
Nous qui aimons les surprises, en ce moment nous sommes servis.
Il y a les prévisions, et puis la réalité, et entre les deux, en général quelques océans.
D'abord l'aéroport de Chennai est beaucoup plus petit que nous l'imaginions. Du coup nous y avons passé, le 17 janvier, des heures plutôt tranquilles, de longues heures puisque nous sommes arrivés très tôt le matin.
Ensuite les enfants étaient plus qu'heureux de cette nouvelle expérience, parce que nos pauvres petits Toqués n'avaient quasiment jamais pris d'avion ou du moins n'en gardaient aucun souvenir. Et puis nous avons oublié qu'ils ont l'habitude des longs trajets. Je redoute un peu qu'ensuite, dans le Toqcar, ils me demandent de servir des rafraîchissements sitôt le décollage effectué, qu'ils attendent leur plateau-repas, chaud et exotique, leur couverture, les écouteurs pour la vidéo, la musique au choix. Le trajet a été tellement rapide, que nous avons dû réveiller Rachel à l'aterrissage : dans nos embrouillaminis spatio-temporels nous avions oublié que l'horaire d'arrivée prenait en compte le décalage horaire, et que donc notre vol durait 2h30 de moins que prévu (les maths deviennent vraiment trop compliqués pour moi).
Notre Gaspatate a été parfait. Il a dormi lui aussi quoi.
Nous avions bien prévu d'être un peu dépaysés, mais l'arrivée à l'aéroport de Kuala Lumpur a été un vrai choc. Un aéroport de science-fiction, d'une propreté effrayante, d'un confort parfaitement étudié. Plus d'indiens, de femmes en sari, mais des chinois, des malaisiennes habillées à l'asiatique mais avec un voile, plus de saris mais des tissus fleuris, les batiks. Impossible de se perdre puisque tout est indiqué, même pas drôle !
Heureusement nous avons mis un peu d'animation dans les rangées bien policées de la douane. Au moment où nous nous apprêtions à demander nos visas pour la Malaisie et à convaincre les agents que nous étions des gens respectables, juste au moment où nous nous installions devant le douanier, Gaspatate a décidé de faire caca dans son pantalon. Et comme il ne porte pas de caleçon, pour plus de rapidité, et que la nourriture indienne aide au transit, la matière fécale, en grande quantité, a glissé le long de ses jambes dodues et est venue s'étaler généreusement sur le sol impeccable, et ses chaussures et les miennes quand j'ai foncé pour tenter de limiter les dégâts. Son, odeur et plaisir des yeux, rien ne manquait. Comme les malaisiens sont des gens sympas, une fois tout le monde passé au jet, ils nous ont tout de même acceptés dans leur pays.
Dans le taxi qui nous menait à l'hôtel stupéfaction : nous roulions sur des autoroutes immenses, plus grandes qu'en France, mais vides. Quant à l'arrivée à KL, pour nous habitants de la vieille Europe, le choc : des buildings éclairés, des ponts suspendus brillants dans la nuit. Notre hôtel est au milieu de Chinatown, le régal, surtout en ce moment, parce que les fêtards que nous sommes sont servis pendant cette odyssée : après la fête du sucre, Diwali, Pongal, nous fêterons dans quelques semaines le nouvel an chinois !
Le soir, pour que nous ne nous endormions pas sur nos lotus, Ulysse a décidé de faire une méga allergie, avec asthme, crise d'urticaire gigantissime et tout comme il faut. Grâce à la permanence téléphonique internationale du pédiatre des stars, et à une longue habitude des allergies impressionnantes, nous avons pu nous en tirer fièrement, mais nous nous en serions passés. Sans doute a-t-elle été provoquée par les remous de vapeurs de cacahuètes dus à l'AC dans l'avion.
Et puis au moment de consulter nos emails, nous avons tristement constaté que mon ordinateur n'avait pas survécu au voyage et comme il en était déjà à plusieurs resurrection ou réincarnations, nous pensons qu'il a atteint le stade final de son évolution.
Donc au final des bonnes et des mauvaises surprises. Le compte est bon, la balance à zéro, ouf.
Entre deux formalités pour le Toqcar que nous aurons lundi (nous vous passons le récit des détails administratifs, mais sur ce plan-là aussi on a eu de bonnes et mauvaises surprises), nous arpentons donc les rues chinoises et leurs centaines de stands de vidéo, électroniques, gadgets, bijoux, contrefaçons, nous mangeons chinois du matin au soir, nous découvrons des malls pharaoniques, certains contenant des parcs d'attraction ahurissants, nous vogons entre les buildings et la végétation équatoriale, découvrons des aires de jeux et des parcs de rêve, nous faisons nos premiers pas dans ce pays nouveau et prenons nos repères. Le plus étonnant et le plus agréable étant de se réhabituer à vivre au milieu d'une densité de population très raisonnable. Circuler dans des rues parfois vides, réaliser que les endroits les plus fréquentés de Kuala Lumpur ressemblent à l'avenue de la Reine Victoria un dimanche d'hiver, comparé à l'Inde, nous donne l'impression de mieux respirer, même si ici la chaleur est très très moite et la pluie fréquente.
Ulysse nous fait rire, il est totalement fou du physique asiatique, il adore les yeux bridés, les petits nez et ne cesse de s'extasier face à la beauté des malaisiens. Nous sommes heureux pour lui, il va être servi dans les mois qui viennent. Rachel qui avait adopté les bintis, les chaînes aux chevilles et les bracelets, risque ajouter quelques accessoires asiatiques à son style, on ne peut plus rien vous garantir pour le retour. Une constante toutefois dans ce changement radical : le personnel de l'hôtel et quelques commerçants de la rue nous saluent déjà d'un "Hello Babar !" à chacun de nos passages, et notre roi du monde continue de recevoir cadeaux et friandises. On essaie tout de même de lui faire comprendre, mais c'est pas gagné, qu'ici il doit porter des chaussures et pour la peine on lui en a même offert de nouvelles très belles de la couleur qu'il voulait : vertes (cf photo).
Si la Malaisie nous surprend déjà, nous attendons toutefois tous avec impatience de retrouver notre maison à roulettes. L'hôtel ce n'est vraiment pas pour nous (sauf le buffet du petit déjeuner). Ulysse nous racontait, il y a deux jours, un de ses rêves qu'il n'arrivait pas à expliquer : (je vous en livre la version courte, j'aurais dû aborder avec lui le résumé avant les adjectifs, les coordonnées, les juxtapositions et surtout ne pas lui transmettre ma tendance à la longueur et à la parenthèse ) Nous arrivions tous en prison. Nous visitions une très belle prison, avec de belles chambres, une salle à manger, une salle de jeux, mais heureusement il avait trouvé une solution pour pouvoir s'échapper entre les barbelés...
Il est vrai qu'on fatigue un peu de la prison dorée, on ressent tous cette impression d'être parqués dans une boîte, comme en dehors de la vie (surtout ici dans une chambre sans fenêtre...)
On veut retrouver notre Toqcar, nos fenêtres sur le monde, notre liberté et les routes de l'Odyssée.