mardi 4 septembre 2007, Milot, Albanie
Lundi matin à Dubrovnik, le roi avait fini son bricolage, la reine avait profité d'une connection internet quasi à volonté, et surtout les petits princes étaient rétablis, il était temps pour les Toqués de reprendre la route, direction : le Monténégro, grâce aux indications de notre voisine de camping : une italienne qui parcourt le monde.
ça fait drôle de passer dans un pays qui vient juste d'acquérir son indépendance. Il a fallu expliquer aux enfants que non ce pays n'était pas "neuf", ils imaginaient un endroit absolument vierge, comme une planète, qu'un peuple serait venu occuper depuis quelques mois. Route splendide dans les gorges de Kotor, sorte de Fjord Norvégien bien plus bas que la Norvège, une baie immense au pied de la montagne, toujours. Nous avons eu une pensée pour nos amis prêtres biarrots puisque l'église que vous apercevez sur une île s'appelle "Notre Dame du Récif" (NDLR : la paroisse biarrote s'appelle Notre Dame du Rocher) Et au bout d'une longue route le long d'une côte miraculeusement un peu préservée du tourisme, Kotor : une ville fortifiée absolument charmante, avec ces sols clairs qu'on aimerait trouver dans son salon, une ville parfaitement conservée (et restaurée), une ville vivante pourtant et pleine d'églises ! Là c'est pour mon père que nous avons eu une pensée émue face à la cathédrale : Saint Tryphon et aux restes (les enfants étaient ravis mais un peu déçus qu'ils aient été enfermés dans des boîtes) du dit-Saint. Notez que les églises commencent à se parer d'or et d'argent, à la russe. Notez également la présence, en plus des pigeons, de dizaines et dizaines de chats dans ces villes... notre ami des bêtes Gaspard ne sait plus où donner de la tête.
Nous ne savions pas trop où nous allions dormir, nous nous sommes d'abord concentrés sur la route parce que comment vous dire... au Montenegro, il y un grand principe : il faut rouler très vite, et surtout doubler partout tout le temps en klaxonnant bien fort, ce qui nous a valu quelques belles frayeurs. Il y a aussi des gens sur la route, des petites familles qui apparaissent sur ce qui nous semblait presque une autoroute. Partout le long des routes, sur la côte, ce sont des centaines de petites boutiques faites de bric et de broc, entre les maisons qui proposent toutes des chambres à louer. Et puis partout, des détritus, des poubelles, des ordures. N'importe où. D'ailleurs l'état entreprend visiblement une grande campagne pour encourager les gens à utiliser les poubelles qu'on voit fleurir à certains endroits.
Nous avions envisagé de demander l'asil dans un des nombreux monastères du coin et de cette côte grandiose, mais qui dit monastère dit souvent montagne et petite route escarpée, ce qui nous a fait peur.
Finalement nous avons trouvé, au fond d'un chemin, un camping, totalement improbable, sur la plage de beaux galets. Devant nous la mer, derrière la montagne. Enfin... devant nous des tas d'ordures, puis la mer. (il est d'ailleurs étonnant pour nous de voir une petite famille avec enfants et tout qui part de la plage laissant derrière elle, naturellement, bouteilles vides, couches sales, sachets de chips et autres détritus de la journée) Paysage splendide et d'un autre monde. Et d'une autre époque. Des campements incroyables, de vieilles vieilles caravanes, et des regards intrigués par notre camping-car, qui devient un nouveau laisser-passer et nous vaut bien des compliments. Nous aurions voulu prendre une photo des sanitaires, la douche : un tuyau d'arrosage quant au reste... Nous sommes heureux d'avoir notre Toq'car.
Nous nous sommes régalés de la vue, endormis au son de la mer, et réveillés tard car rien ne vaut le bercement de la mer dans un endroit silencieux et sombre (ni le camping ni la plage ne sont éclairés, du coup que d'étoiles !).
Nous avons tout de même décidé de partir pour l'Albanie après avoir fait un détour par Celsinj, dont la côte ne nous a finalement pas attirés, et nous sommes remontés, suivant les conseils d'un internaute, passer la frontière à Sokobin.
Si nous devons avouer, sans vouloir faire de généralisation débile, ne pas avoir été globalement séduits par les croates relativement distants et peu avenants, dès la frontière abanaise nous sommes tombés sur de grands sourires et un accueil royal. Et là : le choc. Un autre monde, l'aventure. Au bout de quelques kilomètres (d'une route toute neuve, dieu merci car les albanais conduisent encore plus dangereusement que leurs voisins), nous croisions un cavalier lancé au galop sur sa monture, des carioles, des femmes portant le rateau sur l'épaule et semblant sortir d'un livre d'histoire, des ânes, vaches et autres animaux partout, des échopes et boui-bouis hallucinants, des vélos, scooter surpeuplés, et partout des saluts, des sourires, des mots gentils, des indications.
Un mélange de communisme, d'orient (la majorité des albanais sont musulmans) et de pays en pleine ouverture et construction. Détonnant. Et réjouissant.
Les ponts ressemblent à celui de la rivière Kwaï, aussi prompts à s'écrouler semble-t-il, les routes principales, hormis une, sont dans un état pitoyable, mais il y a une station service toute neuve tous les kilomètres, des maisons en construction partout (mais aussi une autre particularité : visiblement on se laisse toujours la possibilité de pouvoir construire un étage supplémentaire un jour), des hôtels super modernes et immenses au milieu de nulle part. Les plus grosses voitures côtoient les charrettes et le sport national, outre l'ouverture de station service (il doit y avoir une affaire de subvention là-derrière, je vous promets qu'il y en a tous les kilomètres), est visiblement le lavage automobile. La ville ressemble à la campagne et inversement, et les mosquées côtoient les publicités immenses pour la bière.
Nous nous sommes un peu paumés dans Skröder et ses multiples boutiques de tout. En route pour Tirana, nous nous sommes arrêtés au hasard dans un de ces hôtels tout neufs pour tenter de trouver un guide touristique (dans nos préparatifs on a oublié celui de l'Albanie). Xtophe est descendu. Au bout de quelques minutes, j'ai vu arriver à moi un serveur en grande tenue me portant un café, tout sourire, le ton était donné. Le Toqué était tombé sur un cuistot ayant vécu 20 ans en France et un patron d'hôtel ravi de connaître des français. Après nous avoir offert le café, ils nous ont donné plein de pistes et nous ont encouragés à venir dormir derrière l'hôtel-restaurant, "pour notre sécurité". Après nous avoir envoyés vers la "plus belle plage de sable fin de l'Albanie".
Quand elle a vu cette plage, Rachel n'a plus voulu partir (nous n'étions pas sûrs de pouvoir en repartir vu les chemins par lesquels nous y étions arrivés de toute façon). Pas un chat, au milieu de la pampa, des kilomètres de sable fin... et noir. ça et là, quelques bars-discothèques archi branchés sur pilotis dans la mer. Vides. Il fait mauvais et la saison est terminée. Les enfants étaient fous de joie. Il nous fallait juste empêcher Gaspard de jouer dans les ordures, c'est si tentant. Nous avons pu aussi échanger quelques infos avec deux français baroudeurs qui étaient là avec leurs camions.
Nous sommes tout de même revenus dormir devant l'hôtel, accueillis par les patrons, notre ami cuistot qui nous a un peu raconté l'Albanie le communisme le peuple, et pour la plus grande joie des enfants puisqu'il y a devant notre porte une aire de jeux de rêve (à côté de la cahute du gardien de nuit, tout est paradoxal et fou vous dis-je) peuplée par plein d'enfants avec lesquels ils ont vite fait de jouer et de bavarder en franco-italo-anglo-albanais. Pour les remercier et pour le plaisir nous avons mangé au restau de l'hôtel, servis comme des rois (des pachas même... nous étions les seuls à qui on a dressé une nappe blanche) et nous nous sommes régalés. Dans la salle du bas : une fête baptême ? Anniversaire ? Musique albanaise à fond les ballons et enfants qui jouent partout. Tous ceux que nous croisons viennent nous parler.
C'est notre premier jour en Albanie mais nous aimons déjà ce pays, si longtemps mal-aimé.
Photos toutes fraîches et très très nombreuses ici