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jeudi 17 avril 2008

Toqs au Laos


Sortir du Vietnan a été un jeu d'enfant. D'ailleurs les nôtres ont bien joué, surtout le dernier. Dès la frontière laotienne, le ton était donné : Gaspard sur les genoux des douaniers, parcourant leurs bureaux, récoltant jus d'orange et mille calins. L'entrée au Laos aussi est simple, il n'y a pas un papier à faire pour le véhicule, on entre juste quoi. Puis le choc : une route vide, très très peu de véhicules, et bordant cette route, quelques villages de maisons de bois sur pilotis, quelques animaux, mais surtout des champs des rizières à perte de vue. Et des centaines de papillons jaunes qui dansent autour de nous. Après la circulation et la foule vietnamienne, nous avions déjà l'impression d'un grand bol d'air frais. Même s'il fait plus de 40 degrés.
Nous avions retrouvé notre ami allemand (Nelly t'es contente ?) et nous sommes donc installés pour une soirée de retrouvailles, de debriefing et de projets, sur un magnifique champ entre les vaches et leurs bouzes. Quelques enfants du village sont venus nous saluer, mais ils sont restés discrets et souriants, attendant nos poubelles et se réjouissant des biscuits que nous leur offrions. Ce matin du coup on a fait une bonne séance de lecture pour tous, il est toujours émouvant de voir combien tous les enfants aiment les livres, surtout ceux-là qui vivent dans une misère incroyable, il suffit de les voir et aussi de les sentir pour s'en rendre compte... Puis partout sur la route nous avons reçu cet accueil, Gaspard sait déjà dire "bo !" à toutes les laotiennes qui sont folles de lui, mais il ne se fait pas prier pour aller avec elles grignoter en cuisine, caresser les chèvres et récolter fruits et sucreries.
Et puis, comme ça faisait bien quelques temps que nous n'avions pas eu de nouvel an, nous nous sommes rattrapés : c'est aujourd'hui le nouvel an bouddhique. Donc partout dans les rues et les temples les gens, et surtout les enfants s'aspergent d'eau et aspergent les passants. Vous imaginez la joie de nos blancs becs qui s'adaptent très vite à ce genre de tradition, surtout par cette chaleur. Et nous avec tous les voeux de bonheur que nous aurons reçus durant ce voyage, puisque c'est environ le septième nouvel an que nous célébrons, nous n'avons plus à nous inquiéter de notre avenir, nous pourrons même partager et assurer un peu le vôtre !
Nous avons fêté cette nouvelle année au restaurant, nous régalant de viande que nous grillons au centre de la table tout en faisant bouillir aussi nos pâtes et nos légumes autour du brasero, le tout en écoutant quelques laotiens nous régaler de karaoké (on n'en a pas encore parlé mais en Asie c'est vraiment le sport national). On s'est tellement régalé que Ulysse a fait une allergie, que bien sûr pour la seconde fois du voyage je n'avais pas la trousse d'urgence avec moi (la première était le soir de notre arrivée à Kuala Lumpur et il nous avait gratifiés d'un urticaire géantissime), qu'il est donc parti avec Xtophe en courant au Toqcar. Mais c'est simple au Laos : Christophe a arrêté un type en moto, qui n'a rien compris mais a immédiatement dit oui et les a fait monter derrière lui pour les déposer au camion. Finalement ce n'était pas grand chose mais on a bien ri puisque notre héros a eu les lèvres qui ont triplé de volume. Et puis comme deux des convives avaient déserté, ça a permis au mendiant unijambiste et au visage si beau et si triste que Gaspard avait adopté de manger un repas correct. On apprend à vivre avec la misère mais on ne peut pas s'habituer...
Nous sommes donc à Savanakhet, ville frontière avec la Thailande, au bord du Mékong. Une ville très paisible. Nous sommes venus frapper à la porte de l'église Sainte Teresa qui nous semblait toute indiquée, et avons été reçus comme le messie. Père Philippe (un des 15 prêtres du Laos) a déjà été adopté par les enfants, c'est un prêtre formidable drôle intéressant ouvert, qui nous explique le pays, nous emmène acheter le pain, qui invite Gaspard, lequel ne se fait pas prier, à partager son petit déjeuner, qui nous ouvre sa maison (historique) et voulait même nous loger dans des chambres. Avec lui nous avons rencontré aussi Père Antoine, Père Antoine et Père Antoine, deux d'entre eux étant vietnamiens, eux aussi des hommes généreux et ouverts et tous parlant un français qui vous ferait pâlir. Nous allons donc rester au moins une nuit de plus dans ce paradis. Nos enfants jouent comme des anges dans le beau jardin de l'église, sorte d'Eden de pots en terre plantés de plantes et d'arbres exotiques, auquel des travaux en cours ajoutent du charme pour nos explorateurs toqués, nous pouvons travailler calmement et commencer les cahiers de révision apportés par Amatxi, et donc une fois de plus grâce à une église, commencer dans la zénitude et la grâce notre nouvelle année bouddhique.

PS : nous avons un numéro de portable au Laos, sachez que si vous passez par Skype, vous pouvez nous téléphoner pour très peu cher, n'hésitez pas, mais n'oubliez pas que nous avons toujours une longueur d'avance sur vous... +856206824850

dimanche 13 avril 2008

Toqshow


Parfois des choses étranges se passent en voyage. On voit des enfants très sages travailler très sagement sur une table sagement rangée dans le silence le plus inquiétant. On voit un Gaspard se lavant les mains très consciencieusement et très longuement. On voit une Toquée cuisinant, le sourire niais de la parfaite ménagère affiché sur son visage serein d'épouse et mère comblée.
Non nous n'avons pas fumé d'opium. Non nous n'avons pas abusé de rouleaux de printemps ni fait trop de Tai-Chi ou de badmington au petit matin.
La réalité a dépassé la fiction, la fiction s'est embrouillée, et je vais vous raconter la vérité vraie de la réalité toquée sur cette toile-ci, Truman tu ne croyais pas si bien dire.
Nous sommes, nous, simples toqués, devenus des stars internationales. Ou du moins nationales au Vietnam. J'aime autant vous le dire et le prouver de peur que vous ne ratiez l'info.
Notre odyssée est arrivée aux oreilles d'un très célèbre journaliste de la télévision vietnamienne (en réalité on ne sait pas vraiment qui est ce monsieur), qui nous a contactés et a envoyé une équipe filmer notre quotidien et nous interviewer. Nous avons été brillants (assez nuls en vérité, on aurait dû préparer nos réponses, et puis parfois on est obligés d'embellir la réalité pour ne pas vexer nos hôtes et puis notre aventure est parfois si compliquée à comprendre pour ceux qui vivent à dix-mille lieues de notre univers) mais surtout on a bien rigolé à tourner les différentes scènes. Et ce n'est pas terminé puisque l'équipe revient cet après-midi pour nous filmer roulant dans les rues d'Hanoi. Pour les vietnamiens, sachez que nous passerons sur VTV4 en deux temps, une petite interview puis un long reportage. Pour les autres, vous attendrez comme nous que nous recevions le film. Pour les autographes aussi vous attendrez notre retour. Pour le reste adressez-vous à notre agent.

Le séjour familial à Hanoi se termine. Nous avons bien profité les uns des autres, rigolé au spectacle des cousins zinzin, Gaspard a bien progressé sur le plan du langage, stimulé par un cousin très doué, Noé aura bien progressé sur le plan de la cracrattitude bien stimulé par des cousins très doués. Les petits enfants n'ont pas lâché d'une semelle leurs grands parents, et nous nous avons pu lâcher nos enfants d'une semelle ou deux, tout le monde a été gagnant. Nous avons dévalisé les boutiques de Hanoi, refait le monde encore et toujours, vécu des moments merveilleux dans des paysages magnifiques, vécu des moments émouvants avec la filleule de maman qui est maintenant étudiante et sa famille, et puis nous avons découvert un pays très différent de tous ceux que nous avions vus auparavant, beau et dur. Nous avons pris des douches tous les jours et même deux fois par jour des fois, et même chaudes les douches, il est temps d'arrêter on a peur que ce soit très mauvais pour notre peau. Nous avons lu Elle ou Marie-Claire, appris comment perdre 5 ans et 5 kilos en deux semaines (mais seulement la théorie, la pratique est cruelle), avons refait le plein de livres films, cahiers de classe et jouets, avons appris les nouvelles de la France entre les municipales, les Chtis et notre première dame et avons aussi beaucoup parlé des absents qui n'ont pas toujours torts.
Et nous ne sommes même pas tristes de nous quitter ce soir puisque nous nous retrouvons dans à peine plus de deux mois maintenant.

Nous reprenons notre Toqcar, nos manuels scolaires et notre vie itinérante et entrerons dans quelques jours au Laos.

PS : Beaucoup de nouvelles photos en ligne !

vendredi 11 avril 2008

L'Odyssée prend l'eau


Personne n'a quitté le navire et on est loin de la galère.
Mais c'est maintenant sûr et certain, la Chine a fermé sa frontière aux véhicules et ce jusqu'à nouvel-ordre (donc sans doute la fin des JO).
Après des hésitations, des recherches innombrables, des échanges surréalistes avec des affrêteurs et logisticiens de tous pays, après de faux espoirs et des calculs complexes, on attaque le plan Z32b.
C'est à dire que, sauf énième imprévu, et vous savez qu'ils sont nombreux, nous partons en début de semaine au Laos comme prévu. Où entre deux visites nous rencontrerons tranquillement Alain et Marcelle avec qui nous aurions dû traverser la Chine. Puis nous reviendrons en Thailande pour visiter le Nord ou quelques plages encore et surtout revoir nos amis de Bangkok. Puis sans doute irons-nous en Malaisie et partirons-nous, le Toqcar en bateau et nous en avion depuis Kuala Lumpur ou Singapour.
La boucle ne sera pas bouclée mais nous serons rentrés au début de l'été.

On n'ira pas en Chine, ni en Mongolie ni en Russie. On est très déçus bien évidemment, sans compter que financièrement du coup nous ne sommes pas gagnants non plus. Ainsi va la vie de toqués baroudeurs, on vit l'actualité en direct et on doit s'adapter à la géopolitique complexe d'un monde de fous.

Mais comme toujours, nous faisons contre mauvaise fortune bon coeur, et voyons dans cette fin en queue de poisson un moyen de terminer l'odyssée en douceur et au soleil. Et de rentrer un peu plus tôt que prévu vivre entre nos parents le reste de notre âge.

credit photo : Marie Contraires (Première)

mardi 8 avril 2008

Hanoi en Famille


Mais non les amis nous ne vous oublions pas.
Le temps passe vite mais nous l'occupons bien.
Nous logeons tous ensemble, les Toqués + mes parents + mon frère, ma jolie-soeur qui vient de repartir, et mon neveu Noé en plein centre de Hanoi, nous parcourons la ville, profitons les uns des autres et découvrons ce pays vraiment étonnant qu'est le Vietnam.
Nous apprenons à être réveillés, non plus par les muezzins ou les chants des déesses mais par la propagande diffusée par des hauts parleurs dans la ville dès 6h30 le matin. Nous essayons de ne pas rire en croisant les hommes et les femmes en pyjama dans la rue, ils les portent comme on porterait des joggings. Les vietnamiens portent aussi leur casque en permanence sur la tête : il est devenu obligatoire depuis peu et du coup ils ne savent pas quoi en faire, donc ils le portent comme ils portaient le chapeau avant. Mais ces casques ne sont pas des casques de base : ils sont décorés, ornés de rubans, de noeuds, de froufrous, personnalisés à souhait. Les vietnamiens sont aussi très bruyants, ils klaxonnent à longueur de journée et jamais ne vous laisseront traverser. Heureusement, depuis l'Iran, nous sommes devenus maîtres dans l'art de nous lancer dans la circulation.
Les Vietnamiens, pour pas mal d'entre eux, ne sont pas tendres. On ne retrouve pas toujours ce sourire qui nous charme tant depuis de nombreux pays et mois, les femmes ont un coup d'avant bras pour se frayer un passage dans la foule en vous poussant qui est assez étonnant, mais quand on les voit faire leur gym matin et soir au bord du lac on comprend leur énergie. Ces femmes sont extraordinaires et ça non plus ce n'est pas nouveau. Elles sont partout, bossent, triment, portent des palanches débordantes de fruits légumes marchandises en tous genres, des vélos chargés de fleurs plantes vases paniers. Elles sont dans les rizières et sur les marchés. Elles sont partout, toutes menues et petites et si fortes.
Au Vietnam les restaurants de rue sont trop mignons : on s'y assoie sur de minuscules tabourets en plastique pour enfants, en général tous en rond autour de la palanche transportant marmite bols baguettes. Et on se régale, la nourriture vietnamienne est vraiment fine et savoureuse.
Mais le Vietnam ce sont aussi ces paysages de rizières époustouflants, les chiens qui gardent les maisons avant d'être mangés, des croyances et des hiérarchies ancestrales et très lourdes, c'est un régime politique très dur après des siècles de guerre et puis c'est la baie d'Halong.
Nous n'avons pas été déçus. Les parents nous avaient réservé un bateau pour nous tous seuls sur lequel nous avons passé deux jours de rêve à nous extasier et à rire comme des Toqués et Concons réunis.

PS : Concernant la suite de l'odyssée, il est certain que nous ne pourrons conduire en Chine. Les grands toqués bossent donc beaucoup sur la question, rien n'est encore fixé, nous rentrerons mais ne pouvons plus du tout vous dire par quel chemin. Tout est toujours possible c'est aussi ça le voyage !
PPS : J'ai mis de nouvelles photos en ligne mais vous pouvez toujours aussi aller admirer celles de Marie

mardi 1 avril 2008

les Toquin du Tonkin parlent aux Francais


Mysteres informatiques et boules de gomme a la noix, j'ai du effacer mon dernier message qui etait passionnant plein de details croustillants et d'analyses psycho-socio-ethno-geographico, mais illisible pour les internautes-exploreurs.
Nous sommes a Hanoi installes comme des rois dans une guesthouse royale (non pardon socialiste of course) avec la famille et on se regale meme si on a l'impression de s'etre quittes hier finalement.
Demain baie d'Along, nous passons la nuit sur un bateau, ce devrait etre pas trop mal.
Pour les photos je passe le relais a ma belle-soeur qui en fait de bien plus belles que moi (des photos), et vous pouvez les admirer ici : http://auxcontraires.canalblog.com/albums/hanoi_2008/index.html

Et entre deux discussions et promenades on gere une nouvelle affaire, enieme rebondissement dans l'Odyssee, qui nous oblige a elaborer les plans Z4, Z5 et Z6 : la Chine ayant peut-etre certaines choses a cacher, vient de nous fermer la frontiere au nez. Vous voyez le topo ? On est coinces... Mais nous n'avons pas dit notre dernier mot.
Nous vous tiendrons au courant, comme dit mon ami Nicolas (le premier dans notre coeur), on serait presque plus drole que Nicolas Ier et presque plus surprenants, presque...

lundi 24 mars 2008

Casse-tête vietnamien (très long)


Sachant que le passage de frontière pour le Vietnam pouvait être compliqué avec un véhicule, au point que de nombreux voyageurs doivent renoncer à ce pays, nous sommes partis, avec notre ami allemand Marc, de Phnom Penh pour nous installer pour la nuit avant le poste frontière afin d'essayer d'arriver le matin lorsque les officiers sont bien disposés et qu'on a encore une longue journée devant nous pour régler les éventuels problèmes. Nous ne pouvions nous présenter avant parce que notre visa est daté.
Nous sommes partis dans la matinée, pour nous laisser le temps de trouver un lieu de bivouac. Pour avoir fréquenté maintenant un certain nombre de villes frontières, nous savons qu'elles peuvent être les endroits les plus sordides du monde. C'est pour cela que nous nous sommes retrouvés en début d'après midi, le 19, garés sur le parking d'un Casino, à Bavet à deux-cents mètres de la frontière. Là, on a tué le temps. Restaurant climatisé, café climatisé, coiffeur afin de rafraîchir la tête d'Ulysse, boissons rafraîchissantes, DVD pour les enfants, et même casino pour les grands le soir, scènes assez surréalistes et journée vraiment étrange... Nous avons élaboré mille plans pour le lendemain, comment vaut-il mieux procéder, dans quel ordre, qui s'en charge, combien sommes-nous prêts à payer si c'est la seule solution... Nous étions prêts à tout puisque nous devons être le 30 à Hanoi pour récupérer une partie de la famille. Nous avions bien sûr quelques plans B et C mais il n'étaient pas simples...
Le matin, frais et dispos, et un peu plus riches pour certains, nous avons expédié les formalités de sortie du Cambodge puis nous sommes garés devant les bâtiments vietnamiens. Nous n'avons pas fait valider nos visas, voulant d'abord être certains que le Toqcar pouvait entrer (un visa validé est grillé donc si nous devions rebrousser chemin il nous fallait en reprendre et repayer), les hommes se sont présentés dans le bureau du chef de la police, habilité à donner une autorisation d'importation temporaire pour le véhicule. Ils lui ont présenté tous nos papiers, qui suffisent pour tous les autres pays du monde. Pas pour le Vietnam. (imaginez que ce monsieur ne parle pas un mot d'anglais donc les explications ont été longues et ont nécessité de trouver un des rares employés du poste-frontière capable de traduire) Il nous a demandé de nous rendre à Ho Chi Minh Ville pour aller demander à nos consulats respectifs, un papier dans lequel ils se portent garants de nous durant notre séjour au Vietnam... On se doutait qu'ils n'aimeraient pas trop mais on savait qu'ils l'avaient déjà fait pour d'autres overlanders.
Christophe préférant ne pas me laisser seule avec les enfants à la frontière, et préférant aussi peut-être mes compétences diplomatiques, c'est moi qui suis partie avec Marc en bus, entrant au Vietnam avant le reste de la famille et les laissant dans le no man's land. Sautant d'un bus sur une moto-taxi nous avons tracé vers nos consulats, voisins, c'est pratique. Marc pense alors que son consul refusera de signer le moindre papier pour lui. Moi je pense que mon consulat m'aidera forcément, ce n'est pas grand-chose et ils l'ont déjà fait, ils connaissent la procédure.
Le consulat de France est énorme. A l'entrée, une cahute dans laquelle une dame me parle par l'intermédiaire d'un micro qui fonctionne si mal, qu'allié à la circulation sur le boulevard, je ne comprends rien. Elle accepte de sortir me parler à travers une grille, me demande d'abord de revenir le lendemain matin. Je lui explique que c'est impossible, mais que je souhaite rencontrer quelqu'un. Elle me dit que c'est impossible car l'après-midi on n'entre au consulat que sur rendez-vous. Je lui explique que je n'ai pas de rendez-vous. Elle me dit que je dois téléphoner pour prendre rendez-vous. Mais que tout est fermé jusqu'à 14h.
Bon.
Je sens déjà que ça ne va pas être simple.
Nous filons en Allemagne. Le consulat, minuscule, est fermé, et le lendemain est ferié, c'est vendredi saint. La tuile. Mais un gardien demande si nous avons besoin d'aide. Aux explications de mon compère, il ouvre la grille et dit que bien sûr il va être reçu. 5 minutes après, le consul ou vice-consul ou adjoint je ne sais plus, lui dit qu'il ne peut se porter garant,mais qu'il va faire tout ce qu'il peut pour l'aider et donc rédiger un courrier dans lequel il le recommande auprès des autorités. Marc ressort avec son papier à la main, pas celui que nous demandaient les douaniers mais qui sait, ça fonctionnera peut-être. Et je me dis que si l'Allemagne procède ainsi, il en sera de même pour moi.
Nous nous offrons un bon déjeuner en face du consulat français, puis je téléphone. On me demande de rappeler, de rappeler, de joindre madame machin, de rappeler. Je demande si je peux entrer afin d'attendre à l'intérieur et de pouvoir rencontrer quelqu'un. "non on ne rentre que sur rendez-vous l'après-midi". Je précise que je suis citoyenne française que j'aimerais rencontrer quelqu'un au consulat français, mais non, je reste sur le trottoir. Quand enfin j'arrive à joindre Madame Machin, elle me dit qu'elle n'a jamais entendu parler de cette situation, que ce n'est pas elle qui s'en occupe que je dois rappeler sa collègue, consul adjoint, mais qu'elle ne pourra sans doute rien faire pour moi. Le tout sur un ton assez détestable.
La consul adjointe que j'ai plus tard au téléphone, est elle, vraiment charmante mais aussi très embêtée. Inutile pour moi de rester à Ho Chi Minh, je n'obtiendrai aucun papier d'aucune sorte de la part du consulat parce que les autorités vietnamiennes n'ont pas à exiger ce genre de formulaires. Certes. Merci.
Retour à la case-départ. Trop tard pour le bus en plus, on s'offre un taxi (climatisé c'est déjà ça).
Au retour, il fait nuit, notre officier n'est plus là, nous repartirons à l'attaque le lendemain, un peu reposés.
Christophe a occupé les enfants comme un chef toute la journée, il a nettoyé le ccar de fond en comble et tué le temps (et quelques paquets de cigarettes...). Nous nous consolons devant une bouteille de rouge et une boîte de pâté, bercés par le cri des rats (derrière notre ccar ils sont innombrables et énormes) et accompagnés de temps en temps d'un douanier anglophone charmant mais qui ne peut rien pour nous.
Le lendemain, les autorités acceptent le papier de notre ami allemand qui peut entrer au Vietnam avec son camion.
Et nous, nous restons coincés. L'officier ne veut rien entendre. Nous savons que cette procédure est anormale mais il ne veut rien entendre. Le consulat non plus ne veut rien entendre, mais la consul adjointe se démène, elle essaie de contacter les autorités vietnamiennes pour qu'elles cèdent sans ce papier, dont l'existence n'apparaît dans aucune loi.
Marc file, c'est préférable. Il nous dit qu'il nous réserve une place près de la mer, nous sommes sceptiques.
Je vous passe les nombreux coups de fil, les multiples cartes de téléphone, les fax, les heures passées devant l'officier dans son bureau pour essayer de l'avoir à l'usure, les larmes aussi, la peine de notre amie douanier qui nous voit nous liquéfier au soleil, et l'impassibilité de l'officier, pourtant gentil, m'offrant de l'eau régulièrement afin de remplir mes glandes lacrimales sans doute.
Nous envisageons de filer la nuit sans papiers. Nous envisageons de faire un faux, puisque les douaniers ne font apparemment pas la différence entre la France et l'Allemagne, entre une lettre de garantie et de recommandation. Mais si on est toqués on n'est pas malhonnêtes et pas totalement fous surtout. On veut voir le Vietnam, mais pas ses prisons.
La consul adjointe reste très disponible et accessible mais l'ambassade de France est décidée à rester ferme.
La situation est critique, on meurt de chaud et si on n'a pas ce papier ce soir-là c'est fichu puisqu'ensuite c'est le we de Paques et qu'il n'y aura personne au consulat. Il nous faudra donc reprendre des visas cambodgiens, aller à Phnom Penh, attendre la fin du we (donc deux jours de plus à tuer le temps) pour prendre 5 visas pour le Laos et un pour le Vietnam, monter au Laos et prier pour que le passage de frontière là-bas soit plus facile (mais on sait qu'il ne l'est pas forcément) puis rejoindre Hanoi, le tout en quelques jours... Hors de question de laisser le Toqcar, pour lequel nous sommes engagés financièrement, où que ce soit, sans nous. On envisage aussi de se séparer, que j'aille à Hanoi avec les enfants, et que Xtophe se débrouille pour nous rejoindre. Ou pas. Les glandes lacrimales familiales se remettent à fonctionner à cette évocation.
C'est la première fois qu'on se demande vraiment ce qu'on est venu faire dans cette galère.
Finalement, la consul adjointe accepte de faire une dernière exception et de signer un papier, ou elle demande simplement "veuillez éclaircir la situation de Madame blablabla...". Autant dire un papier qui ne les engage à rien. Mais que le chef de la police a accepté de recevoir sur son fax, et a trouvé satisfaisant, je crois surtout qu'il était pressé que je quitte son bureau. Du coup ils sont tous prévenants, efficaces, tous les papiers sont faits à toute vitesse, nous avons un nouveau numéro d'immatriculation, notre douanier anglophone nous aide énormément, le Toqcar n'est même pas visité ni fouillé et nous franchissons cette satanée ou sacro-sainte frontière, on ne sait plus trop, et filons vers la Côte vers un peu de fraîcheur et d'eau.

Conclusion (tout vient à temps à qui sait attendre, nos papiers, et ma conclusion)
Certes l'accueil reçu au consulat, si l'on peut parler d'accueil puisque je n'ai pu y mettre un pied, est inadmissible. Certes il est anormal que ce problème de passage de frontière ne soit pas réglé une fois pour toutes puisqu'officiellement on peut entrer avec un véhicule mais qu'en fait c'est quasiment impossible. Mais je tiens à remercier Madame la consule adjointe que j'ai harcelée, qui a tout fait pour nous aider, est toujours restée disponible et charmante et nous a permis de mener à bien nos projets.
Toutefois, elle nous a précisé de prévenir les futurs overlanders français : le consulat et l'ambassade ne rédigeront plus aucun papier d'aucune sorte pour des voyageurs. Ils vont tenter de résoudre le problème avec le Vietnam et je lui ai demandé de prévenir officiellement les voyageurs sur la page "conseils aux voyageurs" pour que nous sachions exactement à quoi nous en tenir.
Et je tiens aussi à dire que les officiers vietnamiens sont toujours restés charmants. Qu'ils ont refusé nos propositions d'argent. Et qu'ils n'ont fait qu'obéir aux ordres qu'ils reçoivent, et nous le savons, eux n'ont certainement pas la possibilité de prendre la moindre initiative.

dimanche 23 mars 2008

Viêtnam !

Quelques nouvelles fraîches (reçues aujourd'hui par e-mail) pour vous dire que les Toqués ont réussi à entrer au Viêtnam, non sans mal, et sont à présent dans un endroit de rêve à Nha Trang, sur la route d'Hanoï...
Dans l'immédiat, ils n'ont pas accès au blog (censure ?), mais souhaitent de Joyeuses Pâques à tous - ils devaient même organiser une chasse aux oeufs aujourd'hui sur la plage avec un couple franco-vietnamien et leurs enfants rencontrés à Nha Trang !
Nathalie