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mercredi 31 octobre 2007

Happy Halloween!

C'est ce qu'on appelle de l'humour noir, mais je n'ai pas résisté.
Il faut dire que c'est parfois franchement flippant...

PS : Joyeux anniversaire Salominette grande sorcière !

mardi 30 octobre 2007

Quand les Toqués s'acoquinent

Demain, nous partons pour le Sud de l'Iran, ce fameux Balouchistan, et le Pakistan.
Et nous ne partons pas seuls.

Dans notre folle équipe il y aura :

-1 bus aménagé
-1 énorme camping-car-poids lourd
- 1 4x4
- 1 Toqcar
- 2 anglais retraités
- 1 suisse-voyageur
- 3 allemands dont 2 profs d'anglais et une restauratrice de Goa
- 3 dalmatiens
- 1 énorme chien gentil qui fait peur quand même
- 5 Toqués dont 3 singes

Il se peut que parfois quelques militaires se joignent à nous pour compléter cette liste.

Gros avantage pour nous dans cette affaire, hormis les chiens qui font peur à tout le monde et la compagnie qui est très sympathique (et qui possède certains nectars proscrits) : Marco le proprio du bus fait ce trajet tous les ans depuis une bonne décennie, donc nous n'avons plus qu'à suivre le guide qui connaît toutes les routes, tous les endroits où dormir, tous les bons et mauvais plans que nous n'aurons ni à chercher ni à redouter.
Nous partons demain à l'aube, rendez-vous est pris aux Tours du Silence, où nous irons peut-être dormir dès ce soir afin de leur apprendre le bruit. Nous passerons sans doute une nuit à Kerman, une nuit du côté de Bam, une nuit à Zahedan ou à la frontière, pour entrer au Pakistan le 3 novembre. Nous devrions traverser le Pakistan en une semaine environ, parce qu'au vu de l'actualité, même si nous sommes certains qu'il n'y a pas de risques pour nous, nous allons ménager les nerfs des grands-parents et ne pas visiter ce pays qui pourtant, paraît-il, vaut vraiment le détour.

Sinon en vrac : les rencontres internationales continuent, nous recevons souvent dans le Toqcqr et c'est une joie du voyage que nous n'avions pas imaginée. Gaspard le Toqué n'en démord pas : depuis notre escapade dans les airs en Cappadoce, il refuse de croire que les toits des mosquées sont autre chose que des ballons, et c'est le même plaisir de découvrir chaque matin en ouvrant notre porte que le ballon bleu ne s'est pas envolé durant la nuit. Rachel compte sur ses doigts comme les iraniens, en commençant par l'auriculaire, et Ulysse a eu droit à une nouvelle coupe de cheveux par une bientôt célèbre coiffeuse iranienne, notre héros est décidément très courageux...

Nous n'aurons sans doute pas beaucoup de connexions dans les jours qui viennent, soyez courageux et patients vous aussi, nous vous promettons des kilomètres de prose de Toquée et des photos par milliers à l'arrivée si vous avez été sages. Chacun sa traversée du désert...

dimanche 28 octobre 2007

Les Toqués parlent aux Français

Que tous ceux qui souhaitent nous écrire des lettres préhistoriques ou nous envoyer du champagne du foie gras du camembert un lave-linge une baby-sitter ou des chaussettes propres tentent le coup à l'adresse suivante où nous pourrons nous rendre dans 3 semaines :

LE TOQUIN CHRISTOPHE ou THERESE
POSTE RESTANTE
NEW DELHI 110 001
INDE

N'oubliez pas non plus de prier un peu pour assurer le coup...
Mais rien n'est garanti (concernant la poste parce que je prefere penser que la priere l'est ou alors nous sommes reveilles toutes les nuits pour rien...)

Les 3 nouveaux albums sont consultables ICI. Merci mille fois a notre webmastrice preferee

samedi 27 octobre 2007

L'Odyssée aux portes du désert


Comme nos repères spatio-temporels ne sont plus très sûrs (à ce propos nos cartes postales de Turquie ne sont toujours pas parties...), nous avons réalisé que l'oasis pleine de chameaux dans laquelle nous voulions amener les enfants pour l'anniversaire de Rachel, nous obligeait juste à faire dix heures de voiture de plus. Dans la mesure où nous allons probablement beaucoup rouler pour traverser le Sud de l'Iran et le Pakistan, nous avons renoncé. Mais qui connaît notre Rachel reine de l'optimisme, sait que ça n'a pas entamé une seconde la joie de ses 6 ans. Il faut dire qu'elle avait été gâtée dès la veille par notre marchand de tapis-ange gardien, qui lui a offert un joli plumier décoré dont elle raffole. Et nous nous avons eu droit à un exposé très intéressant sur les tapis, nous sommes incollables. Ulysse n'avait pas résisté face aux décorations iraniennes pour cheveux kitschissimes et somptueuses à ses yeux, et en avait choisi une jolie rose-bonbon en plumes, papillon et brillants. Il ne s'y est pas trompé, elle aussi l'adore. Elle avait également choisi elle-même une petite dînette et une boîte à maquillage qui ravissent par la même occasion Gaspard.
Nous avons tout de même quitté notre mosquée d'Ispahan pour nous rendre à Yazd. Mais en ville nous avions rencontré un jeune, Mohammad, qui nous avait demandé de nous arrêter chez lui en route, à une centaine de kilomètres de là, pour nous prendre en photo. Il est en train de rénover une maison avec des amis pour pouvoir y loger des touristes et voulait nous le montrer. Armés d'un bout de papier sur lequel il avait écrit quelques mots en farsi, nous avons pu nous faire guider jusqu'à lui par des policiers qui traînaient à l'entrée du petit village, au milieu du désert. Arrivés chez lui, c'est toute la famille qui nous a accueillis : le frère instituteur, la belle-soeur qui fait des tapis somptueux sur lesquels elle travaille deux ans, leurs deux enfants, le père et la mère et la petite soeur lycéenne. Et nous nous sommes retrouvés en chaussettes (autre souci pour les toqués en Toq'car: en Iran, y'a intérêt à avoir des chaussettes propres, conseil aux voyageurs, optez pour des chaussettes marrons) sur les tapis moelleux à boire des litres de thé, puis à manger le traditionnel riz avec le pain et le yaourt, tandis que les enfants jouaient avec les poules ou les animaux pour Gaspard, l'ordinateur pour les garçons, dessinaient pour les filles.
Vraiment passionnant pour nous de partager un moment de la vie de ces gens, de voir la simplicité de la vie de cette famille dans cette maison de trois pièces, installées autour de la cour traditionnelle, dans cette maison de terre, le métier à tisser immense trônant dans le salon, les matelas et affaires pour la nuit rangées dans un coin de la troisième pièce, la maîtresse de maison qui nous sert mais mange dans la cuisine et tous qui rient autant de nos bizarreries que nous nous extasions des leurs... J'ai visité la maison que Mohammad restaure, superbe ! La porte traditionnelle, avec les deux loquets un pour les hommes, l'autre pour les femmes, la tour de ventilation qui est une spécialité du coin, nous n'avons rien inventé avec la clim, la grande cour pour les chameaux et les caravanes, l'autre avec ses arbres à grenades, à pistaches et à petits fruits délicieux dont j'oublie toujours le nom et que je ne connaissais pas (non je ne me ridiculiserai pas en me plantant dans le nom des arbres fruitiers), les pièces aux plafonds décorés, il a vraiment un lieu parfait pour recevoir des voyageurs et je lui ai donné quelques idées supplémentaires et conseils de voyageuse occidentale. Malgré son insistance et celle de la famille pour que nous restions, après une séance photos, nous sommes repartis pour Yazd avant la nuit (qui tombe à 17h30, le prochain décalage horaire sera de nouveau le bienvenu) très heureux de cette journée.
La vieille ville de Yazd est, d'après l'Unesco, une des plus anciennes villes sur terre, et toujours habitée qui plus est. Nous y sommes installés, comme à notre habitude, au pied de belles mosquées toute de bleu décorées (tout est si coloré et lumineux et les femmes sont si sombres comme le fait remarquer Ulysse), sur le parking du fameux (pour les routards) Silk Road Hotel. Et je peux vous dire qu'on s'y croit sur la route de la soie...
Nous restons quelques jours, les rencontres que nous faisons ici sont surtout internationales mais toujours passionnantes et nous permettent d'envisager très sereinement la suite du voyage, les enfants ont un beau terrain de jeux devant la maison où ils construisent des cités merveilleuses, nous allons profiter de cette ville, nous reposer, faire un peu d'école de maintenance et d'intendance en attendant le reste de notre caravane à nous.
Nous renonçons à Shiraz et Persépolis. Même les Toqués doivent parfois être raisonnables et s'offrir quelques escales au cours de l'odyssée.
Tant pis... nous reviendrons !

PS : sur la photo Rachel et moi nous offrant un thé en compagnie de notre amie anglaise Penny et d'un de ses chiens, sur les toits de Yazd, avant d'aller nous doucher dans sa chambre d'hôtel, la belle vie quoi !

jeudi 25 octobre 2007

En aparté : revue technique

Après deux mois et demi de voyage, je prends la parole, non pour imiter la prose de ma femme mais pour vous livrer quelques données techniques qui n'intéressent souvent que les hommes.

Je joins à ce post un petit tableau récapitulatif des kilomètres, moyennes horaire, prix du gasoil, par pays et au total.

(Vous trouverez le tableau dans la rubrique "Bons et mauvais plans des Toqués", à gauche)

Pour ce qui est de la conduite, depuis l'Italie, où les conducteurs ne méritent pas leur réputation, nous allons crescendo vers le grand n'importe quoi.

* vitesse des croates, plus un PV pour moi car phares éteints

* pas de routes en Albanie mais des nids d'autruches et des chemins caillouteux ; et la plus grande collection de Mercedes du monde

* vitesse des Grecs et dépassement aléatoires (4 de front sur une départementale) et ils roulent toujours à cheval sur les lignes continues ou pointillées

* puis la Turquie ! Alors là : chapeau, feu rouges ignorés, klaxons permanents... il faut se frayer un chemin à chaque carrefour

* et maintenant l'Iran : et bien la conduite est assez simple, en fait la règle c'est qu'il n'y a pas de règle, vous pouvez absolument tout faire et surtout ce qui vous paraît interdit. Par exemple rouler à contre-sens sur l'autoroute, faire demi-tour aussi, bien sûr, bousculer les piétons avec votre pare-chocs, rouler sur les trottoirs bondés de monde avec un deux roues ou une voiture ou même un camion. Bref c'est le plus culotté (comme disait Madeleine) qui gagne.

Pour le Toqcar, on peux dire qu'il a vieilli en 75 jours :

* les portes du camion (passager et conducteur) se sont desserrées en Albanie

* les serrureries des placards se sont toutes bloquées tour à tour

* la poignée de porte de la salle de bains est tombée plusieurs fois

* le support du PQ est arraché

* le pare-chocs arrière est fendu suite au petit accident en Grèce (2 amoureux ont desserré le frein à mains de leur Mitsubichi durant leurs ébats à 2 heures du mat et sont venus s'encastrer sous les vélos)

* le deuxième réservoir d'eau a changé 2 fois de place depuis le départ (oui, 230 litres c'est mieux que 100 car ma femme et les enfants consomment pas mal)

* la vanne des eaux usées fuit un peu ( goutte à goutte)

* les pneus avant sont très usés

* le filtre à air est à nettoyer ou à changer

Pourtant, il est absolument clair que malgré ces petits détails, le Toq car est l'outil qu'il nous fallait, la vie à bord nous semble naturelle et il tient le coût malgré le traitement qu'on lui fait subir. Car nous somme passés 6 fois à plus de 2 200 mètres d'altitude, dont une à plus de 2700 mètres, avons franchi des dénivelés de plus de 15% et parfois sur des chemins boueux, avons descendu des cols en lacets (c'est là qu'il peine le plus, à cause du poids) et les freins se sont mis à brûler, avons parcouru 10 000 km depuis le départ dont pas loin de 1000 hors route (« route » selon la norme française en considérant les chemins vicinaux français comme de bonnes routes) et plus de 3 000 km au dessus de 1 000 mètres d'altitude.

L'autonomie en eau (230litres en réservoir plus 12 litres en bouteilles) et en électricité (2 panneaux solaires 100 et 110 watts et 3 batterie 90 Ah) est très satisfaisante.

Le volume de la cassette des toilettes est quant à elle limite pour cinq, mais l'on tient une journée complète voire des fois presque deux.

Le gabarit (3,2 m de haut, 2,3m de large et 8m de long 7,4 de véhicule et 60 cm de vélos) n'est pas trop handicapant pour la conduite seulement les marche-arrières ne doivent pas êtes faites dans la précipitation, mais l'on s'habitue à tout et je l'ai maintenant bien en mains.

Par contre nous devons vider les réservoir d'eaux usées, voire un peu d'eau claire avant d'entreprendre les descentes longues et difficiles, car le frein-moteur ne suffit pas et les freins chauffent et s'usent énormément.

Je pense faire une petite révision (vidange, pneus avant et freins) à Dehli mais le comportement global reste très bon.

Pour le reste, je vous livre, en vrac, quelques réflexions partagées ou non par le reste des Toqués :

-Il me parait très injuste de parler de ville pollués en France, puisque toutes les villes rencontrées depuis l'Albanie sont irrespirables

-De même tous les bords de routes sont jonchés de déchets

-Depuis la Grèce, nous sommes dans des régions où l'eau douce et potable fait souvent défaut, pourtant, les habitants gaspillent l'eau en permanence, laissant les robinets ouverts dans les stations services, dans les parcs, dans la rue et même chez eux, les stations de nettoyage sont omniprésentes et toutes les voitures sont propres (mais cabossées)

-En Iran, dans les stations de camion, c'est-à-dire là où l'on trouve du diesel à l'extérieur des villes, le sol est une vraie piscine de gasoil, et pour cause, tout le monde fait déborder le réservoir de plusieurs litres pour être sur qu'il soit plein, ou les pompiste ne coupent simplement pas la pompe entre deux réservoirs ou jerrycans.

Bref, je suis stupéfait que Bruxelles emmerde ses ressortissants pour faire des petits gains environnementaux, au lieu d'aider tous ces pays dont certains font partie de L'Europe (Croatie, Monténégro et Grèce) à améliorer leurs comportements collectifs et individuels pour obtenir de gros gains écologiques, bénéfiques à tous.

Pour notre part, notre empreinte écologique a été divisée par cent au moins entre notre vie de sédentaire et notre vie de nomade, et j'en suis assez fier !

Bisous à tous

Christophe

PS : merci à mes collègues lurkeurs (def : lecteurs qui ne se signalent jamais) de nous suivre, mais n'hésitez pas à nous laisser un petit mot de temps en temps.

mercredi 24 octobre 2007

Ma vie voilee


Pour s'habiller en Iran c'est le casse-tête pour la greluche de base. A priori ça paraît simple : les bras, jambes, la tête doivent être couverts. Sauf qu'en fait, TOUTES les iraniennes, y compris celles qui se permettent quelques libertés au niveau du foulard, qui ne portent pas le tchador (l'immense tente noire) portent un vêtement ample qui cache les fesses, style grande blouse ou manteau. Avec ma jupe, bien que très longue, j'ai donc rapidement compris que j'avais l'air indécent. Cumulant cette jupe portée sans manteau, et mon foulard-Barbie, j'ai eu peur qu'on me prenne pour Loana. Sans parler du fait que je dois me vêtir ainsi tous les jours pendant trois semaines, que mes tee-shirts n'ont jamais les manches assez longues ou le col assez haut.J'ai bien trouvé une solution de repli en portant une nuisette noire sur un jean sous un tee-shirt, sous une veste. L'idée que je me promène en chemise de nuit dans Teheran a fait mourir de rire mon amie Nastaran et je pense que l'histoire a déjà fait le tour de l'université. Mais il a fallu que je trouve une solution durable. Et j'ai fait des folies : je me suis offert un foulard noir (qui fait un peu danseuse selon Ulysse, ce tour du monde brouille un peu ses références je crois...), et un joli manteau léger trois-quart, que pourrai porter ensuite. Et c'est moi qui ai beaucoup ri quand j'ai appris la couleur de mon manteau, que je qualifierais de bleu-roi ou bleu-canard : en Iran, il est "bleu-pétrole". Me voici donc, telle toutes les iraniennes, vêtue d'or noir...
A ce sujet, il est un panneau sympa dans les escalators iraniens : un pictogramme signalant aux femmes de faire attention à ne pas coincer leur tchador dans l'escalier.
Dans les rues iraniennes il est une autre particularité qui complique un peu la circulation des piétons - autre que celle des voitures qui ne s'arrêtent jamais pour laisser passer des piétons, ne s'arrêtent presque jamais aux feux-rouges et roulent comme sur un circuit de rallye, particularité que nous avons appris à affronter en imitant mon amie iranienne : il suffit de traverser la route, calmement, en regardant droit devant soi. De l'extérieur c'est affolant à voir, mais c'est l'unique solution. - Cette particularité se situe au niveau des caniveaux. Justement Nastaran m'a demandé un jour : "Ah bon ? Vous dites caniveaux pour les canaux ?", oui, sauf qu'en Iran, ce sont de réels canaux qui longent les routes. Nous ne les avons vus que très peu pleins, voire vides, mais il paraît qu'ils débordent même sur les routes les jours de pluie. Toujours est-il qu'il faut les enjamber, sauter par dessus ou trouver un petit pont pour pouvoir ensuite se jeter sereinement sous les voitures.
D'ailleurs, en grande partie à cause de cette circulation infernale, qui doit pourtant être moindre en ce moment vu le rationnement en essence (le diesel coule toujours à flot et nous le payons 80cts d'euros les 100 litres), les villes sont très polluées. Mais on trouve aussi dans ces grandes villes des parcs magnifiques, verts, arborés, avec des aires de jeux incroyables, des pelouses sur lesquelles les familles viennent pique-niquer le soir, les jeunes et moins jeunes viennent jouer aux cartes, aux échecs, boire du thé vendu par le marchand ambulant, des parcs qui s'illuminent par des jeux de lumières multicolores le soir, et ce qui est frappant, c'est la différence de température entre ces parcs et la chaleur étouffante de la ville. Mais nous avons un scoop : si ces parcs sont si beaux, c'est qu'ils sont très bien entretenus, et que l'entretient se fait... de nuit ! Le souffleur à feuilles, déjà le dimanche matin chez le voisin on n'aime pas trop, mais toute la nuit, je vous jure que j'ai failli sortir en pyjama (bein oui j'ai plus de chemises de nuit propre) aller étouffer les jardiniers avec mon voile rose-bonbon !
En parlant de voile de nuit et de voitures, imaginez aussi la difficulté à circuler dans une ville la nuit, lorsque toutes les femmes sont drapées de noir. J'envisage de proposer aux mollahs de faire mettre des bandes réfléchissantes sur les tchadors (ou les chemises de nuit si la mode prend).

Pour l'actu fraîche, sachez que nous sommes à Ispahan, qui est somptueuse. La mosquée de l'Imam nous a laissés sans voix. Dommage que nous ne puissions vous faire partager les photos. Nous sommes installés dans le plus bel endroit du monde (en fait juste à gauche sur la photo), idée piquée à une autre famille voyageuse qui la tenait elle-même d'une autre famille voyageuse, juste derrière la mosquée, sous le dôme et les minarets entre de jolies maisons basses dans un lieu non seulement enchanteur mais très silencieux (jusqu'à ce qu'on arrive du moins). Comme dit Rachel : "on dirait un film cet endroit !", et Ulysse "C'est vraiment comme les villages de la Bible" et c'est un peu tout ça. Un voisin nous a rassurés : il a demandé à la police de passer régulièrement la nuit pour veiller sur nous et nous a donné ses coordonnées en cas de problèmes.
Toutefois, demain, après avoir fêté les 6 ans de notre fée-fille au petit-déjeuner, nous partirons car si tout se passe bien, inch allah, nous avons en tête une petite surprise pour elle aussi...

PS : Ulysse notre voyageur-lecteur est maintenant plongé dans les "Petit Nicolas", il n'a donc plus qu'un objectif après le tour du monde : partir en colonie de vacances.
Et il embrasse fort tous ses copains.
PPS : Nous avons des cartes postales écrites depuis Istambul et qui avec un peu de chance partiront avant le Pakistan, ne vous étonnez d'aucun décalage spatio-temporel, dans le monde des Toqués, tout est possible !

samedi 20 octobre 2007

TT la Toquée à Téhéran


A peine arrivés à Tabriz, Gholi, chef d'entreprise de la soixantaine, nous voyant un peu perdus, montait dans notre Toq'car, nous conduisait à Elgoli Park, à 20 bonnes minutes de voiture de l'endroit où il avait garé la sienne, et ne nous quittait que lorsqu'il était sûr et certain que nous étions bien installés pour la nuit. Le lendemain matin, il passait nous prendre pour nous emmener visiter le musée d'Azerbaidjan, puis la mosquée bleue et si nous n'avions dû partir, il souhaitait continuer à nous gâter. Le soir de notre arrivée aussi, c'est Sammad, étudiant en droit, qui nous invitait à boire un thé et à discuter. A l'office de tourisme de Tabriz, on est reçu comme à la maison par et son frère qui nous accompagnent dans toutes nos démarches, y compris jusqu'au restaurant du bazar où on se régale pour une somme modique.

Sur l'autoroute, on nous laisse parfois passer les péages gratuitement, puisque nous sommes étrangers. Dans les stations-service (si l'essence est rationnée et coûte cher en ce moment, le diesel ne l'est pas, mais nous devons aller dans les stations pour camions), on nous fait passer devant les camions.

A Teheran, où nous sommes entrés courageusement de nuit (il faut tout de même vous imaginer que la capitale iranienne est 4 fois plus grande que Paris intra-muros et que les iraniens se transforment en fous-dangereux dès qu'ils montent dans leurs voitures et que la nuit, on ne respecte plus les feux) nous avons atterri devant le parc e-Shar, en plein centre. Devant un bâtiment officiel nous avons demandé à un garde où nous pouvions nous installer. Immédiatement il nous a dit (le tout en farsi-anglo-français-mimes) de nous garer devant lui, qu'il veillerait sur nous. A notre retour du parc (les enfants avaient bien gagné leur promenade, le pilote et la copilote aussi), il nous apportait 3 belles boîtes pleines de riz et Kebab, joliment présenté et délicieusement cuisiné. Puis un de ses collègues, anglophone, est venu nous voir et bavarder. Il nous a installés dans une ruelle un peu plus à l'écart, juste devant l'institut médico-légal, où il travaille (ce n'est pas le lieu où l'on fait les autopsies mais celui où on examine et constate les violences sur les victimes et les coupables). Au passage, c'est un des médecins-chefs qui nous a souhaités la bienvenue, et nous a proposés repas, douches, toilettes. Nous avons passé une bonne partie de la soirée, alors que les enfants dormaient, à discuter, échanger, et nous retournerons voir notre jeune ami Amir aujourd'hui. Les militaires qui vivent là nous ont aussi invités à prendre le thé, ont appelé pour nous des parkings pour voir qui pourrait nous accueillir les jours suivants.

Nous sommes tout de même partis trouver un endroit où nous dérangerions moins.

Nous avons trouvé une rue tranquille, un peu plus au Nord, (près de métro Shahid Mottafeh) idéale pour nous. La voisine d'en face est venue nous accueillir, et quand je lui ai dit que je cherchais une laverie, elle a insisté pour que j'aille laver notre linge chez elle. Le gardien de l'immeuble de bureaux devant lequel nous sommes veille sur nous, nous fournit de l'eau, et hier il a voulu aussi nous offrir de la pastèque. Sans parler des rencontres drôles, comme cet étudiant en génie civil, neveu d'un célèbre professeur de médecine irano-parisien, qui a partagé un taxi avec nous hier soir (jamais je ne pourrai raconter aux grands-mères de nos enfants les trajets en taxi, dignes du film du même nom, à 7 dans une vieille voiture pourrie, avec ce jeune décidé à échanger le plus possible le temps du trajet avec nous...), ceux qui spontanément dans la rue nous demandent si nous avons besoin d'aide (il faut vraiment vous mettre en tête que les gens nous dévisagent, rigolent, se retournent sur notre passage, nous interpellent, nous prennent en photo, que les enfants rigolent ou restent médusés et que la tenue que vous me voyez sur cette photo est visiblement très olé olé alors que je crève de chaud et que m'habiller est un casse-tête) tous s'inquiètent de savoir si nous avons tout ce qu'il nous faut, si notre séjour se passe bien, une dame à qui nous demandons notre route et nous offre la moitié de son pain (il se vend par plaques et nous le mangeons comme du gateau tant il est bon), un homme qui nous croise devant l'ambassade d'Inde décide d'y venir avec nous pour nous aider dans nos formalités en nous ayant d'abord invités chez lui à prendre le thé etc etc etc.

Je ne parle même pas de notre amie Nastaran, étudiante en FLE et prof de français de mon âge (donc très jeune), rencontrée sur internet, et qui nous promène dans Teheran. Il faut avouer qu'en plus du plaisir de sa compagnie (j'ai l'impression de la connaître depuis très longtemps !) qu'il est très reposant pour nous de nous laisser guider, mais aussi de pouvoir parler français (elle parle si bien qu'on oublie souvent qu'elle est iranienne), et surtout de pouvoir comprendre ce pays, sa culture, goûter à plein de fruits savoureux aux noms étranges (Ulysse dit qu'on est comme des explorateurs découvrant un nouveau monde, c'est tout à fait ça), refaire notre vieux monde encore et toujours, et toujours mieux je crois au fur et à mesure de notre voyage.

Grâce aux iraniens, à cette hospitalité inimaginable que nous avons déjà rencontrée en Turquie et en Albanie qui nous est totalement inconnue en Europe, héritée de l'islam, et qui leur est si naturelle, nous oublions un peu le côté obscur de ce pays, ces femmes en noir comme pour les faire disparaître, les hommes qui m'ignorent, les bus où femmes et hommes sont séparés (merci Nastaran de m'avoir évité de commettre un impair !), les rames de métro réservées aux femmes, la condition des femmes, le manque de liberté d'expression et tout ce que beaucoup, surtout les jeunes, nous révèlent, qui est aussi difficile à mesurer de loin et qui m'emplit parfois d'une émotion indiscible et d'un sentiment de révolte que je n'ai pas l'habitude de devoir contenir, tant justement elle nous est naturelle à nous cette liberté d'expression.

Les enfants eux, sont heureux comme toujours. Gaspard a arrêté de demander des bonbons aux militaires, il a aussi arrêté de dire "cachée Madame !" face à toutes les iraniennes, Ulysse et Rachel réalisent notre chance mais raffolent des parcs iraniens et de leur cuisine, les trois posent comme des stars devant tous les objectifs. Il est impressionnant de voir comme les enfants sont à l'aise dans tous les pays, dans toutes les situations. 5 jours après notre arrivée en Iran, ils semblent avoir toujours vécu dans le pays et c'est toujours ainsi !

A vrai dire, le seul moment où je me suis réellement sentie mal en Iran, c'est à l'ambassade de France, où nous sommes allés signaler notre présence dans le pays, comme on nous demande de le faire. J'ai retrouvé des visages fermés, des regards méprisants, des portes qui nous claquent au nez, un accueil glacial et minable.Ulysse était content à l'idée de poser un pied en France, moi à l'idée d'enlever mon voile. Finalement, nous étions heureux d'en ressortir. Mieux vaut un sourire voilé qu'un mépris affiché !

PS : nous n'avons pas de cybercafé dans notre quartier, les connections internet sont très très lentes, les réseaux wifi inexistants, certaines pages internet inaccessibles, il vous faudra donc attendre un bon moment pour voir la tonne de photos que j'entasse à votre intention. De même notre emploi du temps ne nous permet pas toujours de nous arrêter dans des cybercafés, nous lisons vos mails avec grand plaisir et y répondons également tranquillement et hors connexion. Nous revoici un peu au temps du bon vieux papier, je dois me faire à l'idée que vous ne lisez plus mes courriers au moment où je les écris et qu'il y a un décalage temporel dans nos correspondances. Mais ça ne fait pas de mal à la Toquée pressée que je suis de prendre l'habitude de la lenteur et de la patience, dont nous aurons grand besoin dans la suite de notre odyssée !

PPS : Une pensée supplémentaire pour Olivier le téhéranais

PPPS : C'est surtout vers ma famille et celle d'oncle Jacques que vont nos pensées, nous restons accrochés au téléphone, il est dur d'être loin quand arrivent les pépins...

mardi 16 octobre 2007

Quand la Toque prend le voile

Le jour de la Sainte Thérèse en plus...
(NdT: TT a rédigé ce message hier mais je ne l'ai reçu qu'aujourd'hui)

En bref : à peine arrivés à Tabriz, après un passage de frontière un peu
étonnant, nous avons déjà plusieurs amis iraniens dont l'hospitalité
ferait passer les turcs pour des goujats, (nous rencontrons aussi
d'autres voyageurs motorisés avec qui nous traverserons en convoi le Sud
du pays et le Pakistan, nous vous reparlerons de cet aspect des choses),
nous avons déjà fait le plein de diesel pour le prix de quelques
carambars, nos enfants sont déjà en photo sur la plupart des téléphones
portables des jeunes et moins jeunes de Tabriz, nous devons refuser la
plupart des invitations à prendre le thé ou manger tellement elles sont
nombreuses, nous payons en dizaine de milliers de rials, nous nous
aguerrissons dans l'art de refuser fermement de donner des bakchichs ou
de payer les choses deux voire dix fois le prix pratiqué, j'apprends à
ne plus tendre la main aux hommes et à ne pas me vexer s'ils parlent
uniquement à mon cher époux, quitte à le questionner à mon sujet en ma
présence, et je savoure plus que jamais ma chance et celle de ma fille.
A peine deux jours que nous sommes en Iran et j'aurais tant à vous dire.
Je vous le dirai plus tard.
Je veux tout de même, parce que oui, j'en vois qui rigolent dans les
rangs, vous rassurer : notez d'abord la version "Barbie-girl" de mon
Tchador. Ce n'était pas volontaire, et ça a valu de franches rigolades à
Ulysse de me voir, toute rose parmi ces marées noires de femmes. Rachel
m'a suggéré de me mettre une culotte noire sur la tête. Ulysse se dit
qu'il vaut mieux que je mette des chaussettes roses pour assortir le
tout quand je me déchausserai, et moi de toute façon, je me dis que vu
qu'entre notre camping-car nos enfant et nos allures nous ne passons pas
inaperçus et sommes au centre des regards, autant ne pas décevoir nos
spectateurs.

Et surtout, qu'on se le dise : je demeure une femme libre et une
féministe convaincue : JE SUIS TOTALEMENT NUE SOUS MON VOILE ET MES
VETEMENTS !

PS : pour les photos il faudra attendre, les connections sont lentes

samedi 13 octobre 2007

Du sucre pour les Toqués

J'aurais pu vous raconter le Nemrut Dagi, son ascension vertigineuse... et foireuse pour notre camping-car en surcharge, sa splendeur, notre descente vers l'Euphrate et sous la pluie, le passage sur le bac, nos traversées de passages désertiques, la gentillesse et la beauté et la pauvreté des Kurdes, notre visite émouvante d'Hasankeyf, merveilleuse vallée qui a abrité des dizaines de civilisations et qui voit là sa dernière puisque toute la ville, la vallée et ce site seront engloutis en 2010 par les eaux du barrage pharaonique que construit l'Etat, j'aurais pu vous raconter la mine réjouie de Gaspard venu me chercher en courant pour me montrer le " mignon nâne" de la maison qui nous accueillait, son frère et sa soeur se chargeant de son éducation animalière, et mes trois citadins toqués plantés tout attendris... devant un mignon veau. J'aurais pu vous raconter notre arrivée foireuse dans la nuit et sous la pluie au bord du lac de Van, et notre journée foireuse le lendemain sur ses rives qui nous ont poussés à pousser jusqu'à Dogubayazit (parce que faut pas pousser quand même !), les rencontres sympas qu'on y a fait dès notre arrivée et cette communication géniale que nous commençons tous à maîtriser entre gestes-anglais-allemand-français-dessins-turque, j'aurais pu vous raconter nos hauts et nos bas, parce que nous passons du maillot de bain à la laine polaire et que rarement ces derniers temps nous sommes descendus en dessous de 1000m d'altitude et que nous sommes ce soir à plus de 2000 mais non. Je ne dirai rien de tout cela. Je vous raconterai juste nos premiers contrôles militaires.
Fin du Ramadan en Turquie : c'est la fête du sucre. Les magasins se remplissent de sucreries, de pâtisseries, les gens s'habillent de neuf, tout est férié et fermé pendant plusieurs jours (maman t'inquiète pas : on était prévenus on a fait des réserves). Et partout, les rues et routes fourmillent d'enfants endimanchés (et si jusque là nous nous demandions où étaient les enfants turcs, nous en avons désormais la réponse : dans l'Est) qui passent dans les maisons pour récolter des sucreries. Or nous sommes au Kurdistan, comme nous le rappellent certains de nos hôtes, région à l'histoire houleuse et douloureuse, proche de l'Iran qui plus est. Donc nous commençons à nous familiariser avec les chars en bord de route, les militaires en arme postés très régulièrement sur la route, et les contrôles très fréquents... pour les autres du moins.
Et aujourd'hui, notre premier contrôle. Des militaires assez impressionnants nous arrêtent. On ouvre la fenêtre, ils brandissent un flacon, nous demandent de tendre les mains, nous sommes étonnés mais obtempérons gentiment, et ils nous les aspergent de ce qui se révèlent être... du parfum. Ils nous font signe de nous frotter les mains, on le fait. On montre nos papiers, puis le chef qui avait l'air de s'ennuyer vient visiter le camping-car. Il renonce à la fouille, bavarde avec les enfants puis nous laisse partir.
Bon.
On sent un peu la cocotte, on est un peu estomaqués mais on rigole bien.
Après avoir passé plusieurs barrages sans avoir à nous arrêter, de nouveau, dans ces paysages désertiques, arides, rocailleux étranges, des militaires armés jusqu'au dents (et il faut voir les barrages avec sacs de sable, chars pointés sur nous - comme dit Rachel : "mais je savais pas que ça existait encore moi les chars !" -) nous barrent la route. Ils mettent un plot devant le camping-car, on se dit que ce coup-ci, on ne va pas échapper au contrôle complet.
On ouvre la fenêtre. Ils nous tendent un flacon, tout sourire. Ce coup-ci on sait à quoi s'attendre : une bonne rasade de parfum sur les mains (et les jambes et le sol), on remercie on se frotte les mains, on s'apprête à fournir nos papiers, et là, ils nous tendent une boîte... de bonbons !
Et c'est fini !

Encore un paradoxe admirable de ce pays qui est décidément fait pour les toqués !

PS : Demain (samedi), soirée rugby au restau du camping pour faire plaisir à Ulysse et Christophe, ce qui nous permettra de finir nos bières parce que lundi nous entrons en Iran.

PS' : Les photos arrivent !

dimanche 7 octobre 2007

Le roi des Toqués


Certains sont amoureux des chefs d'oeuvre de la nature.

Moi c'est plutôt de ceux des hommes. La Nature chais pas qui c'est, et si c'est Dieu, il ne lui a fallu qu'une petite semaine pour tout créer, pas lourd à côté des cathédrales et de toutes les folies que les hommes lui ont ensuite érigées.


Mais forcément, quand la nature et les hommes s'allient pour former un lieu tel que les trois vallées de Zelve alors là... là je m'incline. Face à la Nature, Dieu, les Hommes, le mélange du hasard et du génie, des cataclysmes, des guerres et de l'art et la vie.

Dans ces falaises abruptes et ces pics incroyables forgées par la pierre volcanique, on dit que se sont créés les premiers monastères et ça me plaît de le croire. Dès le IXème siècle. Des générations ont vécu là, creusant tout simplement de nouvelles pièces lorsque la famille s'agrandissait, aménageant sans cesse des passages entre les vallées, des escaliers, des tunnels, et même un monde souterrain invisitable, bâtissant des églises, les cachant, les transformant en mosquées. Et ce n'est qu'en 1952 que le site a cessé d'être habité.

Il en reste un lieu incroyable, aussi bien pour les adultes, découvrant des restes de peintures, d'églises, de vie, que pour les enfants se croyant dans Indiana-Jones (ndlr : sans Harrison malheureusement), puisqu'il faut s'enfoncer dans des petits passages très sombres, chercher les passages dans la roche, escalader, glisser, grimper, sauter, explorer.

Le seul souci c'est que lorsque la nature et les hommes s'allient, ce genre de lieu s'abîme aussi, la pierre s'effondre, le site n'est pas totalement bien conservé ni protégé, aucune oeuvre n'est immortelle.


Mon oeuvre du jour à moi c'est mon Gaspard qui a deux ans et la vie belle. Ce genre d'oeuvre aussi tient un peu d'une alchimie miraculeuse... surtout à l'heure de la sieste. Et ce sont vraiment celles que je préfère (ce genre d'oeuvre. Et l'heure de la sieste.)

Joyeux anniversaire notre petit roi voyageur !


vendredi 5 octobre 2007

Les mille ruses des Toqués


Juste pour vous mettre l'eau à la bouche.
Parce que ce soir je suis quand même vachement plus fière qu'il y a 8 ans.
Parce qu'on leur a juste dit qu'il fallait qu'ils se couchent tôt et sans broncher parce que demain, anniversaire de notre Ulysse, on a une surprise pour leurs trois anniversaires (6, 7 et 25 octobre pour les non-initiés).
Parce que le plaisir commence dans le fait qu'il faut se lever à 5h30.
Parce que notre plaisir à nous c'est d'entendre Rachel s'exclamer "Oh mais c'est la première fois de notre vie qu'on se lève à l'heure de la prière du matin !".
Et qu'ils dorment comme des anges...

jeudi 4 octobre 2007

Les Toqués au pays des fées



En Turquie nous avons rencontré des anges-gardiens, de bons génies, et nous les remercions tous nos amis d'Ankara, de Demet à nos copains du cybercafé pour nous avoir permis de passer un si bon séjour au sein de leur ville.
Mais nous nous sommes résolus à reprendre la route pour le pays des fées.
Nous ne savions pas à quoi nous attendre... quel choc quel estourbibahibéatespédilicieusétonnement !
Les enfants n'en reviennent pas qu'un tel paysage existe, Ulysse dans les églises rupestres imagine des sociétés secrètes et mille ruses, Rachel se régale tranquillement de ce pays des merveilles (et elle a pu mettre ses pas dans ceux du Christ : dans l'église dite de la sandale, portant la trace de la semelle du Christ lui-même oui Messieurs-Dames, le gardien, pas super à cheval sur les mesures de conservation des sites, a pris Rachel pour la poser sur cette trace, et nous avons un scoop... le Christ était sans aucun doute une fillette de presque 6 ans, la taille concorde !!!), Gaspard peut courir partout et nous enquiquiner comme il aime le faire en ce moment (mais le jour des 2 ans ça passe je crois hein?) Christophe qui est plongé dans l'univers des premiers chrétiens par ses lectures se régale d'autant plus et moi je suis un peu comme Ulysse : j'aimerais bien m'installer quelques temps dans ce lieu merveilleux et y inviter tous nos amis.
Encore un beau mois d'octobre qui se prépare pour les Toqués...
D'ailleurs, si vous souhaitez joindre Ulysse samedi ou Gaspard dimanche, ne nous téléphonez pas, nous ne pourrons répondre. Mais nous serons joignables sur Skype en fin de journée ou milieu et nous aurons les mails. Mais nous avons des projets top secrets dont je ne peux vous parler pour le moment. Je crois que l'anniversaire des petits toqués sera vraiment inoubliable cette année...
PS : J'ai fait un effort de concision mais les photos sont trrrrrrrès nombreuses
PPS : Bienvenue à Jérémie, notre nouveau cousin pas toqué mais un peu concon et gros bisous à ses parents et sa grande soeur jolie.

lundi 1 octobre 2007

Le dimanche à Ankara


Le dimanche à Ankara, c'est journée à la maison pour les Toqués. Journée un peu forcée à la maison puisque notre parking préféré est fermé le dimanche mais que nous avons eu l'autorisation d'y rester. Nous aurions pu nous en échapper, nous avons pu, cette semaine, observer à loisir les lycéens passant par dessus les grilles pour aller fumer en douce (et attention car les profs sont en alternance de permanence pour surveiller le parking et le jardin) mais l'idée d'une journée sans bouger nous plaisait assez. Donc après un appel particulièrement enjoué du Muezzin (je pense que le dimanche il dit quelque chose du genre : youpi c'est dimanche, youpi on travaille pas, prions avec enthousiasme, parce que nous qui ne l'entendions plus, il nous a surpris au petit matin) nous avons traîné bouquiné travaillé rangé bricolé nous nous sommes offert un apéro de roi, les enfant se sont inventé des mondes fantastiques où les parkings cotoient les mosquées, où les piscines ont des panneaux solaires, où les Winx à moitié nues gardent des zoos étrangement peuplés. Et entre deux nouvelles étagères et deux pages de Michel Tournier et de son histoire des rois-mages qui le passionnent, notre chauffeur préféré faisait tourner notre camping-car au gré du soleil. Car nous étions très bien placés ces derniers jours. Totalement à l'ombre, ne souffrant jamais de la chaleur (diurne parce que la nuit il fait froid) mais... mais nous nous sommes retrouvés quasiment sans électricité. Nous prenons l'habitude d'ailleurs aussi de gérer nos ressources en la matière, faisons vrombir nos lampes-dynamo et nous offrons des dîners et soirées aux chandelles. C'est d'ailleurs très reposant de vivre dans la pénombre, on parle doucement (sisi je vous jure même nous !) on se couche plus tôt.

Et moi j'en profite pour répondre à certaines de vos interrogations sur notre vie quotidienne.

Elle est particulière et très changeante.

Mais une constante demeure : les préoccupations ménagères et vitales : trouver de l'eau, avoir suffisamment d'électricité, de carburant, d'eau potable, de nourriture, laver le linge, parce que toutes ces choses qui sont si faciles et qui vont de soi habituellement, sont à réinventer quasiment chaque jour. La principale étant de trouver un endroit sûr, agréable pour dormir. Et si possible un endroit un peu discret parce que nous ne passons pas inaperçus, ni par notre véhicule, ni par nos apparences. Il est d'ailleurs fort étrange de se retrouver dans la peau de "l'étranger". On a beau faire tout ce qu'on peut pour ne pas trop détonner, visiblement nous surprenons. Et sommes surpris de surprendre. Même si la surprise est bienveillante.

Niveau nourriture ce sont des expériences souvent intéressantes, parfois franchement comiques. Nous avons des litres de yaourt dans le frigo, c'est en le servant en biberon aux enfants avec du Nesquik, que nous avons compris que ce n'était pas du lait. Enfin... que les grands nous ont dit que ce n'était pas du lait parce que Gaspard a tout bu sans rien dire. Au resto, nous ne savons pas souvent ce que nous commandons, c'est un peu la surprise à chaque fois, même si nous commençons à savoir gérer l'affaire.

Pour l'eau, on trouve régulièrement de bonnes volontés pour nous donner en donner mais c'est à chaque fois une opération différente, souvent comique là aussi. L'eau qu'on prend à des robinets de source n'a aucune pression, il faut un temps fou pour remplir notre réservoir et on se retrouve planté au milieu de la cambrousse avec trois vieux qui s'installent pour nous observer et commenter et nous nous sourions bêtement pendant d'interminables minutes. Il y a quelques jours, à Ankara, j'ai eu l'autorisation d'aller, à travers les grilles d'une fenêtre, brancher notre tuyau à un robinet de la cantine (ici personne ne mange sans aller se laver les mains avant ), Xtophe à l'autre bout gérait le réservoir. Je ne pouvais pas crier, ne voulant ameuter tous les employés et me voulant un peu discrète. Mais lorsque la pression est devenue trop forte que toute l'eau a jailli innondant toute la salle et me trempant de la tête aux pieds, je me suis doutée qu'il y avait un problème : effectivement, mon cher et tendre, mort de rire quand il m'a vue, avait oublié d'ouvrir la vanne de son côté...

Et puis il nous faut vider aussi nos eaux usées et notre boîte à caca. Mon homme est devenu expert pour trouver les égoûts, buissons cachés, et il ère discrètement la nuit, dans le vaste monde, sa cassette malodorante à la main. Ce n'est que du naturel puisque nous avons fait installer un système spécial (pour les détails techniques s'adresser au responsable technique de notre expédition) pour ne pas polluer davantage la terre entière.

Et il y a l'école. Pour l'instant nous navigons à vue. Nous tâchons de faire travailler les enfants tous les jours. Généralement, leur petit déjeuner avalé, ils se mettent au boulot tandis que Xtophe bricole bidouille ou promène avec Gaspard, où qu'on le colle devant un dvd et que je m'active à ranger la maison tout en bossant avec eux. Il y a des jours où c'est carrément improductif (fou le temps que peut mettre une enfant de 6 ans un peu rêveuse à se mettre au boulot-et je me coiffe et je taille mon crayon et je me gratte le nez et je colorie le cahier et je regarde par la fenêtre... fou ce que l'habitude du marchandage se prend vite à 8 ans et dans tous les domaines : "tu m'avais dit de faire l'exercice 6 mais regarde, c'est quasiment le même que le 4 alors j'ai fait le 18, ça revient au même hein ?". En revanche quel bonheur de voir Ulysse reconnaître les cultures en plateaux, de pouvoir lui montrer la préhistoire qu'il a étudiée dans le musée d'Ankara, de revoir la naissance de l'Islam avec lui dans son manuel ! Rachel lit très très bien, donc nous l'y encourageons, et j'insiste sur l'écriture. Ulysse aime toujours autant ça, nous avons pu recharger un peu nos réserves de bouquins, mais nous vous mettrons bientôt à contribution je crois (dès que nous aurons eu notre première expérience de poste restante) Je tâche d'être plus présente pour le français et surtout l'orthographe, mais il fait ses maths entièrement seul. Nous l'aidons juste en ce moment à apprendre ses tables de multiplications. Nous avançons tranquillement à raison d'une heure par jour je pense. Difficile à évaluer. Et puis je n'ai pas de références de leur âge. Je ne m'inquiète pas, je crois qu'ils apprennent beaucoup. On a quelques moments d'énervement, j'ai environ zéro patience, ça ne me passionne pas j'avoue, surtout quand il s'agit de maths, alors régulièrement on prend tous de bonnes résolutions et on repart. Mais ils gagnent beaucoup en autonomie et moi j'apprends un peu plus sur l'apprentissage et on rigole beaucoup il faut le dire...

D'ailleurs les enfants tant qu'on en parle, sont totalement épanouis. Pas une seconde de cafard. Il faut avouer aussi que les mails et mots des amis leurs sont précieux. la liberté, la découverte, la nouveauté, le tout en famille, c'est le rêve pour eux. Ils mangent comme dix, dorment comme des loirs (comment aurait fait notre Rachouille en cp elle qui s'offre de méga siestes), marchent comme des champions, parce que qu'est-ce qu'on marche ! Ils retrouvent quelques joies simples dans leurs jeux et consolident leurs liens. Babar les fait mourir de rire, les exploite, les embête, les caline, c'est sans nul doute le grand gagnant de cette aventure. Parfois, comme le soir où on l'a prise dans le 4x4 des baroudeurs lyonnais sur le retour, pour la ramener au camping-car à la fin de notre apéro olympique, Rachel demande : "on est où déjà ?". Il faut dire que c'est une question que je me pose parfois aussi au réveil.

Et puis autre routine : le soir, l'équipe de direction des Toqués décide de la suite des évènements. Sous l'oreille attentive, indiscrète et très peu souvent muette, de ceux qui sont censés dormir derrière leur rideau. On étudie les guides, les plans, les cartes, les agendas, les documents. On pèse on évalue on imagine, on fait en fonction de certains impératifs de nos envies de nos besoins en repos, lessives, eau, école, temps calme ou changement. Dans l'ensemble on alterne des périodes où on roule pas mal et d'autres où, trouvant un endroit sympa, comme ici, on s'encroûte un peu.

Et puis on alterne aussi le tourisme classique : visite des grands lieux culturels historiques avec ce qu'on n'a pas le temps de faire en temps normal : vivre dans la ville, y faire des rencontres, nos courses, y traîner, et ça c'est totalement nouveau pour nous. D'ailleurs quand j'y pense c'est drôle : ce voyage montre bien notre caractère profondément citadin : c'est dans les grandes villes pour le moment que nous serons restés le plus longtemps que nous aurons été le plus à l'aise que nous aurons goûté le mieux à la vie locale.

Les Toqués aiment la ville, sa richesse, son activité, sa folie en somme.

En somme notre vie est certes assez trépidante mais une certaine routine s'est installée, bien agréable, et le fait de voyager avec notre maison était à coup sûr un bon choix, qui nous convient parfaitement même s'il nous impose certaines contraintes, notamment par sa taille (et nous ne sommes pas au bout de nos peines) mais c'est notre refuge, notre repère, nous y sommes très bien installés et chacun y trouve son compte.

Ainsi va la vie des Toqués après presque deux mois de voyage.

J'ai profité aussi de ce dimanche pour commencer un petit tableau à ma sauce (c'est à dire donc qu'il n'a rien d'un tableau) à l'intention des voyageurs qui tomberaient sur notre site en faisant des recherches. J'avoue que si j'aime me régaler du récit des autres, ce sont leurs infos pratiques surtout qui nous intéressent. Donc vous trouverez ci-joint (si j'y parviens sinon je le mettrai en ligne une autre fois) un lien, à partir de la Turquie de nos bons et mauvais plans.