
C'est un coin de verdure où coule une rivière, au pied de pics rocheux, au centre du Laos. On s'attendait à une petite ville charmante, attirant quelques touristes par ses grottes et sa situation entre Vientiane et Luang Prabang, ou encore sur la route de la plaine des Jarres.
La ville est charmante. La rivière aussi. Mais quelle ambiance incroyable...
Ou plutôt c'est nous qui nous sentons étranges et vraiment vieux.
Cette ville est peuplée de jeunes, très jeunes, style routards-babos. Ils ont tous des tatouages, des gros muscles ou des gros bides, des tee-shirts sympas. Tous des cheveux assez longs. Les filles elles, sont sur un autre modèle, parce qu'en fait ce sont pour la plupart des américains ces jeunes. Elles sont immenses, plutôt blondes, et arborent sans aucun complexe des ventres des cuisses et des fesses archidodus et rosés à souhait, sans parler de leur poitrine, presque aussi importante que leurs lunettes de soleil de stars.
Et que font-ils en plein centre du Laos ? Ils descendent des caisses de Beerlao, qui est de toute évidence le sponsor officiel de la ville. Et puis ils prennent toutes sortes de substances naturelles, en témoignent les invitations très explicites devant les buvettes voire même la mention dans le menu. Le soir ils s'adonnent à ces activités sur une île pleine de bars faits de bambou, de hamac et de coussins, au rythme de la techno. La bonne nouvelle pour nous c'est qu'à minuit pile toute la musique s'éteint et tous rentrent se coucher, en deux minutes c'est un silence de mort qui règne sur la ville.
Et dans la journée, ils font la même chose, dans ces bars et sur l'eau. Ici le grand sport c'est de monter dans une grosse bouée et de descendre à la fois des bières et la rivière sur 4 kilomètres. Et dans ce paysage de rêve, tous les 100 mètres, on trouve un bar, proposant tous les cocktails existants, mais aussi badmington, ping-pong, billard, sauts depuis des plongeoirs de bambous. Les plus fatigués peuvent à tout moment monter dans un tuk tuk pour rentrer en ville. A la fin du parcours tous les enfants du village sautent sur les preux navigateurs et tout le monde est content.
Et puis dans la journée, ils mangent et se reposent dans les restaurants de la ville qui sont assez particuliers : en guise de tables et de chaises, des matelas, coussins (NDLR : dégueux et pleins de puces). Mais ça on le voit souvent tout de même. Ici ce qui nous a le plus étonné au début, et posé un problème pour nous y installer, c'était la disposition de ces canapés : tous sont orientés dans le même sens, on ne peut s'y assoir face à face. Et en face de toutes ces places, on trouve partout des écrans de télévision géants (et plusieurs par établissement) qui diffusent toute la journée épisodes de friends et autres dessins animés américains, avec une sono d'enfer. Il faut bien se cultiver un peu entre deux soirées.
Ceci-dit, nous on est très bien sur cette planète étrange. On s'est installés dans un endroit très tranquille (euphémisme au Laos, il n'y a qu'à voir les photos de la capitale dont je n'ai même pas eu le temps de vous parler et dont la chaleur nous a chassés), où on a même pu se brancher (petit luxe que nous n'avions pas connu depuis très longtemps et que nous apprécions), et nous vivons en décalé. De vrais originaux je vous jure !
C'est ainsi que ce matin nous nous sommes retrouvés les premiers sur l'eau dans nos bouées. Sensation géniale que de se laisser aller au gré du courant dans nos trois bouées géantes, saluant les bars qui réglaient leur sono pour l'après-midi et rechargeaient leurs frigos en bière, le tout dans cette belle nature du Laos et pendant plus de deux heures. Il y a, dans ce voyage, des moments de bonheur évident : le Taj Mahal, la Baie d'Along et autres, mais ces petits moments surréalistes et inattendus, où nous nous retrouvons en plus seuls dans un monde si peuplé, sont vraiment les meilleurs.
Le midi, nous sommes les seuls à déjeuner à l'heure du petit-déjeuner, et les enfants sont assez heureux d'avoir le droit de manger devant la télé. Puis en fin d'après-midi nous nous balladons (avec nos pieds et tout comme au bon vieux temps, des originaux je vous dis), et surtout les enfants participent avec les enfants du village à des courses de bateaux faits en bambous, ils se sont vite mis à la mode du coin. Pas comme leurs vieux qui se disent que finalement la sagesse attend peut-être le nombre des années, même chez les Toqués.