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lundi 24 mars 2008

Casse-tête vietnamien (très long)


Sachant que le passage de frontière pour le Vietnam pouvait être compliqué avec un véhicule, au point que de nombreux voyageurs doivent renoncer à ce pays, nous sommes partis, avec notre ami allemand Marc, de Phnom Penh pour nous installer pour la nuit avant le poste frontière afin d'essayer d'arriver le matin lorsque les officiers sont bien disposés et qu'on a encore une longue journée devant nous pour régler les éventuels problèmes. Nous ne pouvions nous présenter avant parce que notre visa est daté.
Nous sommes partis dans la matinée, pour nous laisser le temps de trouver un lieu de bivouac. Pour avoir fréquenté maintenant un certain nombre de villes frontières, nous savons qu'elles peuvent être les endroits les plus sordides du monde. C'est pour cela que nous nous sommes retrouvés en début d'après midi, le 19, garés sur le parking d'un Casino, à Bavet à deux-cents mètres de la frontière. Là, on a tué le temps. Restaurant climatisé, café climatisé, coiffeur afin de rafraîchir la tête d'Ulysse, boissons rafraîchissantes, DVD pour les enfants, et même casino pour les grands le soir, scènes assez surréalistes et journée vraiment étrange... Nous avons élaboré mille plans pour le lendemain, comment vaut-il mieux procéder, dans quel ordre, qui s'en charge, combien sommes-nous prêts à payer si c'est la seule solution... Nous étions prêts à tout puisque nous devons être le 30 à Hanoi pour récupérer une partie de la famille. Nous avions bien sûr quelques plans B et C mais il n'étaient pas simples...
Le matin, frais et dispos, et un peu plus riches pour certains, nous avons expédié les formalités de sortie du Cambodge puis nous sommes garés devant les bâtiments vietnamiens. Nous n'avons pas fait valider nos visas, voulant d'abord être certains que le Toqcar pouvait entrer (un visa validé est grillé donc si nous devions rebrousser chemin il nous fallait en reprendre et repayer), les hommes se sont présentés dans le bureau du chef de la police, habilité à donner une autorisation d'importation temporaire pour le véhicule. Ils lui ont présenté tous nos papiers, qui suffisent pour tous les autres pays du monde. Pas pour le Vietnam. (imaginez que ce monsieur ne parle pas un mot d'anglais donc les explications ont été longues et ont nécessité de trouver un des rares employés du poste-frontière capable de traduire) Il nous a demandé de nous rendre à Ho Chi Minh Ville pour aller demander à nos consulats respectifs, un papier dans lequel ils se portent garants de nous durant notre séjour au Vietnam... On se doutait qu'ils n'aimeraient pas trop mais on savait qu'ils l'avaient déjà fait pour d'autres overlanders.
Christophe préférant ne pas me laisser seule avec les enfants à la frontière, et préférant aussi peut-être mes compétences diplomatiques, c'est moi qui suis partie avec Marc en bus, entrant au Vietnam avant le reste de la famille et les laissant dans le no man's land. Sautant d'un bus sur une moto-taxi nous avons tracé vers nos consulats, voisins, c'est pratique. Marc pense alors que son consul refusera de signer le moindre papier pour lui. Moi je pense que mon consulat m'aidera forcément, ce n'est pas grand-chose et ils l'ont déjà fait, ils connaissent la procédure.
Le consulat de France est énorme. A l'entrée, une cahute dans laquelle une dame me parle par l'intermédiaire d'un micro qui fonctionne si mal, qu'allié à la circulation sur le boulevard, je ne comprends rien. Elle accepte de sortir me parler à travers une grille, me demande d'abord de revenir le lendemain matin. Je lui explique que c'est impossible, mais que je souhaite rencontrer quelqu'un. Elle me dit que c'est impossible car l'après-midi on n'entre au consulat que sur rendez-vous. Je lui explique que je n'ai pas de rendez-vous. Elle me dit que je dois téléphoner pour prendre rendez-vous. Mais que tout est fermé jusqu'à 14h.
Bon.
Je sens déjà que ça ne va pas être simple.
Nous filons en Allemagne. Le consulat, minuscule, est fermé, et le lendemain est ferié, c'est vendredi saint. La tuile. Mais un gardien demande si nous avons besoin d'aide. Aux explications de mon compère, il ouvre la grille et dit que bien sûr il va être reçu. 5 minutes après, le consul ou vice-consul ou adjoint je ne sais plus, lui dit qu'il ne peut se porter garant,mais qu'il va faire tout ce qu'il peut pour l'aider et donc rédiger un courrier dans lequel il le recommande auprès des autorités. Marc ressort avec son papier à la main, pas celui que nous demandaient les douaniers mais qui sait, ça fonctionnera peut-être. Et je me dis que si l'Allemagne procède ainsi, il en sera de même pour moi.
Nous nous offrons un bon déjeuner en face du consulat français, puis je téléphone. On me demande de rappeler, de rappeler, de joindre madame machin, de rappeler. Je demande si je peux entrer afin d'attendre à l'intérieur et de pouvoir rencontrer quelqu'un. "non on ne rentre que sur rendez-vous l'après-midi". Je précise que je suis citoyenne française que j'aimerais rencontrer quelqu'un au consulat français, mais non, je reste sur le trottoir. Quand enfin j'arrive à joindre Madame Machin, elle me dit qu'elle n'a jamais entendu parler de cette situation, que ce n'est pas elle qui s'en occupe que je dois rappeler sa collègue, consul adjoint, mais qu'elle ne pourra sans doute rien faire pour moi. Le tout sur un ton assez détestable.
La consul adjointe que j'ai plus tard au téléphone, est elle, vraiment charmante mais aussi très embêtée. Inutile pour moi de rester à Ho Chi Minh, je n'obtiendrai aucun papier d'aucune sorte de la part du consulat parce que les autorités vietnamiennes n'ont pas à exiger ce genre de formulaires. Certes. Merci.
Retour à la case-départ. Trop tard pour le bus en plus, on s'offre un taxi (climatisé c'est déjà ça).
Au retour, il fait nuit, notre officier n'est plus là, nous repartirons à l'attaque le lendemain, un peu reposés.
Christophe a occupé les enfants comme un chef toute la journée, il a nettoyé le ccar de fond en comble et tué le temps (et quelques paquets de cigarettes...). Nous nous consolons devant une bouteille de rouge et une boîte de pâté, bercés par le cri des rats (derrière notre ccar ils sont innombrables et énormes) et accompagnés de temps en temps d'un douanier anglophone charmant mais qui ne peut rien pour nous.
Le lendemain, les autorités acceptent le papier de notre ami allemand qui peut entrer au Vietnam avec son camion.
Et nous, nous restons coincés. L'officier ne veut rien entendre. Nous savons que cette procédure est anormale mais il ne veut rien entendre. Le consulat non plus ne veut rien entendre, mais la consul adjointe se démène, elle essaie de contacter les autorités vietnamiennes pour qu'elles cèdent sans ce papier, dont l'existence n'apparaît dans aucune loi.
Marc file, c'est préférable. Il nous dit qu'il nous réserve une place près de la mer, nous sommes sceptiques.
Je vous passe les nombreux coups de fil, les multiples cartes de téléphone, les fax, les heures passées devant l'officier dans son bureau pour essayer de l'avoir à l'usure, les larmes aussi, la peine de notre amie douanier qui nous voit nous liquéfier au soleil, et l'impassibilité de l'officier, pourtant gentil, m'offrant de l'eau régulièrement afin de remplir mes glandes lacrimales sans doute.
Nous envisageons de filer la nuit sans papiers. Nous envisageons de faire un faux, puisque les douaniers ne font apparemment pas la différence entre la France et l'Allemagne, entre une lettre de garantie et de recommandation. Mais si on est toqués on n'est pas malhonnêtes et pas totalement fous surtout. On veut voir le Vietnam, mais pas ses prisons.
La consul adjointe reste très disponible et accessible mais l'ambassade de France est décidée à rester ferme.
La situation est critique, on meurt de chaud et si on n'a pas ce papier ce soir-là c'est fichu puisqu'ensuite c'est le we de Paques et qu'il n'y aura personne au consulat. Il nous faudra donc reprendre des visas cambodgiens, aller à Phnom Penh, attendre la fin du we (donc deux jours de plus à tuer le temps) pour prendre 5 visas pour le Laos et un pour le Vietnam, monter au Laos et prier pour que le passage de frontière là-bas soit plus facile (mais on sait qu'il ne l'est pas forcément) puis rejoindre Hanoi, le tout en quelques jours... Hors de question de laisser le Toqcar, pour lequel nous sommes engagés financièrement, où que ce soit, sans nous. On envisage aussi de se séparer, que j'aille à Hanoi avec les enfants, et que Xtophe se débrouille pour nous rejoindre. Ou pas. Les glandes lacrimales familiales se remettent à fonctionner à cette évocation.
C'est la première fois qu'on se demande vraiment ce qu'on est venu faire dans cette galère.
Finalement, la consul adjointe accepte de faire une dernière exception et de signer un papier, ou elle demande simplement "veuillez éclaircir la situation de Madame blablabla...". Autant dire un papier qui ne les engage à rien. Mais que le chef de la police a accepté de recevoir sur son fax, et a trouvé satisfaisant, je crois surtout qu'il était pressé que je quitte son bureau. Du coup ils sont tous prévenants, efficaces, tous les papiers sont faits à toute vitesse, nous avons un nouveau numéro d'immatriculation, notre douanier anglophone nous aide énormément, le Toqcar n'est même pas visité ni fouillé et nous franchissons cette satanée ou sacro-sainte frontière, on ne sait plus trop, et filons vers la Côte vers un peu de fraîcheur et d'eau.

Conclusion (tout vient à temps à qui sait attendre, nos papiers, et ma conclusion)
Certes l'accueil reçu au consulat, si l'on peut parler d'accueil puisque je n'ai pu y mettre un pied, est inadmissible. Certes il est anormal que ce problème de passage de frontière ne soit pas réglé une fois pour toutes puisqu'officiellement on peut entrer avec un véhicule mais qu'en fait c'est quasiment impossible. Mais je tiens à remercier Madame la consule adjointe que j'ai harcelée, qui a tout fait pour nous aider, est toujours restée disponible et charmante et nous a permis de mener à bien nos projets.
Toutefois, elle nous a précisé de prévenir les futurs overlanders français : le consulat et l'ambassade ne rédigeront plus aucun papier d'aucune sorte pour des voyageurs. Ils vont tenter de résoudre le problème avec le Vietnam et je lui ai demandé de prévenir officiellement les voyageurs sur la page "conseils aux voyageurs" pour que nous sachions exactement à quoi nous en tenir.
Et je tiens aussi à dire que les officiers vietnamiens sont toujours restés charmants. Qu'ils ont refusé nos propositions d'argent. Et qu'ils n'ont fait qu'obéir aux ordres qu'ils reçoivent, et nous le savons, eux n'ont certainement pas la possibilité de prendre la moindre initiative.

20 commentaires:

MamToq a dit…

Après toutes ces péripéties, tu as toujours des ongles et des bouts de doigts TT ? Bon Vietnam à tous et bisous

Na a dit…

Très bonne question, Mamtoq !!
Franchement, quelle diplomatie, quelle résistance face à l'adversité et quel esprit beau joueur à la fin... Bravo, les Toqués ! (Vous ne seriez pas allés apprendre la patience en Inde, par hasard ?)
Bisous, félicitations et buvez beaucoup d'eau avant que les glandes lacrymales ne s'activent de nouveau (mais de bonheur, cette fois) le 30 !

* PellariniFamilia a dit…

Je crois que je serais devenue hystérique... Quelle ténacité ? Encore une fois, je suis scotchée.

Quel jour retrouvez vous la famille (qu'on pense bien à vous et à ces retrouvailles tant attendues) ?

Anonyme a dit…

Il aurait été un peu irréel que vous n'ayez que de bons souvenirs... Avec la traversée insouciante d'un Pakistan quasiment révolté, et le port du voile iranien selon des citères plus fashionesques que coraniques, on commencait à douter de la réalité de votre Odyssée, comme d'autres ont pu douter de la conquête de la lune... ;-) Là au moins, cela devient crédible !
Chapeau pour votre force et votre détermination. Quelles belles années de souvenirs et d'enrichissement vous vous construisez à travers ces joies et ces épreuves...
Bravo.

Céline a dit…

Bravo pour votre ténacité, j'imagine que TT n'a pas du en mener large devant l'ambassade et quel stress pour tous.....
On a vraiment l'impression que rien ne résiste aux Toqués ;-)

Après ces péripéties, profitez bien d e la famille (j'imagine que les glandes lacrymales vont aussi bien fonctionner à l'aéroport ;-).

amatxi a dit…

Comme tout se passe comme prévu... samedi soir ils dorment devant l'aéroport... et nous tapons au Toqcar vers 7h pour le p'tit dej, avec ou sans croissants...
et c'est décidé, on pleurera pas!
d'ailleurs TT, il y a du thé à bord?

Céline a dit…

Euh petite digression... mais où est Ximun? lui qui est d'hab. le 1er à laisser son post... enfermé au labo ?

Anonyme a dit…

Ouah, quel stress, bravo les toqués ! Et si finalement le but de l'odyssée n'était que la préparation du toc-toc matinal à la descente de l'avion ? Des mois de voyage pour se dire que le plus beau, le plus intense, c'est l'amour et le bonheur des retrouvailles...

* PellariniFamilia a dit…

Au fait, on veut des nouvelles même pendant les 15 jours de retrouvailles.... N'oubliez ceux qui restent mais qui rêveraient de vous rejoindre (Ca y est, on commence à regarder les annonces de Van à vendre....)

Na a dit…

Alors ça, ça va être du petit-déjeuner !!!! et il va falloir faire de la place sur les banquettes du Toq'car !
TT, j'attendrai les photos avec impatience pour les mettre en ligne !!

Accolade a dit…

Ouahhhh La comédienne, jusqu'à pleurer pour un vulgaire papier. On voit que t’as pas fais la plaine des joncs…on les aura ces Viets… Adrienneeeeee

nelly a dit…

TT, t'es vraiment prête à tout pour faire un tour de moto et te payer un resto climatisé avec le beau Marc !
Et la place au bord de la mer, vous l'avez trouvée ?
On pensera à vous le 30, quelle fête ça va être !

ximun a dit…

@Céline : Non mais on peut pas skier tranquille ?!?

@toqtoqs : bravo ! Gros bisous ! Juste une détail cap(illaire)ital que je ne saisis pas. Ulysse avait vraiment encore besoin d'aller chez le coiffeur ?
Je file voir si des photos répondront à cette question existentielle.
Bravo encore pour le passage de douane avec le cheval de Troyes.

tonton cristobal a dit…

hé hé, moi aussi j'avais noté qu'Ulysse prenait gout à voir de ses deux yeux!

Céline a dit…

A moins que ce ne soit aux jolies coiffeuses qu'il ne prenne goût ;-)) parce que je ne le trouvais pas trop assidu de ce côté là à Biarritz ;-))

Ximun, bien le ski ?

* PellariniFamilia a dit…

Avec le décalage horaire, vous devez être déjà devant l'aéroport et la famille débarque dans 4h30.... Belles retrouvailles, belles vacances, profitez-en tous bien.
Muxus

ximun a dit…

@ Céline : Oui oui très bien le ski, fabuleux même ! Neige, soleil...

Sinon bisous les toqs toqs, je vais bientôt recevoir Mr et Mme Atchi pour leur étape parisienne...

@ Cécile : Je ne suis pas sûr que ça fonctionne comme ça le décalage horaire. En tous cas ça m'étonnerait qu'ils débarquent dans quelques heures au vietnam !

Na a dit…

Il y a des tas de nouvelles photos en ligne. Courez-y !

ximun a dit…

Géniales !!!

Trop beau ce pays... bon, ya des veinards qui embarquent pour les rejoindre là, ça va pas être triste tout ça !

Bisous bisous.
(J'adore la tête d'Ulysse devant les rateliers !!!)

ximun a dit…

BOn, ça marche bel et bien sous ie comme ça.
Qu'a-t-il de différent ton dernier post sur les toquintoqués du tonquin ?