de campement dès qu'ils l'ont repéré. Il y a aussi ceux qui veulent justement absolument nous emmener dans tel ou tel magasin, parce que vous vous doutez qu'à chaque client qu'ils amènent, ils touchent une commission. Il y a ceux qui nous collent, ceux qui nous font de belles déclarations d'amour "I love you, I love your childs, I love your couple", ceux qui nous promettent la lune quand on ne veut que le Taj Mahal. Franchement ils sont casse-pieds et on est très souvent obligés de les envoyer ballader sans nous. Mais on leur tire notre chapeau. Quasiment aucun ne sait lire, mais tous parlent anglais, tous connaissent pas mal de mots de français, nous sommes conscients que parfois, ils ne comprennent même pas l'adresse où nous voulons nous rendre, mais avancent un prix, puis se débrouillent en route pour demander, et trouver, toujours (mieux que nous en tous cas). Pour les chauffeurs de rickshaw, tout est vraiment possible.

Et enfin, quand je pense que chez nous on s'extasie face à des types qui pédalent en tenue de danseuses, suivis par une foule de médecins, photographes, admirateurs, journalistes, masseurs, diététiciens, sur des vélos plus légers que mon téléphone portable, alors qu'ici des tonnes d'indiens maigrichons en jean, de 6 à 66 ans, parcourent des distances incroyables, sur des vélos antémoussoniens portant des charges folles, pendant des heures et des heures, tous les jours, peut-être aussi drogués que nos cyclistes, mais beaucoup moins nourris, et surtout pour gagner en un mois ce que coûte un paquet de pop-corn vendu à une étape du tour de France, je me dis qu'on vit vraiment dans un monde de toqués...
Pour finir sur une note philosophique et poétique, un beau proverbe, très indien, que nous a appris un de nos chauffeurs aujourd'hui en apprenant que nous avions deux fils et une fille (jamais évident pour eux) parce que les conducteurs de rickshaws sont aussi de grands sages, et qui, sans nul doute, plaira à pas mal de nos amis, parce que même si la perfection formelle en est contestable, le message qu'il véhicule est formidable : "no son, no fun"...

mardi 27 novembre 2007

Taj Mahal

Les photos du Taj Mahal sont en ligne et elles parlent d'elles-mêmes, je crois !

PS pour grands-mères : Rachel s'était fait piquer sous l'oeil par un moustique. Et nous nous coiffons le matin ce qui vous laisse imaginer notre vrai decoiffe...

vendredi 23 novembre 2007

Amour, gloire et beauté de l'odyssée


En Inde, tout est symbole, signe, superstition.

Mais l'avantage c'est qu'on peut ruser avec les Dieux et les mauvais esprits.

Les hindous pensent, entre autres, qu'éternuer attire le mauvais sort (dans notre famille d'éternueurs allergiques chroniques on est mal barrés). Le pire étant d'éternuer au moment où l'on entreprend quelque chose.

Vous pensez donc qu'éternuer le jour d'un mariage pourrait être dramatique pour les jeunes mariés et leur vie commune qui débute. Devinez quelle solution les indiens ont trouvée pour protéger les jeunes époux d'un tel malheur ? C'est simple. Il suffisait d'y penser : les repas de noces sont accompagnés d'une musique assourdissante. Ainsi, si un malheureux laisse échapper un éternuement, on ne l'entend pas. Ouf.

Et je peux vous dire qu'étant installés à deux pas d'un dîner de mariage hier - oui forcément en Inde pas de risque de pluie en hiver, donc tout a lieu en extérieur, d'ailleurs s'ils connaissaient les mariages pluvieux, peut-être auraient-ils moins peur du mauvais sort - nous avons pu constater que ça fonctionnait forcément puisque nous non plus ne risquions plus d'entendre qui que ce soit éternuer ou parler dans notre Toqcar, jamais nous n'avions imaginé qu'une telle amplitude sonore puisse être possible. Ni de tels effets de voix d'ailleurs.

Et ce matin, j'entends des bruits étranges contre le Toqcar, qui bouge aussi énormément alors qu'apparemment les enfants dorment à poings fermés. J'ouvre la fenêtre, dans la brume du petit matin indien, et je tombe, juste sous ma fenêtre, sur l'immense sourire très fier de lui d'un employé de l'hôtel voisin en train de nettoyer notre camping-car à grandes eaux.

Le pauvre... il a dû éternuer en se levant ce matin pour qu'une telle furie apparaisse des cieux et le chasse dans une langue obscure !

Sinon nous sommes toujours des stars en Inde.

Ce matin en sortant du Fort Rouge, splendide, nous sommes assaillis par l'habituelle foule de chauffeurs de rickshaws, que nous fuyons pour en trouver un, un peu plus loin, qui accepte notre prix. Son véhicule est très beau, et nous l'en félicitons. Il nous répond qu'il n'est pas aussi beau que notre camping-car qui est magnifique et embraye avec des questions qui montrent qu'il connaît parfaitement notre engin, que nous croyions bien planqué.

Tout le monde connaît les français qui logent dans un beau camion dans une ruelle pourtant discrète mais qui a dû en voir défiler du monde ce matin, dès que nous avions le dos tourné !

C'est la rançon de l'odyssée...

jeudi 22 novembre 2007

Aux jeunes toqués...

... on apprend a faire la grimace

Juste pour vous dire que nous restons en Inde encore deux mois.

Pour vous dire que les enfants ont été adorables pendant les 6 heures que nous avons passées au Foreign Regional Register Office, que les moines savent maintenant que Tchoupi doit aller sur le pot mais que Gaspard n'est toujours pas décidé, que nous nous sommes fait quelques amis supplémentaires, que sans doute, le fait que les employés avaient perdu la moitié de nos papiers nous a aidé à obtenir notre mois supplémentaire.

Pour vous dire que nous aimons l'Inde et ses palais, ses parcs, que cette lumière étonnante et brumeuse rend encore plus beaux. Et aussi ses animaux, éléphants, chameaux, dromadaires, oiseaux de toutes les couleurs, ânes, chevaux, vaches, écureuils et aujourd'hui... les singes !

Que Gaspard est pire que Zigomar et qu'il voit beaucoup plus d'animaux que nous parce que lorsque nous ne voyons que des singes, il voit des lions, des chiens, des chats, des vaches et des lapins.

Que nous sommes installés à Agra, derrière un hôtel accueillant, que donc enfin ce soir nous n'aurons plus l'unique disque de Salsa du restaurant de Dehli en musique de fond, mais que nous ne serons pas trop dépaysés, car c'est LE week-end des mariages en Inde, dans LE quartier des mariages.

Que le Taj Mahal est fermé demain mais que le moral des troupes est au beau-fixe.

Et que les indiens, même dans la plus grande pauvreté, ont un sourire presque aussi grand que celui de nos vernis de petits Toqués.

La poste n'est pas en reste


Vendredi déjà nous nous étions rendus à l'adresse de poste restante que nous avions donné aux grands-mères. Nous savions que deux paquets devaient nous parvenir. Nous avons passé environ 2heures dans ces bureaux en ruine et travaux, avons insisté, nous sommes installés, jusqu'à ce que quelques employés nous prennent en pitié et trouvent la personne qui a enfin pu nous indiquer qu'un colis n'était pas arrivé, et que l'autre était dans un autre bâtiment de la poste. Nous avons pu le récupérer (je vous fais la version courte, en fait on a dû revenir au premier bâtiment etc etc). Enfin, le Djedi s'est retrouvé à se démener courageusement dans l'armoire du préposé, et à fouiller dans tous les colis et courriers pour trouver le nôtre. Les enfants étaient fous de joie de trouver leurs revues de septembre de Bayard Presse.

Aujourd'hui, nous avons eu confirmation par l'autre grand-mère que notre collissimo était arrivé à Dehli. Nous sommes donc repartis, passant par le premier bureau (on est malins hein ?)... pour rien. Pour arriver dans notre bâtiment préféré. (les enfants ont remarqué que quelque chose avait changé dans la pièce où nous avions déjà passé un certain temps : bein oui, le plafond s'est effondré, et on a pu constater que c'est chose habituelle dans le bâtiment en question, il y a des travaux, donc ça s'effondre) Donc d'abord, comme d'habitude, on nous a dit que le colis n'était pas arrivé. C'est toujours ainsi que ça commence. Puis seconde étape : revenez demain ou après-demain. Parce que moi qui me croyais procrastinatrice en chef, ou sous-chef à égalité avec mon frère Ximun, juste après mon père, je peux vous dire qu'on est nuls à côté des indiens : c'est toujours sans ouvrir le moindre registre, ni le moindre placard, sans faire la moindre recherche qu'on vous répond « non revenez demain ». Mais toujours avec le sourire et on nous tend des chaises et tous les employés restent assis là, devant nous, sans nous demander quoi que ce soit, pinçant les joues des enfants et nous souriant.

J'ai demandé de l'aide dans un autre bureau, une femme m'a adressée à une autre femme qui m'a adressée à un autre employé, et inlassablement la personne disparaît dans le bâtiment et on attend... pour rien.

Notre super Jedi a commencé à s'énerver, on a fait tous les bureaux du bâtiment, et il est immense, expliquant que nous avions la preuve que notre paquet était arrivé à Dehli, qu'il était quelque part qu'il suffisait de nous dire où. On a nous-même ouvert des registres, des placards. Plusieurs personnes ont bien essayé de nous aider, sans succès, et nous avons, après beaucoup d'insistance trouvé le chemin du bureau du directeur. Sa secrétaire a résolu l'affaire en deux coups de fil : notre colis était bien à Dehli mais au bureau des douanes. Avec un numéro et un rickshaw nous pouvions aller le chercher.

Ouf.

Arrivés dans le bâtiment, on nous indique un bureau, dans lequel un employé, au bout d'un long moment où, comme d'habitude, ne bougeant pas, écoutant notre histoire l'air perplexe jouant à peine avec nos nerfs, a fini par ouvrir un registre et tomber sur le récépissé de notre collissimo.

« Votre paquet est bien arrivé dans nos services. Revenez après-demain, ou demain »

Non.

A vrai dire, je crois que les indiens ont très peur de nous quand nous nous énervons. Ou alors ils pensent qu'on est très malades pour entrer dans cet état inconnu d'eux et ont pitié, parce qu'ils restent toujours courtois alors que nous sommes à deux doigts de sortir de nos gongs et de les leur faire bouffer avec ou sans épices. Mais il faut dire aussi que nos énervements sont très modérés dans cette atmosphère, parce que tout cela ne ressemble même pas à de la mauvaise volonté. Juste à un mode de vie.

Mais là non. Nous leur avons dit clairement que nous ne reviendrions pas. Du coup on nous a amené dans le bureau du responsable, toujours aussi charmant. On y a passé un peu de temps, visiblement à méditer. Puis c'est reparti : quelques bureaux, quelques photocopies, quelques signatures, et le tout toujours avec le sourire. Et nous sommes ressortis, quelques heures plus tard, vainqueurs, notre colis de 7 kilos de livres sous le bras ! Alleluia, Vive Allah, Longue vie à Boudha, Are Krishna, Vishnou et tous les dieux hindous.

Puisqu'on n'est plus à ça près, que je vous raconte une autre anecdote dont les enfants rient encore. Pour nous féliciter de notre victoire sur la poste, nous nous sommes offert un Macdo (« ça pique » comme dit Gaspard et c'est vrai), puis une ballade dans Main Bazar Street. Nous avions repéré les coordonnées d'un agent de voyage français que nous voulions rencontrer pour parler de notre future traversée vers la Malaisie. Bien sûr on a commencé à nous pipoter, nous conduisant à une adresse fermée (comme par hasard...) et nous proposant une autre adresse (comme le hasard fait bien les choses !). Pas totalement débiles, nous avons appelé notre agent en question, qui nous a dit qu'il nous envoyait un employé. Nous sommes restés plantés un petit moment dans une rue, devant un cinéma, dans un quartier touristique. Et là, on nous a proposé plein de tours en rickshaw, plein de visites de la ville, plein d'agences de voyage ou de magasins, bref, l'overdose de propositions et de questions. Un très jeune homme se présente à son tour, commence un speech en anglais et le Jedi et moi nous lançons dans un grand numéro (et en anglais s'il vous plaît) : nous lui coupons la parole et lui demandons « Que pouvons-nous pour vous ? Vous avez besoin de quelque chose ? D'où venez-vous ? Voulez-vous visiter la ville ? Montez donc dans notre rickshaw - lui indiquant notre poussette - mon mari est le meilleur guide de Dehli; Vous voulez du shit ? Vous voulez des tissus indiens ? Vous voulez du thé ? Vous voulez que nos enfants dansent ? Dansez les enfants ! Vous voulez notre carte de visite? C'est votre première fois en Inde ?.. » quand enfin le pauvre jeune-homme - vive la placidité indienne - réussit à l'ouvrir, nous comprenons que c'est l'émissaire de notre agent de voyage...

Les enfants en rigolent encore, mais lui sans doute davantage. Je crois que les Toqués sont démasqués !

En tous cas, malgré notre popularité et notre manque de patience, nous nous sentons bien pour le moment dans ce pays. L'arrivée progressive, par la terre, en Toqcar et poussette, nous a sans doute évité le choc dont parlent beaucoup de ceux qui descendent de l'avion.

Pourvu que ça dure.

Bon hiver à tous ! (c'est mesquin mais c'est bon...)

lundi 19 novembre 2007

De patientia




Certains d'entre vous s'en doutent, d'autres le savent, un tour du monde, c'est un très grand casse-tête administratif. Et là ceux qui me connaissent un peu sourient déjà. Nous allions, dans notre équipe de Toqués, quelques qualités nécessaires pour venir à bout de cette épreuve : l'anticipation, le sens de l'humour, l'organisation, l'efficacité, le sens de l'humour, l'optimisme, le goût de la lecture et le sens de l'humour. Une seule d'entre nous toutefois possède la qualité primordiale : la patience. Et ce n'est pas moi.
Nous avons préféré partir avec un maximum de visas, pour éviter ce que nous préssentions comme des complications possibles. Le premier visa nécessaire était l'iranien. Or pour avoir l'iranien on nous demandait le pakistanais. Et pour obtenir le pakistanais, on nous réclamait l'indien. La plus dégourdite de la bande (et ce n'est pas ma fille) s'en est chargée avant le départ.
Nous avons été bien inspirés vu que visiblement les voyageurs que nous croisons ont, en ce moment, bien du mal à obtenir leur visa pour le Pakistan ou l'Inde en Iran. Nous aurions été un peu coincés. Donc pas de regrets.
Mais voilà.
La plupart des visas sont valables un certain temps, pendant lequel on peut entrer dans le pays. Puis, à partir de cette date d'entrée, ils sont valables pour une durée variable en général de 1 à 6 mois. (il est fou d'ailleurs de constater les différences de formalités administratives, de durées de visas et de traitement général des voyageurs en fonction de leur nationalité) Cette règle est valable pour tous les visas... sauf pour l'indien. Valable 6 mois, dès la date d'émission. Nous y voilà. Le nôtre expire donc le 19 décembre, et nous ne l'avons compris qu'en Turquie, même si nous avions un petit doute.
Nous demandons donc une extension de ce visa, sachant que les extensions ne sont quasiment jamais accordées, sauf pour raison vraiment grave à justifier très précisément. Nous tentons donc le coup, pesant ce que nous devons demander et comment, n'étant pas trop gourmands nous contentant de demander un petit mois supplémentaire, jouant les nouilles franches, sans attendre la date d'expiration mais dès notre arrivée dans le pays.
Vendredi à Dehli nous nous sommes rendus dans un premier bureau, truc des home affairs. Après avoir fait la queue à l'extérieur, nous avons fait la queue dans une cour, pour attendre dans une salle d'attente afin de remplir un premier registre, pour faire la queue dans un escalier pour attendre dans une salle d'attente qu'on nous donne des formulaires à remplir, photocopies à faire, pour attendre qu'on nous reçoive pour plaider notre cause et remettre nos papiers. Nous avons franchi cette première étape sans trop de dégats, et avons été reconvoqués le même jour à 17h. Nous sommes donc revenus, avons attendus dans la salle d'attente qu'on nous remette une enveloppe cachetée, à porter ce matin dans un autre bâtiment, machin des foreigners affairs. Donc ce matin nous sommes vaillamment repartis, les petits princes et la princesse sous le bras, faire la queue devant un nouveau bâtiment, puis dans une nouvelle salle, afin qu'on nous donne de nouveaux formulaires à remplir et photocopies à faire, pour attendre de nouveau devant un guichet (quand c'est la pause-thé pour les employés, l'attente peut être très longue), puis un troisième guichet. Nous devons revenir mercredi matin.
Nous sommes chanceux, puisqu'il semble que nous réussissons avec succès à franchir les premiers barrages (faut dire que ça devient un peu notre spécialité), et à chaque fois en moins de 4h.
Mais pour le moment, rien n'est joué.
Si nous en sortons bredouilles, notre itinéraire indien en aura encore été amoindri (sans parler du fait qu'il nous faut aussi trouver dare-dare une liaison maritime pour partir d'Inde) mais nous aurons appris la patience au pays de la non-violence.
Et puis nous sommes bien sur notre parking : nous logeons à deux pas de la dernière demeure de l'idole d'Ulysse ex-aequo avec Léonard de Vinci : Gandhi, nous avons l'eau-chaude au coin de la rue, offerte par le Claridge (j'adore ces miracles indiens), un peu trop d'ombre pour nos panneaux solaires, et des voisins chauffeurs et gardiens de cars très sympas. Il est très facile de se déplacer en ville et de faire les courses grâce aux nombreux rickshaws, sans parler du fait que nous adorons ce moyen de transport qu'on exporterait volontiers. Et puis camper en Inde est vraiment agréable en fait, car ici, il est naturel de vivre dans la rue, donc hormis notre véhicule et notre teint peu communs, nous n'étonnons personne.

Donc d'ici mercredi, nous comptons sur vos prières, vos grigris, vos invocations, vos voeux, vos ondes en tous genres afin que nous obtenions enfin ce fichu tampon sur nos fichus visas et nous vous le rendrons au centuple lors des nombreuses visites de temples que nous pourrons nous offrir si vous avez été productifs.

samedi 17 novembre 2007

Dehli de Toqués


Nous avons finalement quitté notre coin de paradis qui nous a permis une bonne première approche de l'Inde. En douceur.

Au fait, saviez-vous que tous les Sikhs ont le même nom de famille : Singh ? Une histoire de fou, je dirais même plus une folle histoire, qui fait assez rire les enfants et doit compliquer pas mal de tâches administratives. D'où sans doute la recherche de prénoms originaux, y compris celui de Christophe... Maintenant j'y pense, Ulysse avait d'abord proposé à ces gens (voir deux posts avant pour ceux qui n'ont pas suivi) de donner à leur fils le prénom de son meilleur ami : Léo. Ils l'ont trouvé trop court et heureusement puisque Singh signifie Lion.

Notre Christophe s'est bien adapté à la conduite indienne, très bien même. Le problème c'est la diversité des véhicules, encore plus grande qu'au Pakistan. Il faut également savoir qu'en Inde, il n'y a plus du tout de rétroviseurs aux véhicules, et pour cause : ils seraient broyés vu que la distance visiblement normale entre les véhicules est nulle. Enfin, si au Pakistan le maniement du clignotant était inversé: permettant visiblement de montrer la place qu'on va laisser libre (donc clignotant à gauche pour passer à droite), ici il n'y a plus non plus de clignotant : on klaxonne klaxonne et klaxonne. C'est d'ailleurs indiqué à l'arrière de tous les camions : "please blow horn or use the dippers at night". Et comme toujours depuis l'Iran, l'arrêt au feu rouge semble optionnel. Pourtant ici on trouve au milieu des carrefours des policiers, avec casque colonial et tout, sur un piédestal, et des fois, quand même pour leur faire plaisir et parce qu'on est polis, on respecte leurs indications. Mais on est bien les seuls.

En Inde tout est possible sur la route et en tout. Il en va de même des indiens. Par exemple au péage des "autoroutes", un coup on essaie de nous arnaquer en nous demandant un prix qui n'est pas affiché, ce que nous savons très bien refuser maintenant, le coup d'après on nous fait passer gratuitement.

Mais bon, dans l'ensemble, même si nous sommes assez durs en affaires, nous savons que nous en sommes une, d'affaire, et qu'en général nous payons tout au moins deux fois le prix normal. Au moins. C'est de bonne guerre tant que ce n'est pas abusif. Je commence à devenir forte au jeu du marchandage, et surtout nous commençons à avoir quelques repères au niveau des prix, nous savons donc ce que nous pouvons accepter ou pas. C'est tout de même pas facile, parce que forcément, ce qui nous frappe en premier en arrivant en Inde, c'est la pauvreté. Cette misère extrême qui est partout. Et pour nous le plus troublant ce ne sont pas les bidonvilles ou équivalents, non, c'est le fait que les plus nantis cotoient les plus démunis, naturellement. Forcément la religion hindoue et tout le système indien sont basés sur une hiérarchie sociale très stricte et totalement acceptée mais pour nous c'est une claque de chaque instant. Même si nous aussi, nous sommes obligés d'accepter cette pauvreté et de vivre, dans notre luxe, à côté. D'ailleurs, nos enfants ne sont pas choqués. Il y a juste qu'Ulysse n'aime pas, mais nous non plus, les mendiants qui exhibent leurs handicaps parfois abominhorriblaffreux.

Sinon l'Inde c'est comme dans les livres. Plein de couleurs, d'odeurs, pas toujours délicieuses mais souvent intéressantes, de sourires, d'animaux, on a croisé notre premier éléphant sur la route, notre premier singe en ville, je ne parle même pas des écureuils qui courent partout, des oiseaux qui nous cassent les oreilles, des chiens galeux et de tous ceux qui partagent les poubelles avec eux.

C'est assez agréable aussi de se retrouver dans un pays anglophone, même si j'ai beaucoup de mal à comprendre l'accent indien, car les indiens parlent à toute vitesse une sorte d'anglais phonétique. Heureusement mon Jedi les comprend mieux que moi ( je devrais me rattraper aux USA, les séries intellectuelles télévisées m'ayant appris l'accent des cow-boys). Nous avons aussi quelques beaux fou-rires durant ce voyage parce que tous les gestes, toutes les mimiques, les expressions sont différentes à l'étranger. Ainsi, le oui se fait d'une petite bascule de la tête sur le côté, non se fait souvent d'une espèce de oui, en gros très souvent donc on ne sait pas si la réponse est oui ou non, mais le mieux c'est encore pour les indications de route, les gestes de la main ne semblent pas du tout indiquer la même direction que chez nous, les indiens semblent toujours indiquer une espèce de diagonale inexistante et puis il y a cet espèce de geste de salut depuis l'Iran, un peu comme celui de la reine d'angleterre ou du pape, en plus vif, qui pourrait, chez nous, signifier "je m'en tape", et qui ici a mille significations, presque toutes obscures encore à nos yeux...

A Dehli, nous sommes bien installés, devant l'entrée du restau du Claridge, quartier des ambassades, très calme, même si nous sommes en bord de route et si le resto en question aime beaucoup la salsa. Xtophe a des tonnes d'amis autour, le marchand de lait est en face, celui d'eau minérale passe tous les jours, nous profitons du centre culturel de l'ambassade de France qui est à deux pas pour nous connecter à moindre frais, bouquiner pour les enfants, et rencontrer des étudiants indiens aussi ravis d'échanger avec nous que nous avec eux. Nous avons quelques formalités administratives en cours et visitons la ville, en rickshaw et à pieds. D'ailleurs, on nous prend pour des fous à tant marcher.

Il faut savoir que de toute manière, lorsqu'on voyage, on est toujours le toqué de quelqu'un d'autre.

lundi 12 novembre 2007

Au pays des fous les Toqués sont rois !


Devinez ce que nos enfants, amis des animaux, ont vu avec émerveillement tout à l'heure dans la rue ?...

... une licorne !!!


Ils étaient si heureux. C'était la première de leur vie.

Certes elle se dispute les tas d'ordures avec les cochons, chèvres, écureuils et autres, mais on sait tous que l'or naît souvent de la boue, surtout chez nous.


Bêtement plus terre à terre, bien que sans fil et magique pour moi, sachez que pour nos quelques mois indiens, nous avons un numéro de téléphone auquel vous pouvez nous joindre, sans que ça ne nous coûte rien (et ce qui vous coûtera sans doute à vous le prix d'une licorne). Pour les sms, continuez sur celui de Xtophe, c'est toujours aussi peu cher pour tous.

Avant de sauter sur votre appareil, n'oubliez pas, d'abord de vous renseigner sur le cours de la licorne, puis de faire un bref calcul : nous avons 4h30 d'avance sur vous et si nous ne parvenons toujours pas à nous lever tôt le matin malgré toutes nos résolutions, nous nous couchons avec les licornes. (Il faut dire qu'en plus de notre épopée pakistanaise qui nous a volé quelques heures de sommeil, Diwali, ici, c'est le bouquet final du 15 août, toute la nuit, pendant trois nuits. Sans parler des processions religieuses très chantantes, dansantes et musicales, de 5h à 7h tous les matins. De quoi regretter le temps des muezzins...)


+91 98 78 76 86 45


Nous continuons à prendre nos marques en Inde, profitant de cette pause Pendjabique ou -ienne pour effectuer quelques démarches : assurance, remplissage de bouteille de gaz, descente du sac de linge sale, recherche du bateau pour notre traversée entre l'Inde et la Malaisie et autres réjouissances. Nous travaillons aussi sur notre itinéraire indien ce qui est compliqué car dans notre nouvel espace-temps féérique, 2 mois pour visiter ce pays immense, c'est très très peu et il nous faut faire des choix.

Je vous jure, la vie est dure parfois au pays des merveilles toquées...

samedi 10 novembre 2007

Les Toqués et le Temple d'Or


On connaissait les Cités d'Or, le Temple du Soleil, ce matin nous nous sommes extasiés face au Temple d'Or, lieu de culte des Sikhs, incroyable ville sainte dans la ville.

Les indiens, eux, se sont extasiés face à nous et nos enfants qu'ils trouvent incroyablement beaux. Ils sont bien ces gens...


C'est ici que nous avons eu une pensée particulière pour notre voyageur qu'était Oncle Jacques, et pour toute la famille. Nous sommes loin, c'est un peu dur aujourd'hui, mais nous pensons fort à vous.

vendredi 9 novembre 2007

Les Toqués s'exportent


Enfin, surtout Christophe le Toq.


Hier, c'est d'une supérette, non loin de la propriété dans laquelle nous campons, que j'ai pu enfin me connecter à internet. Avant de réaliser aujourd'hui que c'est possible dans notre hôtel-camping, mais nous ne sommes plus habitués à la simplicité.

Donc pendant que je tentais d'envoyer mes tartines à Nathalie tout en conversant avec le charmant directeur du magasin, le Jedi, toujour d'attaque, surveillait les enfants et nos courses sur le trottoir devant la vitrine. Au bout d'un moment je le vois très occupé, tout un attroupement s'était formé autour de lui, et ne semblait plus s'intéresser à nos enfants mais à mon époux. Une fois n'est pas coutume.

En fait, il y avait depuis un moment, une femme, très très jolie, qui s'était assise à côté d'eux devant ce magasin, pour allaiter son bébé. Le père de l'enfant est venu voir Xtophe en lui disant : "Mon bébé a trois mois, il lui faut un prénom, je voudrais que ce soit vous qui le choisissiez." Mon pauvre mari un peu héberlué, et peu habitué à choisir un prénom d'enfant sans moi, lui propose alors celui de notre fils aîné. Mais l'homme le trouve un peu féminin (le prénom et le fils avec ses cheveux longs je pense). Il insiste alors auprès de mon tendre époux qu'il devait trouver, pour le coup, très à son goût : "nonon je veux lui donner votre prénom". Christophe lui a donc écrit son prénom sur un papier, le leur a bien prononcé, et ce couple indien, d'Amristar est reparti, à la veille de Diwali, avec leur petit Christophe dans les bras.


Alors tonton Cristobal, ça te fait pas rêver ça aussi ?

Chapitre 7 - The Rolling Toqs stones

Nos amis anglais doivent aller à Islamabad pour prendre leurs visas indiens. Nous voulons passer la frontière avant sa fermeture à 15h30. Nous expliquons la situation à chaque nouvelle escorte pour éviter le gag ultime. A Lahore, nos routes se séparent, Ulysse pleure, nous nous donnons rendez-vous en Inde.

Malgré l'efficacité rare de cette escorte qui nous fait traverser cette ville qui semble magnifique en un rien de temps, nous parvenons un petit quart d'heure trop tard à la frontière. Toutefois, un douanier nous dit que nous pouvons passer la nuit là, devant le beau jardin de la caserne, et aller assister à la fameuse fermeture de la frontière. Nous comprenons alors que la foule que nous voyons se presser vers la frontière, vient assister au spectacle. Des centaines de pakistanais, beaucoup de lycéens, qui se séparent ensuite hommes d'un côté, femmes de l'autre, sur d'immense gradins face à la grille et à l'Inde. Côté indien, la même chose, face à nous. Et nous nous retrouvons au beau milieu, aux premières loges, sur de petites tribunes réservées aux VIP et étrangers... très discret. Des hauts-parleurs diffusent à grand renfort de décibels des musiques disco-anglo-pakistanaises archi entraînantes, des chauffeurs de salle brandissent des drapeaux pakistanais et font hurler à la foule des slogans nationalistes.

Foi de Toqué... nous n'avions jamais vu ça. Un show immense et ridicule. A peine descendus de notre Toqcar, à la fin d'une semaine harrassante au cours de laquelle les militaires, la police, dans un pays en état d'urgence et en pleine crise politique majeure, ne nous avaient pas lâché d'une tong, les voir défiler et se produire ainsi était extraordinaire. Les militaires des deux pays viennent baisser le drapeau, se toisant, claquant des pieds, dans un spectacle qui ferait passer la relève de la garde anglaise pour une chorégraphie village-people.

A la fin de ce grand moment surréaliste, ce sont nos enfants, et surtout Gaspard qui ont eu leur moment de gloire auprès des jeunes pakistanais et surtout pakistanaises. Gaspard a terminé dans nos bras, hurlant "non!" à ces jeunes-filles si belles qui lui souriaient, et se tenant les joues. Car là-bas comme en Inde, on pince les joues des enfants, pour leur souhaiter longue vie. Je peux vous dire que les nôtres ont peu de chances de pouvoir se réincarner à ce rythme effréné de pincements...

La nuit a été très paisible et nous étions largement, et pour une fois très calmement prêts pour passer la frontière quasiment les premiers le lendemain matin. Quasiment seuls, nous avons pu remplir les formalités sans aucune inquiétude, Gaspard serrant la main, comme un pro, de tous ceux qu'il rencontre, et nous, commençant à être aguerris dans l'art pas toujours simple de franchir une ligne.

Nous ne garderons pas un mauvais souvenir du Pakistan, au contraire, nous en avons de franchement bons et drôles, mais nous n'aurons pas eu le temps de connaître ce pays. Nous espérons que la situation politique va s'arranger, que des élections sérieuses vont pouvoir se dérouler, car beaucoup de pakistanais, y compris les militaires mettent tout leur espoir dans cet espoir de démocratie.

Toutefois il fallait bien quelques passages toqués dans notre Odyssée trop sage.
Nous nous reposons à Amristar, où nous sommes arrivés juste pour la plus grande fête hindoue : Diwali.
Aux dernières nouvelles et malgré notre arrivée, l'Inde n'a pas encore déclaré l'état d'urgence.

Chapitre 6 - The Rolling Toqs et les escort-boys

Le 5 novembre au matin, alors que nous redéménageons nos affaires de notre somptueuse chambre vers notre cher Toqcar, tout en préparant rapidement petit déj et tout pour la route, nos militaires arrivent, comme convenu. Il nous faut quand même retirer de l'argent, nous n'avons même pas une roupie pakistanaise, trouver du gazoil, du pain, du lait, de l'eau et de quoi manger pour les quelques jours à venir. Penny prépare une liste de courses pour leur expliquer ce que nous voulons : "pain, lait, eau, viande, riz, tomates, bananes, quality-street..." Nos pauvres escort-boys n'y comprennent rien, dieu merci. Xtophe part dans la voiture du chef, toutes sirènes hurlantes, pour le distributeur automatique. Penny part, accompagnée de 4 gaillards, faire les courses pour nous 7 (+ les chiens). S'il n'y avait un peu de tension dans l'air, la situation deviendraient presque confortable pour moi qui n'ai plus qu'à attendre livraison tandis que les enfants jouent sous la surveillance d'un garde armé...

Forcément, tout va beaucoup plus vite dans ces conditions, d'autant que les militaires sont visiblement pressés de nous faire quitter la ville, et nous nous retrouvons en un rien de temps, de nouveau sur la route. Les passages de relais entre nos escort-boys pakistanais se font alors très rapidement, la voiture qui nous précède se rabat sur la gauche, l'équipe nous fait signe de la main, nous la dépassons pour nous retrouver derrière une nouvelle équipe.

Assez étrange tout de même de voyager ainsi, parce que nous avons face à nous des militaires armés, assis à l'arrière du pick-up (nath, ortho ?) et qui ne nous lâchent pas des yeux... sauf quand il s'agit d'une moto. Et là... nous allons beaucoup plus lentement. Au point que de nouveau nous perdons patience et que Xtophe est très souvent sur le point d'aggraver la situation politique du pays en commettant quelques actes de rebellion. D'ailleurs nous semons quelques unes de nos escortes. La première fois, totalement involontairement : ils se sont mis derrière nous avec leur pétrolette et nous avons tracé. Pour réaliser dans une certaine hilarité que nous les avions perdus en route. D'autres fois beaucoup plus volontairement, parce que s'il est fort pour certains coups politiques, leur président ne leur offre pas de véhicules très efficaces (mais toutes ces vieilles bagnoles sont décorées de gommettes, c'est plus fort qu'eux et Rachel et moi on adore ça). Mais à chaque fois nous étions de nouveau accrochés par l'escorte suivante.

Heureusement les paysages étaient magnifiques. Entre les canyons, le désert, les villages, les animaux, les gens, nous en prenions plein les yeux. Heureusement aussi les enfants étaient adorables, nous les avions achetés à grand renfort d'autorisations honteuses de game-boy et de dessins animés. J'ai pris l'habitude de faire rapidement, lors des passages de relais un peu longs, quelques trucs à manger, du café pour nous, pas toujours simple, d'abord parce qu'il y a toujours une foule innombrable de badauds qui se plantent devant nous et nous regardent fixement (et ils suivent de près tous nos faits et gestes, voir Xtophe aller vider nos toilettes, avec derrière lui 15 mecs qui n'en perdent pas une crotte est un régal...) et parce que lorsque l'escorte est prête, on repart sans crier gare.

Nous pensions arriver à Sukkure, mais la nuit nous oblige à nous arrêter à Jakobabad, ville pétro-chimique poussiéreuse et malodorante. Dans les petites rues, nous nous faisons heurter par une moto, qui abîme notre pare-chocs. Nous nous garons devant la caserne des policiers, et sommes vite envahis par les enfants du village, fans de Gaspard. La scène de remplissage du registre est mémorable, nous sommes épuisés, le préposé ne comprend rien, il transcrit phonétiquement nos noms en urdu, je suis tentée de lui dicter n'importe quoi mais reste raisonnable. Nous nous offrons un bon dîner dans le Toqcar et dormons rapidement et malgré les moustiques et le bruit de la caserne et de nos gardes, installés sur des chaises juste devant nos véhicules.

L'avantage au Pakistan, c'est que les muezzins s'en donnent à coeur joie et qu'il n'est donc pas difficile de sortir du lit à l'aube. Nous repartons en trombe à peine notre café avalé et nos game-boys rechargées.

Le 6 au soir, nous voulons dormir à Multan. Nous n'y serons pas. Nous le comprenons assez vite lorsque nous voyons certains militaires pousser leur véhicule pour le faire démarrer (et comme en plus les militaires semblent être les mieux nourris des pakistanais, la scène est caucasse), ou passant à la station-service pour éviter la panne. Et puis les routes pakistanaises ne sont pas toujours toujours faciles, même pour des rolling-Toqs avertis. Nous avions repéré un motel à la description sympa un peu avant sur la route, nous nous arrêtons à ce moment-là pour demander à nos escorts-boys de nous y conduire. Ils ne comprennent visiblement rien à rien, et quand le chef de cette patrouille de choc prend notre Lonely-planet et se colle les yeux sur la page pour y lire l'adresse, visiblement quasiment aveugle, le fou-rire n'est pas loin. Il se décide finalement à arrêter des voitures sur l'autoroute pour trouver quelqu'un qui parle anglais et nous pouvons ainsi être conduits à un motel de rêve. Un endroit calme et verdoyant où les enfants et les chiens vont pouvoir courir dans tous les sens (je pense qu'on en parle encore dans le coin), où nous allons profiter de la salle de bain de nos anglais, heureux de pouvoir dormir dans une chambre (sinon ils dorment dans leur 4x4). Xtophe aperçoit un journal, en première page des images d'affrontements sanglants à Lahore, difficile d'en savoir plus. Des hommes armés sont encore postés devant notre Toqcar toute la nuit, et cette présence commence à nous peser sérieusement. Au cours de la nuit, lorsque nous sommes réveillés par des bruits de tirs, des cris, des sirènes, des klaxons, nous décidons de faire tout notre possible pour passer la frontière indienne le lendemain. Les nuits sanglantes portent conseil...